CHAPITRE IV
(léograpliiquement, le Latium est la plaine comprise entre le Tibre et la mer, le mont Alban et les x)remiers contreforts de TApennin; c'est le territoire primitif ou a^er romanus où, à égale distance de la grande civilisation étrusque et des peuples également déjà civilisés de l'Italie méridionale, se fixèrent à un certain moment des aventuriers, à la fois bandits et colons, les moins adaptés à l'existence régulière des sociétés plus avancées et constituant une véritable marche militaire en contact avec d'autres sociétés militaires : Eques, Volsqucs, Sabins, Samnites, etc. Cette marche était ainsi aux frontières de poi)ulations d'origine différente. Etrusques et Ligures vers le Nord; Aryens italianisés. Grecs et Phéniciens au Sud. Cette marche militaire, dont le point central fut Rome devait devenir le berceau naturel d'un nouvel empire et, au fur et à mesure du développement social, imprimer à la structure de celui-ci, aussi bien économique que morale et juridique, son empreinte militaire.
Rome, point central de la marche, s'enfonce comme un coin plus dur entre le nord et le midi de l'Italie déjà plus plastiques et les soumet successivement. Dès 270 avant notre ère, l'Italie entière est Romaine jusqu'au Rubicon et à l'Arno. Et ensuite la frontière avance continuellement : la Sicile est ccniquise, la Corse et la Sardaigne annexées ; les (iaulois sont rejetés de l'autre côté du Pô, les Ligures sont exterminés et leurs restes transportés dans le Samnium; la frontière romaine touche aux Alpes. Cette frontière soi-disant naturelle est franchie à s(m tour, car les forces sociales dans leur développement déj)assent et ignorent ces prétendues limites.
Gebhard appelle l'Italie une région œcuménique, rendez-
vous séculaire dcî toutes les raees huuiaines, «. le lieu de passage d*une caravane éternelle », Gaulois, Espagnols, Grées, Asiatiques, Kgyi)tiens, Juifs. Germains, Bretons, Africains, Goths,: Lombards, Byzantins à Ravenne, Slaves à Venise, Allemands, Normands, Angevins, Sarrazins, etc. Du sang Quirite il ne reste presque rien, pas plus que du latin chez les Espagnols ni chez les Français et voilà la race latine ! Ce qu'il y a, ce sont des civilisaticms modelées hors de l'Italie par ritalie et en Italie même les plus divergentes. Rome finit par dominer ce territoire de i)assage éternel.
De 143 à 95 on (»ommence à pénétrer dans les vallées du versant opposé des Alpes; les fleuves cmt leurs sources dans ces montagnes; si celles-ci sont des points d'arrêt momentanés, ceux-là s<mt des voies naturelles de communication. Alors des colonies militaires S(mt successivement établies pour assurer le nouveau pays con([uis, les unes romaines les autres latines; c'est toujours la constitution d'une /Jiarc/ie miiitnirc; voilà la vraie frontière, mais militaire en rapi)ort ou non avec les autres frontières sociales. Et c*n même temps que cette frontière s'est étendue jusqu'aux Alpes et au delà, une coordination correspondante s'est effectuée à l'intérieur. Rome est le centre politique; dès lors toutes les pla<*es frontières Ktmt réliées à la ville par excellence, à celle (pii est le siège du commandement, par de grandes voies également militaires.
Des dix grandes voies principales, toutes créées de 3i2 à i32 avant notre ère, sei)t partaient de Rome :
1. La via Appia de Rome à Capua, Venusia, Tarentum et Brundusium;