‹ Sociologie: La structure générale des sociétésChapitre 3 sur 15 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Lk MONDK (iRIX'.

Au V*' siècle avant notre ère, la Perse domine les anciens États orientaux ; sauf un hiatus entre le nord de Tlnde et la Chine, la civilisation s'étend de TExtréme-Orient continental vers l'Europe dans le sens de la largeur, mais dans des limites très étroites au point de vue de la longitude. Cette civilisation embrasse des Ariens, des Sémites, des Hamites, des Chinois ; la Grèce a déjà couvert de colonies la Méditerranée orientale; le contact est établi entre l'Europe et l'Asie ; il se manifeste par la lutte entre la Perse et la Grèce.

En Asie, les frontières et les empires se sont continuellement modifiés. Au VII*' siècle, la Chaldée et TÉlam ont été englobés dans l'Empire d'Assyrie ; au VP*, la Chaldée, la Médie, la Lydie, dominent l'Orient avec l'Egypte, mais déjà la colonisation grecque s'est épandue sur toutes les côtes de la Lydie, de la Cappadoce et de la Cilicie, sur tout le rivage méridional du Pont-Euxin et sur une partie de la côte orientale vers le Caucase. Toutes ces civilisations ont leurs débouchés maritimes : le golfe Persique, la mer Rouge, le Pcmt-Euxin, la Propontide, la mer Egée, la Méditerranée et la Mer Tyrrhénienne. La lutte se fait pour la dominaticni des liants i)lat«aux, des grands bassins fluviaux et des débouchés maritimes; ses formes s(mt la conquête et la cohmisation.

Le monde gre(% tel qu'il se présente dès avant le V** siècle, est un mélange de montagnes, de vallées, de côtes et d'îles. En api)arence, c'est un réseau inextricable de barrières et de bassins fermés. Cependant, ces barrières n'ont empêché ni les immigrations, ni les invasions, ni l'expansion; elles ont

favorisé la différenciation des groupes sociaux, leurs variations et par là même leur adaptation à des milieux plus complexes ; de facteurs momentanés d'isolement, elles sont devenues des facteurs favorables au progrès. Les mouvements et déplacements de population furent intenses ; il suffit pour les constater de comparer la Grèce de ré))oque héroïque à ce qu'elle fut après l'invasion Dorienne. Dans la première période domine TAcliaïe avec Argos et Mycènes; dans la seconde, aucune race nouvelle ne s'introduil;; tous les groupes sont indo-européens, mais fortement mélangés, surtout sur les côtes et dans les îles ; cependant, il y a encore des déplacements internes ; toutefois, ils font place à des relations de plus en plus régulières où la fixité des groui)es sociaux se concilie avec la mobilité des individus qui en font partie. Une fusion relative s'est accomplie, alors que, au contraire, les populations primitives étaient de i*aces diverses.

Les caractères physiques du pays, les «montagnes, les petits bassins fluviaux, les presqu'îles, les îles ont certes été des éléments du développement de la civilisation grecque et de ses formes variables. C'est dans les pays de plaine, en Béotie, en Thessalie que se sont fondées les jiremières confédérations ; ce sont les régions maritimes de l'Est avec leurs ports naturels, qui ont inauguré le mouvement de colonisar tion vers l'Asie dès le XV siècle avant notre ère, tandis que celui de la colonisation vers l'Ouest, à raison des circcmstances moins avantageuses, ne commen^*a que vers le VII r\ Et voyez comme malgré toutes les barrières pliysi([ues, à tort dénommées frontières naturelles, l'expansion grecque a été de plus en plus large. Dès avant le V*' siècle, les Grecs ont colonisé presque toutes les côtes sud-est et ouest de l'Italie, toutes celles de la Sicile où ils sont en concurrence avec les possessions phéniciennes ; ils ont des colonies en Egypte, sur la côte orientale de l'Espagne et en Ligurie ; ils sont établis tout autour du Pont-Euxin et de la Proprmtide. Dès le milieu du VIT* siècle, rÉg>q)te est ouverte au commerce grec; la colonisation de la Cyrénaïque au VI*', fait de la moitié au moins de la Méditerranée une mer grecque. Les Phéniciens n'ont plus, en dehors de la Phénicie et de l'Afrique du Nord- Ouest, que (jnelques places en Sicile, Sardaigne et en Italie.

Les obstacles orograpliiques n'ont donc pas empêché l'extension du monde grec. Les mers, loin d'être des limites naturelles, sont devenues des moyens de communication. Et ici encore une l'ois, de Grèce en Asie, par exemple, la colonisation s'est effectuée grâce aux variétés de groupes grecs, dont chacun s'est naturellement répandu là où les conditions étaient les plus similaires ; l'adaptation s'est faite aussi par étapes successives dans la direction la plus facile et la plus avantageuse. La côte de l'Asie Mineure par sa configuration, sa nature, sa faune, sa flore ressemble le plus à la Grèce. Koliens, Doriens, .Ioniens colonisèrent les côtes de l'Asie Mineure, en choisissant de préférence pour leurs débouchés respectifs les régions les plus similaires à la mère ])atrie.

Le monde grec eut pu se développer par la colonisation pacifique, si celle-ci avait été possible sans entrer en conflit avec la plus grande puissance militaire de l'époque, la Perse ; ce fut le contact avec celle-ci, sans compter d'autres causes intérieures, qui imprima à l'organisation de la Grèce une structure militaire dont le conflit avec les tendances démocratiques constitue la trame de son histoire.

Dans ce conflit entre la Perse et le premier empire européen, celui-ci triomphe, et c'est ce qui permit à l'organisation intérieure de la Grèce de se développer avec plus de liberté, qu'il n'avait été possible à aucune civilisation antérieure. Sparte, Thèbes, la Macédoine, puissances continentales, incarnèrent surtout l'ancien régime militaire vis-à-vis des Ktats maritimes, commer^»ants et même en jmrtie industriels. Le grand fait accompli est que la civilisation, d'abord continentale, est devenue non pas exclusivement maritime, mais à la fois continentale et maritime. En tant (pie continentale, elle n'avait pu s'étendre jusqu'ici que dans le sens de la latitude, conformément au système orographique qui unit r.Vsie à l'Europe. Maintenant, devenue aussi maritime, maîtresse des mers intérieures, elle peut s'étendre dans le sens de la longitude, et en même temps multiplier les communicaticms dans les masses continentales. C'est, en somme, encore une fois un abaissement des frontières qui se réalise. L«* moment n'est pas encore venu des grandes civilisations océaniques, mais d'un régime mixte. LeJ(»onflit entre Sparte

et Athènes, et surtout avec Thèbes et la Maeédoine, est le conflit entre puissances de nature et de composition différentes. Ce conflit, en se développant dans la suite entre Cartilage (»t Eome, aboutira à une solution mixte, à la créati(m d'un grand empire, à la fois continental et maritime, mais surtout encore continental, avec cette différence que se reliant à plusieurs mers, sa force de pénétration à Tintcricur des continents sera plus grande dans le sens de la latitude.

En même temps que les limites du monde grec s'étendaient par delà les fleuves, les montagnes et les mers, son organisation intérieure se compliquait et se perfectionnait dans le sens démocratique, c'est-à-dire de l'atténuation graduelle des divisions intérieures. Cette évolutitm est surtout remarquable dans l'Etat Athénien. Le fait que l'Attique est fermée au Nord et à l'Ouest par des montagnes et ailleurs par la mer, n'avait pas empêché sa colonisation par des populations diverses dés la plus haute antiquité. Arist^)t« nous exjiose parfaitement comment elle évolua de la tribu à la cité, et comment dans la cité les anciennes divisions en rappoi-t avec la structure génétique et avec les différences physiques existant entre les régions des plaines, des montagnes et des rivages firent place àjdes divisicms déplus en plus administratives ; il nous montre aussi que cette fusion intérieure fut parallèle à l'abaissement des inégalités politiques, depuis Thésée jusqu'à scm temps. En réalité, les modifications ainsi réalisées à l'intérieur, furent aussi en rapport avec l'expansion au dehors, surtout si on ne considère pas celle-ci uniquement au point de vue des frontières politiques et militaires, mais également à celui plus positif, dans son intégralité réelle, des frontières sociales.

Au moment de son i)lein épanouissement, Athèn(»s est devenu le centre d'un monde ; son port i)rincipal, le Pirée est la tête de ligne des princii)aU»s voies di» communi(*ation et de <*ommerce de la CJrèce : la route du P(mt, la route de Chios et Lesbos, la route d'Egypte et de la Cyrénaïque, la rout<» de la Sicile et de l'Italie, de l'Espagne et de la (Jaule. C<mi me l'Angleterre d'aujourd'hui, elle est non plus un Etat isolé et fermé ; elle est à la tête d'une confédération surtout maritime de colonies et d'alliés. Malheureusement cette confédération, d'abord égalitaire, se» transforme de plus en plus

en un empire eentralisé et militaire où les alliés deviennent des sujets, des exploités et finalement des révoltés eomme tous les sujets et les exploités. Et tel est eneore aujcmrdluii, sous une forme plus vaste, le problème qui divise l'Angleterre entre Tesprit dénioeratique et l'impérialisme.

Et à mesure que les relations intersoeiales deviennent plus étendues, en Grèee eomme maintenant, les conflits éclatent au loin, à l'extrémité des régions les plus récemment en contact ou acquises. La guerre, d'abord limitée à l'Attique et au Péloponése, est portée de plus en plus loin, en Tlirace, en Sicile. Ici toute la (xréce est aux prises, même la Grande (iréce. Finalement, c'est encore sur mer, avec l'appui et dans les eaux des Perses, que la lutte s'achève. Athènes et avec elle la démocratie succombent. La direction passe à des sociétés militaires : Sparte, Thèbes, la Macédoine. Et toujours les frontières changent, les tribus incorporent d'autres tribus et deviennent des principautés, des royaumes, des empires ; toujours l'évolution se rit des frontières; ce que nous appelons des obstacles, ce sont i)our elle des étapes, ])as même des étapes, des bornes indicatrices du parcours effectué et à effectuer encore.

A l'origine, la Macédoine ne touchait pas à la mer; déjà cependant ses limites sont très variables. Il y a géographiquement une haute et une basse Macédoine. Dans chacune, il y a de nombreuses tribus. Les deux régions forment à un certain moment deux royaumes distincts. La Basse Macédoine, avec Pellaccmime centre, finit par dominer. Au fureta mesure de rextensi(m des frontières se déveloi>pent les voies de communication. Quand Philippe, après avoir étendu ses frontières à l'ouest, au nord et à l'est, eut annexé le littoral, il i)ut dominer la Grèce; pour assurer cette conquête, il projeta celle de la Perse; toute conquête n'est, en effet, garantie qu'en l'abritant par des frontières plus éloignées. Alexandre réalisa le plan et, en le réalisant, nécessairement il retendit. Ce fut une extension de la civilisation grecque, mais au prix de quelles ruines! Dans toute conquête militaire, la perte se rapproche du gain et parfois le dépasse. Alexandre commence par refouler les barbares du nord et de l'ouest de la Macédoine, puis il écrase la Grèce en Béotie et détruit Thèbes. La Perse était à ce moment une puissance plus maritime et

plus coinmeryante que la Grèce Macédonienne. Dans la deuxième moitié du IV^ siècle, l'Empire Perse avait été rétabli dans sa plus grande étendue, y compris TKgypte. Ku réalité, il fut détruit par une puissance surtout continentale et militaire; mais ce fut un développement du monde grec, développement malheureusement compensé par un abaissement du niveau de la civilisation, comme il arrive presque généralement. Et ce furent les voies de communication qui furent aussi celles de la conquête et de Tinvasitm.

La conquête put s'étendre à raison même des voies de communication, c'est-à-dire des instruments de civilisât i<m existants. Deux grandes routes relient l'Asie-Mineurc à la Perse et à l'Inde; la plus ancienne, celle du Nord, la route royale et militaire, était antérieure aux Achéménides; par Sardes, sa tête de ligne, elle se reliait à la côte par trois points : Kymé, Smyrne, Épliése; de là, elle se dirigeait par Ptera jusqu'au Tauros. La route du Sud était la route commerciale; d'Éphèse, sa tête de ligne, par Magncsia, elle atteignait l'Euphrate et au delà jusqu'au Tauros; redressée plus tard par les Seleucides, elle devint la grande route des Indes. Ainsi, dès avant Alexandre, des relaticms économiques existaient entre la Grèce et l'Orient; comme presciue toujours, la conquête militaire ne fit que suivre la colcmisation et le commerce; les frontières économiques et autres de la (irèce étaient depuis longtemps déi)assées alors qu'Alexandre en étendit les limites militaires. A sa mort, l'empire comprenait toute la péninsule au sud de l'Istros, sauf l'Epire et rillyrie, toute l'Asie-Mineure, sauf la plus grande partie des cotes méridionales du Pont-Euxin, toute la Syrie et l'Egypte jusqu'à Eléphantine, tout le bassin de l'Euphrate et du Tigre, entre la mer d'Hyrcanie et l'Arabie, ainsi que tout le reste de l'Asie entre le ^o*' et le 23" de latitude, y compris le bassin de r Indus jusqu'aux déserts, à l'ouest de celui-<»i. En somme, il englobait toutes les civilisations historiques antérieures d'Asie et d'Europe, sauf la Chine et l'Italie. Remarquons que (*ct empire militaire a eu scm berceau dans la z(me frontière de la Grèce proprement dite, là où celle-ci était en cimtact avec les barbares; c'est là naturellement à raison de sa situation (le murche militaire que se forma une forte ])uissance

autoritaire qui, par la coïKiuête, devint le x>oint de départ d'un empire.

A la mort du conquérant, Tempire, divisé en satrapies militaires et administratives, dont les divisions correspondaient le moins possible aux anciennes divisions, est démembré; les frontières politiques et militaires sont continuellement bouleversées; finalement, à la mort de Seleucos, le dernier des lieutenants d'Alexandre, il reste trois grands royaumes, la Syrie, T Egypte et la Macédoine, plus d'autres royaumes moins importants en Bith.\^lie et dans la Cappadoce du Xord, mais le démembrement en souverainetés distinctes avec des frontières politiques plus étroites n'empêche pas les autres frontières d'être plus étendues. Ainsi, les divinités égyptiennes pénètrent dans le monde grec, comme celui-ci en Kgypte et en Oiîent; chaciue divinité eut ses deux noms, l'un Egyptien, l'autre Grec : Amon-Zeus, Hathor-Aphrodite, Thot-llermès. De même, le négoce intercontinental eut partout des représentants asiatiques, africains, européens de toutes races et surtout déjà de variétés mixtes. En Egypte, les nomes furent conservés, mais comme circonscriptions administratives; il y eut deux capitules, Mempliis l'Égyptienne, Alexandrie la Grecque; de plus, l'une et l'autre Asiatiques; du reste, pendant presque tout le IIP siècle, l'Egypte possède la Carie, la Lycie, la Pa:mpliylie, la Cilicie, Cypre et Cos.

Dès la même époque s'était, aux extrémités de l'Egypte, développé un empire comprenant tout le bassin du Haut-Nil, entre le Tropique du Cancer jusqu'à la région des sources. C'était une vraie marche militaire, en contact et en conflit continu avec les populations sauvages qui séparaient l'Ethiopie du Golfe Arabitiue et qui étaient abritées par les montagnes qui séparent l'Ethiopie de celui-ci. Ces régions sont encore, de nos jours, le siège d'une puissance militaire, TAbyssinie, qui a su tenir en échec et vaincre l'Italie.

Dans ses Principes de Sociologie (tome III, p. 887 et suiv., trad. fr.), II. Spencer, à la suite de nombreuses observations en partie conformes aux précédentes, a abouti à des généralisations qui peuvent être acceptées comme une approximation de la théorie positive des frontières, bien que superficielle encore. D'après lui, à mesure que l'intégration politique

progresse, elle efface les divisions primitives des parties intégrées. En premier lieu disparaissent lentement les divisions non topographiqiies qui proviennent de la parenté, par exemple dans les clans et les tribus séparés ; ces divisions s'effacent parle mélange mutuel. En second lieu, les sociétés locales, plus petites, dont l'union forme une société plus grande, conservent d'abord leurs organisations séparées et puis les perdent par l'effet d'une longue coopération. Une organisation commune commence à s'y propager dans toutes les parties. En troisième lieu, enfin, leurs limites topograpliiques s'effacent en même temps que de nouvelles limites administratives de l'organisation commune les remplacent. Mais l'attention de l'éftiinent sociologiste a été trop exclusivement fixée sur une seule espèce de frontières, les frontières politiques; il a négligé les autres, les plus essentielles, celles dont l'action est réellement organique et progressive, tandis que celle des frontières politiques est surtout exclusive, prohibitive et caractérisée bien plus par la contrainte autoritaire ou coopération forcée que par l'entente et par la (coopération mutuelles.

Sauf cette observation capitale, la loi de progression énoncée par II. Spencer est à peu près exacte; j'ai moi-même exposé ailleurs (pic cette loi est corroborée par l'opération inverse en cas de régression et de désintégration sociales comme le prouvent les démembrements des empires orientaux de l'antiquité et comme on le vit dans la suite par celui d(» l'Empire romain, de l'Empire carlovingien et d'autn»s plus récents.

A partir de la civilisation greco-oricntale, en même temps que les faits et institutions historiques nous sont mieux (Mmnus, apparaissent aussi les premières grandes doctrines politiques et spécialement celles relatives aux fnmtières. Cependant, comme il arrive toujours dans la période métaphysi(iue d(» toute philosophie, autant les faits justpi'ici nous ont parus clairs et significatifs, autant ils vont être en partie obscurcies par des tentatives de coordination systématique (hmt le fondement n'est pas ttmjours (»on forme à l'observation exacte et complète de la réalité. Ce qui va pendant longtenq)s et même de plus en plus prévaloir dans la science sociale, c'est la fausse méthode (pii consiste à ne relever qiu*

les faits les plus saillants en ee sens qu'ils sont les plus superficiels et dès lors les plus frappants. Ce seront surtout les pliénomènes politiques proprement dits, en réalité les plus complexes, ceux qui devraient être surtout approfondis et analysés, qui seront l'instrument d'interprétation, alors, au contraire, que leur propre interprétation s'imposerait d'abord par celle de leurs éléments constitutifs plus simples et fondamentaux. C'est ainsi que, dans le même ordre d'erreurs, le vulgaire ai)pelle phénomène ce qui est extraordinaire et monstrueux et en fait c'est ce qui frappe son attention alors que les faits normaux échappent à cette dernière. Ce qui est, au contraire, essentiel à noter, ce sont les faits usuels de la vie, les conditions élémentaires et ordinaires de celle-ci. Il en fut du reste ainsi pour toutes les sciences et celles de la vie sociale ne devaient pas échapper à ce stage d'élaboration empirique. C'est ainsi que l'étude de toutes les autres frontières sociales furent négligéi^s, sauf celle des frontières ])olitiques; (m intei-préta celles-ci à un i)oint de vue absolu en dehors de toutes les conditions qui interviennent dans leur formation, dans leur déformation et dans leur transiormation ; les phénomènes les plus profonds de la vie sociale, notamment ceux relatifs à la vie de nutriticm des sociétés sans lesquels leur conservation, leur existence et leur croissance aussi bien (pie leur décadence sont inexpli- (•ables, furent laissés dans la plus profonde obscurité. Tandis que les réalités intimes étaient, au moins inconsciemement, exprimées sous une fcu'me naïve dans les grands codes religieux, comme la Bible et les lois de Manon, le sens de la réalité disparaît dans les premiers essais du rationalisme politique. La science sociale est tout d'abord un art gouvernemental; elle fait partie de l'éducation des gouvernants, des titulaires de la souveraineté, princes, castes, ou classes. Plus tard et jusqu'à nos jours, la théorie de l'Etat et aussi celle des frontières tombèrent entre les mains des juristes et l)articulièi'ement de ceux du droit international. Ce sort fut précisément aussi celui de réc(momie dite politique avant sa c<mstitution en science sociale. Or, l'évolution de la politique et de l'économique s'explique de la môme manière : aucune science sociale ne pouvait devenir positive avant la constitution de la science économique dont le domaine est le champ

(le culture de toutes les autres modalités d(» Texistenee collective.

Le droit international, comme les théoriciens purement politiques, s'est attardé et complu dans la contemplation des frontières des Etats; jamais aucun des représentants de ces grandes écoles, et il en fut ot il en est encore de géniaux, n'a pu définir les frontières ni à plus forte raison en donner lu X)hilosophie. Combien doit paraître étrange à ceux qui persistent dans la même ornière, la marche suivie jusqu'ici par nous dans cette étude ! Montrer que toutes les forces ou propriétés de la nature considérées en elles-mêmes ou dans leurs agrégats sont limitées, exposer qu'il y a des zones dimatéri(iues, géologiques, végétales et animales, rechercher les lois de leur distribution et de leur limitation, étendre ces recherches à l'espèce humaine dans son adaptiition aux milieux, montrer que tout organisnie a une structure et par conséquent une limite et que son action externe est toujours en corrélation avec sa composition et son organisation internes, essaj^ei* d'établir que toutes les combinaisons sociales sont limitées, que ces limites ne sont pas seulement militaires ou politiques mais sociologiques, que celles-ci peuvent être autres que celles-là et que les unes et les autres s'abaissent, pour ne laisser subsister en fin de compte (pie les limites (|ui s'imposent naturellement même à la coopération sociale la plus considérable au j^oint de vue du nombre et de réten(hie, pour eux quelle aberration ! Etudier les sociétés végétales, les sociétés animales et les plus petites sociétés qui vivent au sein des grandes sociétés politi(iues (»t dont les lois sont en réalité les mêmes que celles des grands empires, tout cela semblait jusciu'ici indigne de la liante science et de la haute ])hilosophie.

La frontièr(» n'est pas seulement une délimitation territoriale de la souveraineté d'un gi'oui)e r(»présenté ou non par un chef; cette concc^ption rudimentaire ne fut en réalité (»xacte que momentanénumt et tant ([ue la propriété territoriale ne fit (ju'un ave(» la souveraineté. En persistant à maintiMiir cette théorie acceptable scnilenu^nt dans un Etat fermé, on devait perdre de vue (pie les frontières sociales ne sont pas seulement ni militaires, ni politiques, mais qu'il y a aussi des frontières économi(pies, généti(pics, artisticpies, religieuses

et seientifi(iues, morales et jiii'idi(|iies. La strneture île toutes celles-ci peut être ou non militaire et coïncider ou non avec (*e que nous appelons la frontière de la souveraineté politique, frontière surtout militaire et sèi)arative des souverainetés. Les forces d'une société ou d'un Etat se composent de toutes leurs forces et toutes n'cmt pas nécessairement les mêmes limites à l'extérieur j)as plus que la même distribution à l'intérieur. Le problème est beaucoup plus conq>lexe que Ton s'est figuré jusqu'ici. Ce n'est pas tout; la survivance des anciennes institutions et des croyances surannées, en correspondance avec la structure surtout militaire et autoritaire des anciennes sociétés, a tendu à maintenir l('])réjugé que toute fnmtière est un (d)staclc, une barrière aloi's que ce n'est là que la fonction négative des limites même politiques. Plus nous approfondirons l'étude de la structure et de la vie des sociétés, c'est-à-dire leur staticjue et leur dynamique, mieux nous arri veinons à voniprendre cpie la loi d(» limitation de toute forc(» collectivi», en corrélation étroite avec celle de différenciation, est la condition essentielle de tout développement progressif. Ce n'est, en effet, que par cette différenciation et cette limitation toujours croissant(»s des forces sociales, cpie peut s'accomplir radai)tation complèt<'! de res])èce humaine et sa socialisation. Ce qu'aucun grand empire ne put et ne pourra réaliser jamais, les groupes sociaux de plus en plus spéciaux et délimités dans leur activité et dans leur organisation arriveront à le réaliser i)ar la paix et par l'entente, par les contrats, i)ar les traités, c'està-dire par la limitaticm et la cooi)ération de buirs forc(»s rcspe<*tives.

C'est pour n'avoir considéré que l'Ktat moderne tel (pi 'il est issu directement de la monarchie absolue» et de la Révolution française de 1789 et n'avoir i)as tenu comi)t(» de ce que cet Etat moderne était seulement un moment hist()ri(iue de la structure des sociétés européennes, que la théorie du droit international n'a guère progressé depuis le XVir* siècle, sauf, dans ces derniers temps, chez c(hix de ses représentants qui, comme M. E. Xys, ont consenti à adopter la méthode historique et à mettre leur science juridique en contact avec celle qui s'occupe des conditions de l'existence économique des sociétés, conditions qui sont la base des formes non seu-

leinent du droit privé mais du droit public* aussi bien national qu'international.

Le reproche qui est légitime dans Tétat actuel des connaissances sociologiques ne le serait pas vis-à-vis des tliéonciens jxditiques de la Grèce*. Il ne faut pas les juger avec les idées de notre époque; ce serait être injuste et même s'exposer a de graves erreurs. C'est ainsi qu'une superficielle critique moderne tout en constatant la fausseté des doctrines, surtout antiques, qui tendent à appliquer à l'ordre social les lois de l'ordre familial, et ce pour le motif que la société ne serait que la famille agrandie, a perdu de vue que ces doctrines n'étaient pas absolument erronées mais des réminiscences en rapport de continuité et en correspondance avec des stades de civilisation où la confusion entre la société et la famille était une réalité; seulement la famille n'était pas telle qin» nous la voyons aujourd'hui, réduite à un petit nombre <le membres. La famille moderne est née de la société, et non celle-ci de la famille; seulement il y eut des grouj)es sociaux à structure domestique où les liens de ])arenté étaient un des éléments de la structure mais comprenant d'autres liommes libres, des serviteurs et des esclaves. C'est ainsi qu'au point d(» vue positif, historique et relatif, il convient d'interpréter et d'apprécier l(»s théories de Platon et d'Aristote en les mettant en rajqiort avec l'organisaticm des tribus et des classes primitives d'un côté et de l'autre avec la r/7c grecque un moment où ses cadres se brisent pour faire place à une stnu»ture plus large.

Alors on comprend que la République de Platcm ne fut jias seulement une utopie, mais une vue idéale dont beaucoup d'éléments furent empruntés à un passé qui n'était plus reconstituabh», mais dont plusieurs étaient en rapport avec l'avenir; alors aussi on comprend le précepteur d'Alexandre as;)irant à l'impérialisme en même temps qu'à l'égalité et disant (jue TKtat doit s'incliner devant la supéricnité du G.'*nie : « se soumettre à ce grand homme et le prendre pour roi durant sa vie entière. » Xi Platon, ni Aristote ne repn^ sentent plus la cité grecque; leui- philosophie, reflet de l'évolution sociale, est internationale. Platon sera un des pères de l'Kglisi» chrétienne, Aristote sera le maître de la philosophie arabe» et de l'Eglise catholique.

Il est très remarquable que ni Platon dans les Lois ni dans la République^ ni Aristote dans \sb Politique, n'essaient même de formuler une théorie des frontières. Cependant, dans la République, au Livre IV, Platon soulève la question « dos plus justes bornes que les magistrats puissent donner à rac»croissement de leur Etat et de leur territoire après lesquelles ils ne doivent pas chercher à s'accroître davantage. )) Il supi)Ose don(î d'un côté que ces bornes, comme du reste toute la structure sociale, sont l'œuvre des architectes politiques et ensuite qu'elles ont des limites naturelles fixes. Ces limites lui apparaissent très justement comme en rapport avec l'organisation même de l'Etat; a il faut laisser celui-ci s'agrandir autant qu'il le pourra, aans cesser d'être un, et nullement au delà, w L'État pourra donc s'étendre tant qu'il conservera le type communautaire que prétend lui imposer définitivement Platon. On peut cependant légitimement supposer <iu'en réclamant non seulement un code international de la guerre pour tous les peuples grecs, mais même la suppression de la guerre entre les Républiques grecques (Livre V), Platon entrevoyait ccmime réalisable l'application de son plan idéal à la (rrèce entière. Sa société repose sur un droit commun, à la fois éc(momi(pie et social ; voilà la grandeur de sa coneci)ti(m réellement sociologique; sa société est coordonnée et son extension n'est limitée que dans la mesure même de cette coordination ; ses limites sont donc en rapport avec sa composition et sa structure internes. Il semble oublier cei)endant l'influence des milieux sociaux extérieurs. Peut-être supposait-il comme Meng-Tseu, que cette influence était négligeable, l'État le mieux organisé devant naturellement s'assimiler les autres. Dans les Lois, Platon veut que la cité soit éloignée de la mer et de toute autre ville; ainsi elle sera plus à l'abri de la corruptiini; elle se conservera mieux. En somme, la préoccupation statique de son plan architectural ramène à négliger l'aspect continuellement variable des sociétés, leur transformisme continu et spontané toujours en activité indépendamm(»nt même de l'intervention i)lus ou moins raisonnée et méthodique de l'homme.

Au moment même où la cité grecque va être résorbée dans des groui)ements plus vastes, Aristote dans sa Politique (Livre IV, ch. IX, fj 6) montre nettement la corrélation qui

exiiile entre la i^tnichiro do FEI lation de lu propi^iétt^ (h% les!

lïiu tii* tli« i^a i^trut'tiire et en cchi| l'avons vti, le trait foïidunientiil iinpliijiitV tlaiiB mm obsorvatitm tière.^ de toute saeieti!* es^t aussi ei| iîîtérietii' de |ïriï|»riétè et, d'tmt^ f; firgaiii.satîon èeoiioitiiqitc. D*apn 4» j tien lï eut flf; difiit à ei*tix (fui pcirl les drtdts puîiticjtirs; il nuit thriw <l I ni 1 i t a i r e , p i » 1 i t i < ] 1 1 v v X pr t j p l' i è t ai r e ; ipii uN'u font tprnne que rt^idc la renrs d<nvi*n! ft»rnier une elast^i^ dîsll niunanté des lïienjB qui ne eorrespond] tion de lar îté agranclie. Il ajouta c epi*m| ili*s eiti>y<'us titïit en rendre* f'usit^■(' t Mfiïl d'une ti'an^iloruuilîtïn ile la eoniinuiKiiitr» et non d'une suppn^ssjîon abstdue^ à nuj faut de nou vielles însntiuiruis desiiTi/ siiui, la eo(»nlinutr<in. Le t<*rrît(uri' *l. itj pnriionH. 1 nur reHervèe au pnblie, Ti tiMileB tltMïx ^if'riHit subdîvisiV'H eu *ï**i pieniiere sera atïeefée a fournil" a laj <ndte et à eellcs <h^s repos on eoi dri-îiii^rs. Ic*s paiivies peuvent 1 la pari fixêt* pur la Un i*t subv* Entrée besutnH de leur fui elli* devrait etiv iliv^ que ehaeuu d'eux p<' froniiere i*t aux en\ 1 1 »- iK la délViise des ileux aux linutes ansigtiA qu'iiH^tdi'uiuu'ut Fc^pinifui d<' Sin

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existe entre la stnieture de TEtat et la réi)artition ou délimitation de la propriété. Or, les frontières de TEtat faisant partie de sa structure et en eonstituant même, comme nous l'avons vu, le trait fondamental et primordial, la conclusion impliquée dans son observation est que la structure des frontières de toute société est aussi en rapport avec s(ui système intérieur de propriété et, d*une façon plus générale, avec son organisation économique. D'après lui, les biens fontls appartiennent de droit à ceux qui portent les armes et possèdent les droits politiques; il unit donc dans sa fonnule la trinité militaire, politique et propriétaire; c'est dans ces trois formes qui n'en font qu'une que réside la souveraineté. Les laboureurs doivent former une classe distincte. 11 rejette la communauté des biens c^ui ne correspond plus à l'état de civilisation de lacité agrandie. Il ajoute cependant que la bienveillance des citoyens doit en rendre rusuf(e commun. C'est donc bien d'une transformation de la communauté primitive qu'il s'agit et non d'une suppression absolue; à un nouvel état social il faut de nouvelles institutions destinées à en assurer la cohésion, la coordination. Le territoire doit être divisé en deux porti<ms, l'une réservée au i)ublic, l'autre aux particuliers; toutes deux siéront subdivisées en deux autres parts dont la première sera affectée à fcmrnir à la fois et aux dépenses du culte et à celles d(»s repas en <'omnuin. En ce qui ccmcerne ces derni(»rs, les jiauvrcs inuivent en effet difficilement y apporter la part fixée par la loi i^t subvenir en même temps à tous les autres besoins de leur famille, (juant à la seconde» portion, elle devrait être divisée entre tous les citoyens de manière (|U(» cha(*un d'eux possédant quelque bien en menu* temps à la frontière et aux environs de la cité fut intéressé également à la défense des deux régions, intérieun» et extérieure, (^uant aux limites assignables à la propriété privée, il n'y touche (iu'incid(»nnnent (liivre II, chap. III, S 5) en critiquant l'opinion de Socrate comme insuffisauuuent claire et précise. Stjcrate, en effet, avait dit (pu» « la i)roi)riété doit aller jusqu'à satisfaire les besoins d'une vie sobre ». D'après Aristoti», « une vie sobre peut être fort pénible » et il faudrait dire « sobre et libérale », c'est-à-dire à égale distance du luxe (»t de» la souffrance.

Lt» point important (pi'il conv(»nait de relever, c'est ipu», de

niùnie que Platon, Aristote conçoit la structure d'ensemble (le l'Etat comme en équilibre constant et nécessaire avec sa composition et son organisation internes et notamment économiques. Ce qxii les différencie, c'est que le dernier, vivant en plein développement impérialiste, comprend ([ue de nouvelles institutions doivent correspondre aux nouvelles conditions sociales. Ni la communauté primitive des tribus et des clans familiaux, ni les règles de la vieille cité ne conviennent plus à l'état grec et même gréco-asiatique ; mais il comprend que si les formes primitives de communauté ont disparu, il faut cependant assurer à chacun des membres et des groupes des conditions d'existence au moins aussi avantageuses que celles dont ils jouissaient antérieurement. Et cela il le faut tant dans l'intérêt de l'équilibre intérieur que dans celui de l'Etat transformé et agrandi, et c'est i^ourquoi il assure à chaque citoyen une existence moyenne, voilà i^ourquoi il intéresse chacun d'eux à la défense de l'intérieur et à celle des régions frontières. Son empire reste une communauté unifiée, coordonnée malgré ses limites plus étendues. C'est ainsi que les deux plus puissants penseurs de l'antiquité grecque, si divers en tant de points, entrevirent la grande loi sociologique qui relie le problème des frontières sociales à l'organisation même des sociétés. L'intérêt de l'Individu et celui de la Société ce conciliaient dans l'empire, comme autrefois dans la cité, dans la tribu, dans la horde.

Mais combien la masse sociale unie dans le même lien était plus vaste et surtout plus complexe; non seulement la propriété mobilière s'était différenciée de la proi)ricté foncière, non seulement la propriété jîublique existait côte à cote avec la propriété privée, non seulement le salariat, le colonat, le servage, sous des formes diverses, s'étendent à côté et au-dessus même de l'esclavage, mais le capital et le travail revêtent des formes collectives. En Grèce, comme en Egypte, il y a des associaticms de capitalistes et de travailleurs, des coalitions, des grèves, etc. Que de rapports sociaux nouveaux (mt surgi et surgissent continuellement; que de causes profondes encore d'inégalité et d'inéquilibre à l'intérieur et, en outre, que de populations barbares et guerrières à l'extérieur! Comment suppléer à l'insuffisance de l'entente et de la coopération à l'intérieur, comment assurer la conservation et la

défense de tant de populations unies entre elles encore plus par la contrainte que par leurs vœux et par une commune justice; comment étouffer cette question sociale de tout tem^^s et, surtout dans les derniers temps, si aiguë dans toutes les cités grecques? Tout l'équilibre si instable de la nouvelle civilisation ne pouvait être pacifiquement assuré qu'en écoutant la voix des grands réfornuiteurs sociaux ; mais ceux-ci ne devaient réellement exercer d'influence que plusieurs siècles plus tard. Platon et Aristote a])partenaient plus à l'avenir qu'au présent. Olui-ci était encore aux mains des puissances militaires; c'est ainsi qu'à propri'uicnt parler, en dehors de la (îréce, à ses frontières, là où la force brutale, au contact d'autres barbares, sévissait avec le plus d(» grossièreté, se forma un centre de <»ivilisation guerrière qui finit, en (conquérant la Grèce, l'Asie et l'Egypte, par ne plus former lui-même qu'une province de renq)ire qu'il avait aidé àfondcr.Toutesces contrées réunies sons une même domination et déjà en partie fusionnées par leurs rappt)rts commerciaux et autres virent pendant quelque temi)s leurs frontières politiques anéanties et remplacées par des divisi<ins purement administratives et militaires, sous une autorité unicpie. Cet empire est déjà intcrnati(mal et intercontinental; il relie en effet les ])arti(»s h»s plus homogènes à ce moment de trois continents. Il est à la fois (continental et maritime et à ce titre il englobe les civilisations particulièn^s développé(cs le long des grands fleuves et des mers. Il s'adosse à la fois à la Méditerranée, à la mer Ionienne, à la mer Kgéc, à la mer Noire, touche à la mer Caspienne, à la mer Rouge, au golfe Pcrsicpie et à la mer d'Arabie, s'étendant toujours plus en largeur (ju'en longueur, mais remontant d(*jà davantage vers le Xord. En réalité, il n'a pas de frcmtières i)hysi(iues; il embrasse tous les grands bassins d(»jà confondus dans une civilisation à peu près commune.

Tant d'inégalités (existaient cependant encore en effet cntn» ces diverses r(»gi(ms et dans les groupes, castes (*t classes de cha(iuc rc'cgion, (pie r('*(iuilibre ne pouvait être établi (pic par rint(»rv(»ntion d'une forte autorité extérieure. C'est toujours le despotisme (jui supph'^e à l'inégalité aussi bien intérieure (pi 'à celle entre peupl(»s. Rien de plus fragile cependant (pie le lien social ou int(»rsocial noué par la force militaire; l'empire

d'Alexandre ne survéeut pas à son fondateur ; de nouvelles frontières politiciues se reconstituèrent par son démembrement; mais la civilisation greccxue n'en continua pas moins à embrasser des règicms plus étendues que celles de la Grèce antérieure.

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