Ibid., V, 172 A
impénétrable, elle voit tout. Impossible de lui supposer une défaillance morale quelconque, car elle est l’indéfectible sainteté. C’est elle aussi qui a formé l’harmonieux assemblage de tout ce qu'enveloppe le tourbillon du ciel; et ce qu'elle a fait en toute sagesse, c'est également avec sagesse qu'elle le gouverne. « A toi, maître souverain, j'apporte mes libations, mes offrandes, sous quelque nom que tu préfères être invoqué, Jupiter ou Hadès. C’est toi qui, parmi les dieux du ciel, tiens le sceptre de Zeus: toi quigouvernesle royaume de Pluton. Envoie ta lumière à l’âme des mortels qui veulent, avant la lutte, apprendre d'où leur vient le mal, quelle en est la racine, et qui parmi les immortels ils doivent fléchir par des sacrifices pour trouver le terme de leurs souffrances. » Un tel langage et de telles idées faisaient le scandale des Athéniens. Lorsqu’on représenta le Bellerophon, le peuple, à un moment donné, se mit en devoir de lapider les acteurs. Il fallut, pour les sauver, que l’auteur parût sur la scène en s’écriant : « Attendez, attendez, il le paiera bien à la fin. » Il y eut un incident analogue à propos de l'Irion ; et le poète dut modifier le premier vers de sa Ménalippe, que l’on trouva trop peu respectueux pour Jupiter. Mais des protestations de ce genre n'empêéchaient pas ses pensées innovatrices d'aller jusqu'aux âmes, et elles y pénétraient comme un dissolvant irrésistible de toutes les croyances admises jusqu'alors.
Aristophane prend une attitude moins nette que celle