PLAT., Apol., I, xxx
vient maîtresse absolue, dès qu'elle s'est conquise ellemême : on est vertueux par le fait que l'on a la science de la vertu; savoir le bien, c’est bien agir.
Mais, pour mettre cette pensée dans tout son jour, il faut procéder peu à peu et comme par degrés.
La vertu n’est pas l'accord fortuit de notre conduite avec l'idéal de l’ordre. Supposé qu’un homme fasse une action juste par un pur effet du hasard, sans avoir aucune connaissance de la justice : on peut dire qu'il a réussi; mais on ne peut ajouter qu'il ait bien agi. Et pourquoi? C'est que toute action bonne procède d’un certain amour du bien!, Le vrai agriculteur s'intéresse à l’agriculture et le vrai médecin à la médecine. De même, l’homme vraiment vertueux a souci de la vertu : il la recherche, parce qu’il en a le désir?. Or, dans le cas donné, l’on ne voit rien de tel : cet amour d'ordre supérieur fait défaut; l'agent demeure indifférent à l'égard du but qu'il atteint, puisqu'il l’ignore.
La vertu n’est pas non plus une disposition tout instinctive. L'instinct peut dévier, sans qu’on s’en rende compte; et, quand il a dévié, l'on ne possède aucun moyen de le redresser; car on ignore le but naturel auquel il tend. Au contraire, la vertu est chose qui dépend de nous : elle nous apparaît comme la règle à laquelle nous devons ajuster toute notre conduite, comme une fin que nous pouvons atteindre, et vers laquelle nous pouvons revenir par un généreux effort, lorsque nous