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CHAPITRE VII

L'ÉVOLUTION DKS FIU)NTIKRES .IUSQU'a LA FIN DT MOYEN-AGK, LA DÉCOUVEUTK DU NOUVKAU MONDK ET LE PASSAGE DU Cap DE BONNE-ESPKRANCE.

Le moyen-âge est caractéi'isé au point de vue des frontières l)ar un déplacement continuel ; les Etats se forment et se déforment sans cesse sans souci des conditions géographiques ni ethniques. En 711, l'Espagne est conquise sur les Wisigoths l)ar les Arabes; la Péninsule devient une province de l'empire du Calife de Damas ! A partir de 766 elle devient un Emirat ou Califat particulier, celui de Cordoue jusqu'en io3i; ce Califat comprend d'abord la Septimanie au delà des Pyrénées, mais celle-ci est perdue en 759. Le Califat ne parvint jamais à s'étendre dans les montagnes Xord-Ouest des Asturies (»t des Cantabres. Là s'était constitué un Royaume chrétien indépendant de montagnards et des réfugiés les plus énergiques. Successiv(Mnent la Galice (»t tout le littoral jusqu'au Douro sont arrachés aux Musulmans, puis tout le bassin du Douro. Les deux l)nissances sont un moment délimitées mais non séparées par les chaînes de la Sierra de (rredos et de la Sierra de Guadarrama. La vraie fr(mtière fut autre; entre les deux Etats Alplunise F^ fit le désert, une marche militaire dans le sens

le plus absolu, sans mùiDe de eolonisation. Maigre cela les Musulmans purent faire un retour offensif et se maintenir sur la rive gauche du Douro jusqu'au XI** siècle.

Il y avait en outre en Espagne, au commencement du X*' siècle, le royaume de Navarre qui constituait une véritable marche indépendante et aussi la marche franque d'Espagne. Celle-ci, s'agrandissant, devint en 1162 le royaume d'Aragon indépendant de la France. L'une et l'autre marche, celle de Xavarre et celle d'Espagne, devaient naturellement, dans une organisation sociale militaire, devenir des centres importants.

Quant à l'Empire Franc, il c(mtinua comme le régime fcmcier en général, à osciller entre l'unification (»t le démembrement, d'ai)rès les règles du droit successoral. En 8.I9, le l)artage édicté à la diète de Worms réserva la Bavière au deuxième fils de Charlemagne et le surplus d'une fa<;on à peu près égale revint à Tainé et au cadet. Celui-ci eut à peu près tout le territoire comprenant la France actuelle avec en i)lus la majeure partie de la Belgique au Nord, et la marche d'Espagne au Sud. Ce royaume comprenait donc à la fois toutes les populations romanisées ou non de l'ancienne (Jaule et des populations germaniques. De même le lot attribué à Lothaire comprenait la totalité des i)opulations germaniques, à Texception des Flamands et des Bavarois, mais aussi les populations romanes de la Suisse et l'Italie.

Un nouveau partage successoral est signé en 843 à Verdun. « On y tint même comi)te, est-il dit dans l'Atlas historique de Schrader,tantde la richesse et de l'égalité en étendue des lots que de leur proximité et de leur convenance. » Mais ne sont ce pas là des éléments qui entrent en ccmsidération dans tous les partages ? Un changemc^nt tendait cei)endant déjà à sex)roduire; le lien entre les copartageants ne fut pas aussi étroit qu'antérieurement ; le traité proclama rindépendan<'C absolue de chacun des trois partageants. Lothaire le (tcrmanicpic reçut aussi dans son lot une large bande de ti*rritoire gaulois depuis les bouches du Rhin jusqu'à celles du Khôn«* et habitée en très grande partie par des peuples de langue romane. Ce sera le point de déi)art de toutes les tentatives l)ostérieures de constituer entre la (icnnanie et la Gaide une zone intermédiaire. Pour le moment, celle-ci est encore pariii» intégrante du royaume Lotharingien, mais elle formera

bientôt les royaumes de Lorraine et d'Arles ou de Bourgogne, qui, longtemps unis à TEmpire Germanique, inclineront à s*en détacher. Les zones intermédiaires sont un stade dans révolution des frontières; elles se constituent entre États indépendants et fermés ou même hostiles et introduisent dans leurs rapports réciproques un élément favorable au maintien de lai)aix; elles sont des tampons destinés à amortir les conflits; elles sont malheureusement dans une l)ériode d'essence surtout militaire destinées aussi à servir de champ de bataille aux grands États; plus tard un système de neutralité des États intermédiaires coïncidera avec de nouvelles tentatives d'équilibrati(m politique, mais toujours l)rccaircs tant «pie l'écpiilibration intérieure des Ktats ne l)ermettra pas d'instaurer une civilisation i)acifique basée non plus sur des remaniements simplement i)olitiques, mais réellement sociaux.

L*unit<3 de l'Empire Carolingien fut de nouveau reconstituée pour un moment par Charles le Gros qui, de 876 à 887, année où il fut déposé par ses sujets, hérita ou s'empara par fraude ou violenc^e de tous les territoires situés en dehors de son royaume. Mais l'Empire, après lui, est de nouveau démembré en cinq royaumes; la France se reforme dans les limites du traité de Verdun, et le royaume de Germanie s'agrandit vers rOccident.

Tandis que la souveraineté politique tend continuellement, sous le régime féodal, à suivre la même voie que la propriété féodale, tantôt se développant, tantôt se morcelant et élevant continuellement des frontières aussi vite remaniées que fixées, et en cela cependant soumettant l'Europe à un régime en réalité uniforme dans une vérit«able structure commune, l'Église romaine, qui est aussi un État politique, avec des frontières politiques délimitant le domaine de la papauté, s'étend sur presque tout l'ancien Empire d'Occident, même en Irlande, en Allemagne, en Bohème, en Moravie. Il dépasse même les marches militaires qui se sont constituées au delà de l'Elbe : la marche danoise, la marche saxonne et celle plus avancée encore, la marche des Billungs, possession militaire des ducs de Saxe, la plus précaire de toutes. Des évêchés ont été créés au milieu du X** siècle à Oldenbourg, à Ilavelberg et à BrandeluHirg. Le christianisme, de la Germanie s'est pro-

page d'abord chez les Slaves du Xord, ensuite parmi ceux du Sud. A la fin du même siècle, il s'étend des marches do TElbe, sur la Pologne et la Hongrie ; dès le eommenoement du XF, il est la religion officielle des Etats Scandinaves.

L'Église grecque continue à prédominer dans TErapire d'Orient, le midi de l'Italie et la Bulgarie. L'Islamisme règne de l'Indus jusqu'en Espagne, en Sicile et en Crète. Le judaïsme est, depuis le VIII'' siècle, la religion officielle des Kozars, peuple de rac(» turque, au nord de la mer Xoirc, jusqu'à la Caspienne, mais il est répandu partout en Europe, en Asie et en Afrique.

Enfin, les formes et les croyances religieuses, depuis les plus simples et les plus grossières jusqu'aux polythéisme païen, persistent encore un certain temps en Pologne, on Hongrie, en Scandinavie. Après la c(m version de celles-ci, elles se maintiennent chez les populations Finnoises, chez les Slaves de la Baltique : Poméraniens, Prussiens, Lithuaniens, enfin chez les peuples de race turque du sud-est de l'Europe, Petchénègues et Comans et aussi chez les Bachkirs.

Toutes ces croyances, sans distinction, tout en se limitant les unes les autres, ne tiennent compte d'aucune barrière soit physique, soit ethnique ; toutes dépassent les frontières politiques particulières et les races particulières, aussi bien que les fleuves, les numtagnes et les mers.

Aucun État politique à ce moment, pas plus qu'avant ni après, n'est occupé exclusivement par une race pure do tout mélange ou à l'exi^lusion d'autres races. Los Celtes sont l'épandus en Irlande, on Ecosse, on Cornouailles et Galles, dans la péninsule armoricaine. La France, l'Espagne, la Lorraine et la Bourgogne en partie, l'Italie, la Corso, la Sardaigne, la Sicile, les cotes de la Dalmatie, la Transylvanie sont romani sées. Los Basques s'étendent à la fois sur le royaume de Xavarre, l'Alava, la Bisca3'e, le (Juipuzcoa, le royaume do Léon et dans une partie do la Gascogne. Les Scandinaves occupent le Danemark, la Suède, l'Islande, plusieurs archipels du Xord de l'Ecosse. Comme les (»ermains, ils ont colonisé l'Angleterre. Les Germains ne sont nullement contenus dans le royaume de la Germanie et on les retrouve jusque dans la Crimée méridionale. Les Slaves s'étendent de la Baltique à l'Adriatique ; au c(mim(*ncoment

(lu X'' siùcle, ils viennent cVetre coupés en deux par l'invasion hongroise. Ils peuplent encore les marches de l'Elbe, la l*oniéranie, la Prusse proprement dite, la Lithuanie, la majeure partie du grand-duché de Russie, la Pologne, la Croatie blanche, la Moravie, la Bohème. Au Sud ils occupent la Carinthic et la Carniole dans le royaume Allemand et en outre la Croatie, la Serbie et le royaume de Bulgarie. Des populations turques occupent l'Europe du Sud-Est; des Ougricns, populaticms finnoises le Xord-Est, où à celles-ci se rattach(»nt les Livoniens, les Mordvines, etc., et d'autres l)euples Ilunno-Ougriens, tels que les Hongrois et U»s Bac h kirs. Enfin, au milieu d'un nombre considérable d'éléments ethniques superposés ou mêlés, les Grecs dominent dans la partie de la péninsule des Balkans restée au pouvoir d(*s empereurs d'Orient, mais ils sont répandus à peu i)rés sur tout le i)ourt<mr de la Méditerranée, en Europe, en Asie et en Afrique.

Mais nulle part, dans aucun groupement politique, la race ne conf<md ses frontières avec celles de l'Etat, partout même il y a tendance à la juxtaposition et à la fusi(m des races. Ajoutez à cela que les cara(»tères (pii constituent une race sont des caractères acquis par différen<*iation, sélection et a<laptation, caractères transmissibles par hérédité mais non originels et au contraire dérivés, alors comment songer à établir des groupements politiques et artificiels et surtout définitifs sur des bases aussi fragiles? Cela n'est pas plus sérieux qiw de vouloir délimiter les sociétés par des montagnes, des fleuves ou d(»s bassins. l'ne société est quelque chose de plus «•om])lexe (pie son facteur purement ethniiiue ou (|uo snn factcMir ])urement physique; la société est une combinaison de ces deux facteurs, donnant naissan(*e à un phénomène nouveau, le phénomène social. Celui-ci est le résultat de leur combinaison et ncm pas nicme de leur simi)le additi(m, car ce s(mt <les matériaux différents qu'il est impossible d'additionner, pas plus que des poires avec des pommes. Et voilà pourquoi à aucun moment de l'histoire il n'est possible et il ne sera possible de(»(mstater l'existence d'un groupement politi(pic (»mbrassant exclusivement une seule et même race et toute cette race dans une région territoriale physi(piement délimitée. J'ajoute (juc toutes les tentatives dans ce sens

sont réactionnaires, le i^rogrès se réalisant surtout par la multiplication croissante des différenciations, seul procédé naturel qui permette, par la moindre intensité corrélative et parallèle de celles-ci, de réaliser la fusion de toutes les parties sociales. Le vrai et le plus noble but de la science sociale est d'amener les diverses variétés de Tespéce humaine, non pas à se cantonner à i)art mais à vivre ensemble, tout en ne sacrifiant en rien ni les caractères individuels ou collectifs, plus ou moins originaux, qui seuls permettent en réalité Tunificaticm de Tespéce humaine, bien loin de s'y oi)poser. C'est par la variabilité et la sélection que l'espèce s'est de mieux en mieux adaptée à la planète et que la planète a de mieux en mieux été achiptée à riiumanité. Tel est le i)rocédé naturel auquel il faut se conformer et que même les sociétés militaires ont suivi, d'une fa(;on violente et grossière, dans la détermination de leurs frontières politi(iues.

Il est impossible d'interpréter autrement l'évolution de celles-ci, à moins de tomber dans Thypothèse qui consiste à considérer comme irrationnels et contre nature tous les faits qui se sont accomplis antérieurement à l'époque où nous avons prétendument l'avantage (exceptionnel de vivre et <le penser sagement.

Parmi toutes les racles que nous avons indiquées, les i)opulations romanes, à ce moment les plus civilisées, sont aussi les plus mélangées. Les religions, de leur côté, comme nous l'avons vu, sont plus étendues que les races, que les divisions géograjdiiques et politiques. De même le droit féodal n'était pas contenu dans les limites d'un seul Etat; dans ses grandes lignes il était conforme, dans tous les groupements sociaux, également évolués; ce droit lui-même était en rapport avec une structure économique dont j'ai <»xposé ailleurs les caractères. Les frontières extérieures de chaque groupe politique correspondaient donc, à ce moment, non seulement avec le mode de souveraineté, mais tous les deux correspondaient à l'ensemble de l'organisation intérieure du groupe en rappoi't avec les mêmes éléments extérieurs. Ainsi le régime féodal, régime non seulement national mais internatiimal, constitua, pendant une certaine période, un état statique, un équilibre, mais instable comme tout é(juilibre organique et surtout so(*ia].

Au X'' siècle les rcmanieineiits de la carte politique de l'Kurope continuent. Au sud, le royaume de France s'étend ù l'ouest du Rhône au détriment de la Provence cédée en 932 ù la Bourgogne; ce dernier Etat, ou royaume d'Arles, est lui-même annexé à celui de Germanie en loSa; celui-ci recouvre en outre la Lorraine un moment perdue.

La marche d'Autriche est détruite par l'invasion hongroise ; mais au nord-est sont organisées les marches de l'Elbe conquises sur les Slaves et le duché de Bohême passe sous la suzeraineté de l'Empire. En 967, le royaume d'Italie est réuni au royaume de (lermanie et à l'Empire d'Occident sous Otton le Grand en 962. Au X® siècle, l'empire d'Occident dépassa» au nord l'Eider, où se place la marche danoise.

L'Empire d'Orient, après avoir perdu la Crète et presque toute la Sicile, s'étend dans le midi de l'Italie. En revanche le royaume de Bulgarie, la Croatie et la Serbie se forment à ses dépens.

Dans l'Europe du Nord-Est, au milieu du IX^* siècle, se sont ccmstitués le duché de Pologne et le grand-duché de Russie. Les Xorwégiens établissent en Islande une colonie indépendante de leur royaume ; des pirates danois fondent, vers 912, le duché de Xormandie. Tandis que les frontières sont mobiles, les populations deviennent de plus en i)lus sédentaires dans les territoires qu'elles occupent.

A l'avènement de Hugues Capet, en 987, les divisions anciennes de la Gaule en pagi telles qu'elles existaient sous les Mérovingiens, qui eux-mêmes les avaient trouvées dans la Gaule romaine, persistent, mais ce ne sont plus que des circonscriptions administratives. Dans les régions où dominait la coutume germaniciue, les pagi se multiplièrent par le morcellement des cités ou pagi primitifs. Le comte est à la fois le chef administratif, judiciaire et militaire du pagus; aussi dès le VIII*' siècle le nom de comitains, comté, tend à se substituer à celui de pagus. A la suite de l'établissement de l'hérédité des fiefs, ces comtés donnèrent naissance aux comtés héréditaires de la féodalité. Ainsi l'organisation interne de la société féodale basée elle-même sur le régime de propriété est de plus en plus conforme au régime politique général. Dans la partie la plus romanisée de la Gaule, les noms de la plupart des pagi sont emi)runtés à ceux de leurs

chefs-lieux; au eoiitraire, dans le Xord, où domine rélénient conquérant, le nom est souvent celui du principal cours d'eau de la circonscription : Abrgau, Bliissgau, TOschei^t, TOrcrois. Les conquérants s'étaient établis le long des cours d'eau, mais comme toujours sur les deux rives, de telle s<irtc que le cours d'eau ne sert pas de liniiti' au ])agus mais le traverse.

Avant ravénemcnt de Hugues Capet, la France compreml neuf grands fiefs principaux : Flandre, Normandie, France, Hourgogne, Guyenne, Gascogne, Toulouse, la marche de (rothie et la marche d'Esi)agne. Outre ceux-<-i, il y avait le domaine particulier des rois carolingiens. Ce domaine s'étendait au nord de la Seine; il comprenait le comté de La<m, ])lus les villes royales du bassin de TOise. Il était ent<mré de tous côtés par les possessions du comté de Vermandois et par colles des seigneurs du même sang. Hugues (^apet, avant d'être roi, a son duché de France. Ce duché était lui-même issu du commandement militaire excn^é du temps de Charlcmagne et ses successeurs immédiats dans cette région qui s'appelait alors le duché du Mans ou marche de Bretagne: la marche militaire avait créé la fonction militaire du <luc, la fimction créa le duché qui devînt héi'édi taire. Le duché <U* Bretagne s'était lui-même morcelé en 911 par la création du <liu'hé de Normandie, création indiquant (pu» désormais la nmrche était devenue inutile.

Hugues, devenu roi, possède, des lors, outre scm duché <le France, le domaine privé des (/arolingiens : T^aris, Orléans, Et4imi)es, Dreux, Senlis, Montreuil-sur-Mer, d'importantes abbayes, telles que celles de Saint-Martin-de-Tours, Saint-(îernjain-dcs-Prés, Saint-Denis; il a pour vasseaux directs les comtes de Blois, d'Anj(m et du Maine ; parmi ses arricn»vassaux, figurent les comtes bretons de Rennes et de Xante^H. Ces possessions embrassaient plusieurs bassins, mais en partie seulement et n'avaient aucune frontière physique ou natureUc. Ce fut le centre autour duquel se rattachèrent siu*c(»ssivcment l(»s autres parties de ce qu'on appelle la nationalité française ; ce centre fut nécessairement plus stabh* qu(» les parties extérieures. Celles-ci continuèrent à flotter dans des directions diverses.

Kn io'52, le royaume de Bourgogne est rattaché à l'Empire

allcmaud ; la Lorraine au lieu de deux duehés n'en forme plus qu'un vers la même époque ; elle est aussi allemande. Le duché de Bourgogne, d'abord annexé à la couronne de France, en est;de nouveau détaché, en faveur du frère puiné du roi. Même au point do vue politique, le régime féodal fut toujours au fond une organisation domaniale de la propriété d'après un ordre hiérarchique, dont les divisions sont très embrouillées, comme celles des propriétés mêmes. Les domaines seigneuriaux, quoique réunis sur la même tête, pouvaient être distants les uns des autres ; pour les uns, on pouvait être vassal, pour d'autres suzerain. Et il en était ainsi, même pour les rois. Il y avait aussi des seigneuries e(*clésiastiques, épiscopales ou abbatiales où le pouvoir spirituel se confondait avec la souveraineté temporelle. Aucune de ces divisions n'avait pour limites des cours d'eau ou des montagnes. Les divisions ecclésiastiques de la France étaient du reste sans rapport direct avec les seigneuries des évêqucs et des abbés. Depuis les Carolingiens, il y en avait dix-huit ; cclles-<»i, en général, correspondaient aux i)rovinces romaines du temps de Théodose et d'IIonorius ; même la plupart des diocèses étaient identiques au point de vue territorial aux cités du ÏV^ siècle dont ils avaient conservé les noms.

Au XII'* siècle, le domaine royal s'est étendu, de nouveaux territoires et populations se sont rattaches au squelette central, accroissant la fixité et la solidité de la structure. Le domaine est porté au nord-ouest jusc^u'à l'Epte, au sud jusqu'au Cher, vers le sud-est il se prolonge dans les bassins du Loing et de l'Yonne. Cette extension se fit le plus souvent l)ar des achats, des héritages, des mariages. Au contraire, les aliénations furent rares et peu importantes. A l'avènement au trône d'Angleterre d'Henri Plantagenet en ii54, la situation est du plus haut intérêt sociologicpie, (»t nous montre que toute l'organisation politique du temj)S, tout son système de frontières notamment, repose sur une certaine c(mstitution é<*onomique de la in'opriété dérivée, du reste, elle-même, comme je pense l'avoir démontré ailleurs, des formes encore plus générales de la circulation. Tous les grands fiefs de l'ouest de la France, se trouvent régulièrement appartenir au roi d'Angleterre. En revanche, la limite du ro3'aume a été reculée dans la direction de Lyon, par l'accession du comté

de Forez, tintérieureinent rattaché à l'empire allemand; mais trop éloigné du centre d'action de celui-ci, il s'en était rendu peu à peu indépendant avant de s'attacher à la Fi-ance. A ce moment, la France se rapproche du Rhône, mais n'y touche pas encore.

Il y eut encore d'autres modifications dans la géographie politique des grands fiefs et des territoires d'Empire. Notons seulement l'accroissement du comté de Maurienne qui s'étend successivement sur le Chablais, le comté d'Aoste, la Tarentaise, le Bugey et la Savoie, le marquisat de Suse et le Piémont ; ce développement se fit comme tous les autres par succession, mariage, fraude ou violence. Là se forme un Etat militaire destiné à grandir dans une structure générale militaire. Le titre de comte de Savoie se substitue peu à peu à celui de comte de Maurienne. Des hauteui-s, le comté commande l'entrée de l'Italie vei-s les plaines lombardes où luimême s'étend jusqu'à Turin. Cette zone intermédiaire est donc le berceau d'une puissance militaire ; celle-ci se forme aux frontières, dans la partie la moins stable, aux endroit> de passage, comme une vraie marche.

Aux Xr^ et XIV siècles, le système féodal est à son apogée; les fiefs sont sujets à de nombreuses variations résultant toutes d'usurpations, de conquêtes, de mariages, d'héritages ou d'échanges. Les enclaves se multiplient et se complitpient ainsi que les liens du contrat féodal. Ainsi le comté de Champagne, à réi)oqne de sa plus grande extensicm, au XIV siècle, en y comprenant les pays possédés en fief par lui, on tenus en fief de lui, ne comprend pas moins de seize groupes territoriaux où îlots principaux; il relevait de dix suzerains difféivuts depuis rempereur d'Allemagne, le roi de France et le duc de Bourgogne, jusqu'à deux archevêques, quatre évèques et un abbé, celui de Saint -Denis. Tous ces territoires embi'assent seulement des parties des bassins de la Loire et de la Seine ou de leurs affluents.

<iue les théoriciens (lui proclament que les nationalités S4>nt constituées par des bassins, ou délimitées par des ccmrs d'eau ou des montagnes, essaient donc d'appliquer leui-s systèmes au régime féodal! X'est-il pas évident que toute l'organisation extérieure des Etat*< pendant cette importante période, y compris l'organisation des frontières, y est en rai>-

])()i't avec rorganisation intérieure de la société et que, dès lors, les frontières politicxues comme toutes les autres divisions n'y sont que des frontières sociales?

Et cela ne s'applique pas seulement à la France féodale. En Allemagne et en Italie, nous voyons que le royaume Teut(mique issu au commencement du X^ siècle de la fusion du royaume des Francs orientaux avec la Bavière, la Saxe et l'Alemanie, n'a pas de limites précises et ne correspond à aucune réalité géographique. A l'est le regnum Teutoniciim ccmfine aux Slaves et aux Hongrois; mais il n'a pas de frontières naturelles, seulement à la différence de la France il n'a pas encore de centre de gravité. Seuls se distinguent quatre grands groupes : la Saxe de l'Elbe jusque près du Rhin; les Frisons le long de la mer du Nord et les peuples de la Thuringe sont restés en partie indépendants; les Franconiens scmt sur les deux rives du Mein et dans la vallée inférieure du Ncckar; la Bavière, victorieuse des Hongrois, a étendu su domination sur la Carinthie et la partie orientale de la Franconic. Cependant la Carinthie va s'en détacher et former un ncmveau Duché. L'Alemanie ou Souabe, séparée de la Bavière par le Lech, s'appuie au midi sur les Alpes et à l'ouest sur les Vosges depuis l'annexion de l'Alsace en 911. En somme les territoires occupés par les Franconiens et Souabes n'ont pas de limites physiques; ils seront sans cesse morcelés; ils tendront au particularisme à raison de leur complication géographique. La Saxe et la Bavière représentent davantage des régions naturelles. La première occupe la partie germanique de la dépression qui borde les mers intérieures séparant l'Europe centrale de l'Europe du Nord, cependant elle n'a aucune frontière naturelle vers l'est où elle se confond avec la plaine Wende, ni à l'ouest où elle s'unit à la dépression océanique de la Gaule. Quant à la Bavière, entre le Lech et l'Ems, frontières purement indicatrices et la forêt de Bohême et les Alpes toujours franchissables et franchies, elle correspond en grande partie au bassin supérieur du Danube; c'est un plateau contrastant avec la basse Allemagne scms ce rapport; c'est ainsi que la Saxe et la Bavière s'opposeront souvent aussi dans la politiciue, dans les mœurs, dans le droit, dans la religion. Même le socialisme bavarois différera de celui de Bebel, mais en

réalité cette division jias plus que les divisions physiques ne constitue une lig^nc de démarcation absolue; au contraire, elle représente une différenciation favorable à l'extension du socialisme et à son ailajitation aux régions distinctes mais non séparées de l'Allemagne.

Ce qu'il faut remarquer, c est c[u a ce moment les deux duchés de Saxe et de Bavière bordent les pays neufs; ils s'y étendront au moyen des Marches, districts militai l'es destinés d'abord à protéger les frontières, à surveiller les peuph^s vassaux et étrangers et principalement à les assimiler ; mais comme les marches sont essentiellement militaires, elles tendent à devenir les centres de formation d'Etats militaires et conquérants. Au début les markgrauen ne sont qm* des comtes de frontières, mais peu à peu ils s'élèvent au-dessus des comtes; leurs territoires n'ont pas comme les comtés de frontières stables; leur fonction est au contraire d'étendre de plus en plus loin les frontières. A cet effet ils sont investis des pouvoirs les plus étendus, militaires et judiciaires. Tandis qu'à l'intérieur, les comtes ne pouvaient devenir de petits souverains qu'en [usuii)antà l'occasion les droits régaliens, les markgraven devaient le devenir naturellement.

Les divisions des pays germaniques au X^ siècle ne reposent ni sur des caractères ethni(iues ni sur la géographie. Ils sont partagés en gauen (pagi), correspondant aux anciens comtés Carolingiens; telle est la base de la géographie de tout le moyen âge allemand. C'est une division judiciaire et administrative superposée à d'anciens groupements communautaires. A l'intérieur il y a séparation entre les pouvoirs. Otton arrive même à créer dans chaque duché des comtes palatins permanents chargés des intérêts civils du royaume.

L'Europe centrale, bien que divisée, est unifiée au moins nominalement depuis la restauration de l'Empire au profit du duc des Saxons. Otton, vainqueur des Hongrois, devient Imperator; il reste cependant roi de Germanie. Au Nord, il ne se contente plus de la marche Danoise comme poste le plus avancé ; il soumet les comtes de Schleswig et envaJiit le Jutland; à l'aide des marches formées entre l'Elbe et la Saale d'un côté, l'Oder et la Bober de l'autre, il germanise la Slavie. Plus au sud, sont les marches de Lusace et de Misnie;

aviHî relies des Hillungs et du nord, ees (iiuitre marches englobent dans leur cercle de fer la Slavie jusqu'à TOder et à TErz Gebirge. L'Empire confine ainsi désormais à la Poméranie, à la Pologne, au duché de Bohême ; par les marclies de Test ou d'Autriche, de Carinthie, de Styrie, de Carniole et d'Istrie il fait front à la Hongrie et à la Croatie, tandis que ccUesd'Aquilée et de Vénme au norddel'Adriatiqueprotcgent l'Italie contre Test.

La germanisation <le la ])lainc Wende marcdia parallèlement à sa christianisation ; cette germanisation était une colonisation agricole préi)arée par la force militaire et la propagande religieuse, mais parfois aussi antérieure à celle-ci. Avec la restaurati<m de la dignité impériale, l'Eglise et l'Etat se modelèrent Tune sur l'autre. Il y eut six provinces métropolitaines ecclésiastiques, dont trois, Trêves, Ma^^ence et Cologne, avec leurs archevêques sur la rive gauche du Rhin. Ceux-ci deviendront Electeurs de l'Empire; ils seront en même temj)s archichanceliers des trois royaumes de Germanie, de Gaule et d'Italie, rappelant ainsi le grand passé de l'Empire d'Occident et montrant une fois de plus que les frontières religieuses ne sont pas liées aux frontières imlitiques. Vers l'est, les provinces métropolitaines de Brème, de Magdebourg et de Salzbourg représentent, au point de vue religieux, les marches militaires, les conquêtes à venir. Magdebourg christianise la Slavie, comme autrefois Mayence la Germanie.

Xon seulement les frontières, mais les centres se déplacent. Otton V s'étant fait proclamer roi d'Italie en gSi, substitua Milan àPavie comme capitale et, en 962, la dignité impériale ayant été reconstituée, le couronnement comme roi d'Allemagne à Aix-la-Chapelle entraîna hî couronnement à Milan comme roi d'Italie et comme empereur à Rome.

Mais le moyen âge féodal, comme la i)ropriété féodale sur la<|uelle il repose, flotte toujours entre l'unification et le morcellement. Malgré le rétablissement de la dignité impériale, rémiettement de l'Italie s'a<»centue ; même l'autorité des papes est de plus en plus réduite. Otton F** en fit de véritables fonctionnaires qu'il révoque au besoin. Certaines dénominations géographiques primitives que Rome même n'avait pu effa<;er reparg^issent : Gaule Cisalpine, Ombrie, Etrurie,

Latîiun, etc., mais ce ne sont plus des désifçiiations ethniques ni des divisions ' nettement géographiques. L'Italie du Sud conserve seule une certaine individualité ; elle n'est pas cependant autonome ni comprise entièrement dans l'un ou l'autre empire. Du V*- au X" siècle, elle s'est de nouveau hellénisée et dépend. de l'Empire d'Orient; mais elle aussi est féodale ; la suzeraineté des empereurs d'Orient n'y est que nominale; dès lors, le morcellement s'affirme. Les comtes de Capoue, les princes de Bénévent et de Salerne s'érigent en souverains; leurs frontières politiques sont des limites «le propriété féodale; ces limites peuvent accessoirement être physiques ou ethniques; généralement môme, elles ne le sont pas; elles sont sociales. Les Sarrasins, de leur côté, scmt maîtres et seigneurs de la Sicile et de la plus grande partie de la Sardaigne et ils dévastent la Calabre. Les Normands, apparus une première fois en Italie au IX*' siècle, y reparaissent en 1016.

Au XIV siè<^le, la dislocation est à son comble; Tltalie est en proie à la guerre civile, à la lutte entre le Pape et l'Empereur; il n'y a plus que des factions dont le caractère est indépendant de toute frontière; la lutte entre la Papauté et l'Empire est au fond celle entre le pouvoir spirituel et tempon^l dont nul ne parviendra iamais à fixer nettement les limites parce qu'il n'en existe pas; en réalité, cette lutte prépara l'affaiblissement de l'un et de l'autre en divisant leurs forces et en facilitant ainsi le retour à l'unité de structure qui ne permet pas plus en sociologie qu'en psychophysiologie de séparer la force de la matière, l'esprit du corps, la fonction de l'organe, l'idée du fait.

Si les frontières ne sont pas géographiques, il n'en résulte pas cependant que la géographie n'exerce mw elles aucune influence; mais ce n'est qu'en tant qu'elle se combine avec d'autres facteurs et c'est cette combinaison qui seule produit le fait ou phénomène sociologique. Ainsi, dans l'Italie du Nord, c(»rtainement la région montagneuse est différente de celle de la plaine ; dans la haute vallée du Pô, les seigneurs féodaux sont les plus puissants; au contraire, dans la plaine lombainle domine déjà l'élément bourgeois et se développe tout un système de républiques indépendantes en fait de l'Empire. Ce n'est cependant pas la montagne, ce n'est pas la plaine qui

ont produit ces caractères opposés; ce sont la montagne et la plaine combinées avec les facteurs sociaux ethniques, économiqtu^s et autres. Du reste, ces réi)ubliques de la plaine ellesmêmes seront guelfes ou gibelines suivant leurs intérêts. Et même dans leur propre sein, des frontières plus profondes que les frontières politi(pies appai'aissent déjà; les classes y sont en lutte, ouvriers et petites gens se révoltent sans cesse contre les inégalités intérieures; et de même il y a des rivalités commerciales entre les villes. Ce qu'il y a de plus remarquable pour notre sujet, c'est que ces républiques italiennes, tout en ayant des frontières politiques et militaires très étroites, ont une expansion économique bien plus étendue que celles-ci, surtout vers l'Orient et même vers l'Extrême- Orient. L'expansion économique, tout autant ([ue Texpansicm religieuse, peut donc dépasser les limites de la souveraineté politique et militaire, les frontières proprement dites.

Dans ritalie centrale, le domaine temporel du Pape s'est agrandi à la faveur des dissensions ; le Pape est lui-même un seigneur féodal; il est suzerain du royaume normand et il a aj<mté le Bénévent à ses domaines; dans le sud, les Normands ont fini par remplacer les Sarrasins; le mélange des races s'est compliqué de plus en plus.

A la fin du XP siècle, à l'époque de la première croisade, l'Eglise romaine comprend les Iles Britanniques, le nordouest de l'Espagne, l'Europe occidentale, y compris la Scandinavie, à l'exception du nord-est et de la cote orientale de la Baltique (tout le golfe de Finlande est encore entouré de populations finnoises païennes), l'Europe centrale et l'Italie. Ses frontières religieuses dépassent dono i»normément scm domaine politique. Cependant, il faut ajouter que partout sa domination si)irituelle revêt un certain caractère de souveraineté qui n'est pas exclusivement spirituelle; une séparation absolue entre le s])irituel et le temporel est impossible.

L'Eglise grecque comprend la péninsule des Balkans, toutes les côtes de l'Asie-Mineure, la Russie encore entourée partout de poj)ulations païennes, sauf à sa frontière des Karpathes où elle confine à l'Eglise latine. Cette Eglise aussi s'étend au delà des frontières de l'Empire grec.

L'Eglise musulmane comprend le sur])lus de l'Asie occi-

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dentale et toute lu côte orientale et méridionale de la Méditerranée, y compris la plus grande partie de TP^spagne.

Les croisades furent avant tout un débordement de TEurope occidentale sur l'Asie en vue de la conquête de territoires et de richesses par des moyens militaires et violents, mais investis d'un caract^^re moral par la consécration religieuse; (*hez presque tous même le but réel fut inconscient, comme dans la plupart des mouvements qui poussent de grandes masses.

A la suite des Croisades, des Etats Francs se constituent en Syrie. Ils sont séparés, il est vrai, plus ou moins nettement du klialifat des Fatimites par des montagnes et, de même, de l'empire des Seldjoucides à l'est par la chaîne du Liban ; mais nous avons déjà vu que dans l'antiquité <»es régions étaient de vrais territoires de transit aussi bien pour les invasions militaires que i)our les relations pacifiques. Toutes les zones intermédiaires sont destinées à être parcourues; dans des civilisations militaires leurs frontières sont donc toujours instables et leur possession éminemment précaire. Après la chute d'Acre en 1291, il ne reste plus dans l'Orient latin que deux Etats indépendants, le royaume de Chypre et celui d'Arménie, lesquels sont en dehors des courants d'invasion.

Quant à l'empire latin de Constantinople, son existence fut précaire dès le début ; Constantinople retourne aux (irecs en 1261. La Morée, grâce à sa situât i(m avantageuse, échappe à la dominaticm byzantine, mais tombe entre les mains des Turcs vers 1460,

Dans toutes (»es régions déjà si fortement mélangées au point de vue ethnique, le mélange se continuait par l'introduction de populations mongoliques et cela d'autant plus facilement que t(mte l'organisation des poi)ulati(ms de ])art et d'autre était féodale.

Le monde mongol qui entre ainsi en contact avec l'Europe, l)ar certaines de ses variétés se compose d'Ougro-Finnois, de Turcs, de Mongols proprement dits et de Mandclioux. Au commencement du Vr siècle avant notre ère, les Chinois avaient comme voisins au nord et au nord-est de la Grande Muraille fortifiée C(mstruit(» seulement quatre siècles i)lu8 tard, des peuplud(»s nonuules qu'ils appelaient Hioung-Non et

formiint un empire très ancien toujours en guerre avec eux. Au F^ siècle avant notre ère, la Chine pénètre dans cette masse flottante et la coupe en deux tron^'ons; Tun est rejeté à l'ouest du Tian-Cban et se répand jusqu'à TOxus au sud, jusqu'à l'Oural, la Caspienne, le Caucase à l'ouest; l'autre demeure à l'est du Tian-Clian, sous le nom collectif de Hioung-Nou orientaux, jusque vers la fin du V** siècle après notre ère. A cette époque, un certain nombre de leurs tribus se fusionnent et fondent un empire entre le Tian-Cban et l'Altaï sous le nom de Turcs. Mais ce ne sont là que des frontières provisoires pour ces i)opulations pastorales et très prolifiques. An VP siècle leur empire s'étend vers l'ouest; les Byzantins et les Perses appellent Turcs ces collectivités peu connues auxquelles ils avaient donné antérieurement les noms de Iluns et de Touraniens et que Les Greco-Romains appelaient Scytbes. En même temps apparaissent les noms particuliers de certaines de ces populations : Abares, Magyars, Eplitiilites, Comans et d'autres désignations vraiment ethniques : Turkmènes, Kanklis, Ogouz, Kalatches, Petchénègues, etc. D'après leurs langues, i)arlées encore aujourd'hui, ces peuplades peuvent se diviser en quatre groupes : Tongouze cm Mandchou, Mongol, Turc et Finnois, mais il est à remarquer que leurs divisions ni ethniques ni linguisti(pies pas plus que politiques et géographiques ne sont nettement tranchées. Le Finnois, par exemple, comprend le Bachkir, le Samoyède, le Magyare et se rattache à la fois au Finlandais et au Jai)onai9. Ces groupes forment un ensemble mais au même titre que les Aryens et les Sémites. Leurs langages se mélangent par le passage continu des tribus et des clans d'un groupe dans un autre ou par leur fusion. Les noms de Ougro-Finnois, Turcs, Mongols, Mandchoux, à i)eine ai)plicables à la langue, n'ont aucune signification ethnique, mais simplement politique et sociale, ces noms représentent des collectivités mélangées, des nations.

L'empire Turc, fondé par des groupes déjà fortement tritu» rés et mélangés sur les deux rives de l'Orkhon. à l'ouest des numts Kenteï, au sud du lac Baïkal et au nord de l'Altai, par des tribus de llioung-Nou orientaux et sans qu'(m puisse lui attribuer de frontières très nettes, s'étend dès le VI'' siècle jusqu'à rOxus et a envahi la Crimée. Il a alors comme limites

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