‹ SocrateChapitre 124 sur 201 · Anisr., Eth. Eud., H.,1246V · texte numérisé non relu

Anisr., Eth. Eud., H.,1246V

2. XENoPH., Mem., IV,5, 3-5, 11 ; Œc., 1, 18-23; — PLar., Prolag., II, XXXVIL, 190 (oÙ0dÈ Tù frrew elvar Éautoÿ &Alo rt toût’ Éattv À auabiæ).

3. Xenors., Mem., 1,5, 5 (tic yàp dveu taëtns (Errpéseras) À uABor ti &v ayalèv À wederñoeev aEtoAoyws); IX, 5, 10, 11.

H faudrait, en second lieu, savoir à quoi se ramène, d'après Socrate, l’efficace de la science, si elle contraint réellement ou n'exerce qu’une influence infaillible. Et il ne s’est pas expliqué à ce sujet; sur ce point pourtant décisif, sa psychologie reste indécise. C’est après lui seulement que les philosophes et plus tard les théologiens devaient s’en préoccuper. Aristote nous dit, il est vrai, qu’au regard de Socrate, 1l n’est pas en notre pouvoir d'être « bon ou mauvais », « heureux ou malheureux »1. Mais on a quelque raison de penser que ce témoignage est trop précis pour être tout à fait Juste. Socrate s’est préoccupé principalement de l'essence de la vertu, et Aristote de l’agent qui doit la réaliser : il est le premier qui nous ait donné une théorie complète de la volonté, des désirs et des passions. Or il est possible que cette différence de point de vue l’ait porté inconsciemment à faire de la pensée du vieux maître une interprétation trop rigoureuse. Il est donc permis de conclure que la morale de Socrate laisse à la liberté deux issues d’ordre différent, dont la première se situe entre l'ignorance et la science, la seconde entre la science et la volonté. Lorsqu'on pousse la philosophie socratique jusqu’au déterminisme, c’est qu’on fait l’histoire d'autrui avec ses propres idées.

Il ne faudrait pas non plus entendre d’une manière | trop exclusive le rôle que Socrate attribue à la raison. Sans doute, c'est la science qui fait que la vertu prévaut toujours et contre les résistances du dedans et contre les

1. ARIST., Eth. Mag., À, 1187*,6-10 : Eth. Nic., T, 1113, 14-15.

influences du dehors; c’est la science qui confirme la vertu dans son orientation, qui lui confère l’indéfectibilité. Mais aussi la vertu trouve des auxiliaires plus ou moins heureux soit dans la nature, soit dans l'exercice lui-même (mekérn). « La nature ne donne pas à tous les corps la même force de résistance aux fatigues; et l’on peut dire aussi « qu'elle forme des âmes plus intrépides que les autres en face du danger ». « La preuve en est que des citoyens élevés sous les mêmes lois et dans les mêmes mœurs diffèrent beaucoup entre eux par le courage. » On observe également « que, si l'essence de la femme est semblable à celle de l'homme, elle lui cède néanmoins en vigueur et en force »*°, En outre, on apprend, à la lumière de l'expérience, que l'exercice peut nous faire avancer dans la voie du bien. Nos fonctions organiques se développent par la répétition des actes; et il en va de même de nos aptitudes morales. Mais il ne faut jamais oublier que les vertus innées et automatiquement acquises ne méritent pas ce beau nom de vertu, qu'elles sont des pis-aller d'où l’on doit sortir, que leur rôle principal est de préparer les âmes à l’éclosion de la science; car jusque-là, tout demeure imparfait, tout est branlant dans l’ajustement de notre conduite à l’idée du meilleur.

De ces diverses analyses se dégage une hiérarchie de

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