Grenouilles
4, Plutus, fin.
voulaient les traditions de la comédie. De plus, comme l’a remarqué M. G. Sorel, ces dieux n'étaient peut-être pas donnés, sur la scène, comme des dieux nationaux; il s'agissait peut-être de l’Héraclès des Scythes, du Dionysos asiatique et de l’Hermès des Égyptiens, autant de divinités que l’on pouvait traiter comme des Triballes, sans que la chose fût autrement choquante . Mais ce n’est pas seulement sur ces dieux de second ordre et peut-être d’origine étrangère qu'Aristophane aime à dépenser sa verve. Il est d’une hardiesse qui ne connaît ‘pas de bornes ; il s’en prend à tous les habitants de l'Olympe, y compris les prêtres qui étaient attachés à leur service. Prométhée, dans les Oiseaux, vient avertir Pisthéterus que le ciel tout entier est dans la détresse. « Depuis que vous avez fondé une ville dans les airs, dit-il, il n° va plus un homme qui sacrifie aux dieux; la fumée des victimes ne monte plus jusqu’à nous. Pas la moindre offrande! Nous jeûnons comme aux fêtes de Cérès. Les dieux barbares, qui meurent de faim, crient comme des Ilyriens, et menacent de descendre en armes contre Jupiter, s’il ne leur ouvre des marchés où l’on vende des morceaux de victimes. » Jupiter, qui obéit aux mèmes besoins, se laisse persuader : il envoie à Néphélococcygie une ambassade composée de Neptune, d’Hercule et d’un Triballe. Et Neptune lui-même, Neptune, le grand roi de l'Océan, s’y conduit comme un vil marchand : il finit, sur le conseil de ses compagnons, par
troquer le sceptre et la royauté de Jupiter contre quelques victuailles sans lesquelles l'Olympe va mourir de famine !! On trouve une scène analogue vers la fin du Plutus; et cette fois, ce ne sont pas seulement les dieux, ce sont aussi les prêtres qui se plaignent de n'avoir plus rien à manger. « Je meurs d'inanition, dit un prêtre de Jupiter. — Pourquoi? dit Chremyle. — Personne ne songe plus à offrir des sacrifices. — Et pourquoi donc? — Parce que tous les hommes sont riches; ah! quand ils n'avaient rien, le marchand échappé au naufrage, l’accusé absous immolaient des victimes; tel autre sacrifiait pour le succès d’un vœu, et le prêtre était du festin. Mais maintenant plus la moindre victime, plus un fidèle dans le temple, mais des milliers de gens qui viennent s'y soulager le ventre?. » Il n'était pas de nature à produire une impression plus fortifiante, ce dialogue du juste et de l’injuste, que l'on trouve dans les Nuées. Le juste n’y oppose qu'une série de vaines réponses à la critique impudente qu’il entend faire de la conduite de Jupiter, des vertus antiques et du vieux système d'éducation, puis, à la fin, il capitule. « Je suis vaincu, dit-il. Débauchés, au nom des dieux, recevez mon manteau; je passe dans vos rangs. » Cette défection se pale, il est vrai, de quelques coups de rotin. Un peu plus loin, Phidippide bat Strépsiade, son père, et lui prouve, par la morale des coqs, qu'il a le droit de le battre. Mais, en principe, la victoire n’en demeure pas