Ibid., IV
puisque étant les maitres souverains de tout ce qui est, ils ont le droit d'en disposer au profit de leurs vues très saintes.
C'est donc une exagération que de voir en Socrate « le véritable père de ce qu'on appelle aujourd’hui la morale indépendante »!. Sans doute, du moins autant qu'on en peut juger, Socrate attribue à l’ordre essentiel des êtres une force obligatoire qui leur est inhérente, qui ne trouve pas dans la religion son fondement immédiat. Mais tout n’est pas là, pour lui. C'est plus haut, à coup sûr; c’est dans la divinité elle-même qu'il place la raison dernière du devoir. L'obligation morale, d’après sa théorie, n’est pas seulement un rapport de la volonté humaine à l'harmonie des choses: c’est aussi, et par-dessus tout, un rapport de la volonté humaine à la volonté divine. Il enferme dans un même concept et les données de la morale indépendante et celles de la morale religieuse, et sauvegarde ainsi la croyance traditionnelle de son pays. Toute faute, à ses yeux, demeure une implété ?.
Outre les concepts dont on vient de parler et qui portent sur les fondements de la morale, Socrate a laissé un certain nombre d'idées plus ou moins neuves sur
1. À. FouiLlée, Philosophie de Socrate, t. 11, p. 153, Paris, 1874. 2. PLAT., Cril., 1, xt, 71e
les rapports d'individus à individus, sur la famille et la politique. +
À ses yeux, la vie intra-personnelle se résumait tout entière en deux mots : justice et amitié. Aussi peut-on remarquer que ce sont là deux sujets dont il s’est particulièrement préoccupé : il les a traités ou touchés à différentes reprises; 1l s’y est plu et complu.
Le malheur ne veut pas moins qu'il soit très difficile de préciser de tous points l'idée socratique de la justice : car, sur cette question, les textes ne s'accordent pas entre eux.
Il semble, d'après Xénophon, que Socrate n'ait pas dépassé la devise un peu barbare qui a régné dans toutes les cités antiques : « rends le bien pour le bien et le mal pour le mal ». Une des thèses que soutient Socrate dans son dialogue avec Euthydème sur la justice, c’est qu'on a le droit de faire du mal à ses ennemis!. Au chapitre troisième du second livre des Mémorables, il nous représente comme « un homme digne de tout éloge celui qui sait le premier nuire à ses ennemis et servir ses amis »?. Un peu plus loin, au chapitre sixième du même livre, il parle de l’homme de bien et compte parmi les vertus qui le caractérisent la science « de vaincre ses amis en bienfaits et ses ennemis en outrages » 5. Enfin, au troisième livre du mème.