Ibid., III
8. 1bid., LI, 10, 5; HE, 11 (il s’agit, dans ce chapitre, de la visite à Théodote que l’on a interprétée plus haut.) |
Socrate & donc fait en esthétique quelque chose d'analogue à ce qu'il a fait en méthodologie : il a fourni de cette science une idée plus haute et plus compréhensive, en étendant son domaine du dehors au dedans. De plus, c'est au dedans qu’il a soumis le dehors; c’est à l'esprit qu’il a donné le pas sur la matière. L'idée, voilà ce qui doit dominer, à son sens, dans les créations artistiques. Et, à ce titre, il est, dans les nations indo-européennes, le premier initiateur de l’art spiritualiste.
L’éthique de Socrate est une esthétique ; mais il ne faudrait pas croire qu’elle n’est que cela. Elle ne se réduit pas tout entière à un système de hautes convenances. Quand il s’agit de régler la conduite humaine, la raison coordonne; mais aussi elle ordonne. Le bien est chose qu’il faut faire, et le mal chose qu'il faut éviter (dei) ! : il y a une obligation morale.
En quoi consiste-t-elle au juste? Quelle est la nature de cette force impérative qui s'ajoute au bien? Socrate nel'à pas définie d’uné manière précise : sur cette question, il s’en est tenu aux données de la conscience vulgaire , il ne paraît pas avoir dépassé « les discours des * 1. Xenore., Mem.,1V,6,6 (Eidotac dè & Get moueïv oïer mivèc oteoBar Oeïv À roteiv Tara; oÙx oipar, Épn. Oidnc dE Tivas &AdX nouoüvras À & olovtar deiv; oùx Eyuwy’, Épn); tbid., IV, 4, 13; IV, 19, 23; IV, 3, 16; — PLAT., Crit.,
I, x, 68 (Ti dE On ; xaxoupyeïv Get, © xpitowv, À OÙ ; — p der Ênrou, © Zwxpates, el..); 2bid., I, x1, 68-69.
hommes ». Mais s’il n’a pas dialogué sur l’essence même de l'obligation morale, il a du moins essayé d’en fournir la raison explicative : 1l s'est demandé où « le devoir plonge sa tige sacrée » ; et l’on peut dégager de ses entretiens la réponse qu'il a donnée à ce difficile problème.
« Les anciens, comme l’a remarqué Fustel de Coulanges, disaient que leurs lois leur étaient venues des dieux. Les Crétois attribuaient les leurs, non à Minos, mais à Jupiter; les Lacédémoniens croyaient que leur législateur n'était pas Licurgue, mais Apollon. Les Romains disaient que Numa avait écrit sous la dictée d’une des divinités les plus puissantes de l'Italie ancienne, la déesse Égérie. Les Étrusques avaient reçu leurs lois du dieu Tagès!.» A Athènes, comme ailleurs, et plus encore peut-être, les lois étaient chose sacrée. Thésée, Dracon, Solon n'avaient fait que formuler la volonté des immortels; et les décrets eux-mêmes, qui sortaient des suffrages du peuple, tiraient leur force obligatoire de la religion : les lois ne valaient que parce que les dieux les voulaient. C’est la raison pour laquelle l’oracle de Delphes répondait à ceux qui l'interrogeaient sur la manière d'être agréable aux dieux : Suts les lois de ton pays’. Et quand Platon a dit qu’obéir aux lois c’est obéir aux dieux, il n’a fait qu'exprimer une croyance qui remontait jusqu’à la nuit des temps et que les efforts de la sophistique n’avaient pas encore arrachée de l’âme du peuple.
Socrate s’est gardé d'attaquer une croyance si con-