‹ SocrateChapitre 14 sur 201 · En. ZeLLEr, Die philosophie der Griechen, I · texte numérisé non relu

En. ZeLLEr, Die philosophie der Griechen, I

mer : la première la dotait d’un centre puissant d'action maritime ; et, grâce à la seconde, elle devait trouver dans sa population croissante le moyen de fonder au dehors de nombreuses colonies. Aristide jeta les premiers fondements d’une confédération hellénique. Il intervint habilement, au moment où les alliés, fatigués de l’arrogance de Pausanias, se séparèrent de Sparte, persuada aux îles de la côte d’Asie de former avec Athènes une ligue défensive dont le but serait de repousser les attaques du grand roi, et leur fit promettre d'envoyer un contingent annuel en hommes, en vaisseaux et en argent. Se conformant à l'esprit de l’œuvre si bien commencée, Cimon conseilla aux confédérés d'envoyer, au lieu de soldats, plus de vaisseaux et d'argent ; et ils acceptèrent cette nouvelle sorte de concours, qui leur semblait moins incommode : ce qui les fit tomber peu à peu du rang d'alliés à celui de tributaires. Enfin Périclès parut, qui n'employa plus seulement la persuasion, mais aussi et surtout la force et l’habileté pour assurer et étendre la domination des Athéniens. Il rasa les fortifications de Samos qui s'était révoltée et lui enleva tous ses vaisseaux ; mit la main sur Byzance et envoya cinq cents Athéniens à Naxos, deux cent cinquante à Andros afin d’ôter aux Cyclades toute envie de rébellion. En outre, il fit partir mille colons pour la Chersonèse de Thrace, fonda Orée en Eubée, Amphipolis entre deux bras du Strymon, et forma des établissements à Synope en Euxin, à Amisos en Italie, où des Athéniens, mélés à d’autres Grecs, allèrent bâtir Thurium. Pendant ce temps, il entretenait une

flotte puissante, qui parcourait sans cesse les eaux de la mer Égée et maintenait partout le respect et la crainte. A cette politique énergique et prévoyante s’ajoutait d’ailleurs une pensée plus haute et plus humaine. Périclès « ne cherchait la grandeur d'Athènes ni dans ses murs ni dans ses chantiers »; il s’inspirait, lui aussi, des idées de Solon, dont les Pisistratides avaient déjà poursuivi la réalisation avec un zèle digne de tout éloge : ce qu'il ambitionnait principalement pour la ville, c'était la gloire d’une haute culture intellectuelle. Aussi le viton accorder le droit de cité à tout ce qui pouvait élever le niveau des esprits, entourer de sa protection les talents les plus divers et devenir l’amides plus beaux génies de son temps.

Grâce à cette noble conception du pouvoir, Athènes ne fut pas seulement la capitale des états fédérés; elle exerça aussi une sorte d'hégémonie intellectuelle sur l’Hellade entière. On y vint de tous les points de la civilisation grecque et pour s'y perfectionner et pour s’y mettre en lumière.

C'est ce que firent, par exemple, « Ion de Chios, un vrai lonien, qui, doué des aptitudes multiples de sa race, brilla parmi les Athéniens comme poête et comme prosateur, dans l’élégie et le drame »; Achæos d'Érétrie, un contemporain de Sophocle et plus jeune que lui, qui, par le tour spirituel de son imagination, sut donner à la

1. ErN. CurTius, Hisloire grecque, II, 77, Leroux, Paris, 1883.

satire un charme nouveau; Aristarchos de Tégée en Arcadie, « qui se naturalisa si bien à Athènes qu'il finit par exercer, dit-on, une influence déterminante sur les usages de la scène attique, en ce qui concerne les proportions du drame » ; Néophron de Sicyone, qui fut assez heureux pour introduire dans la littérature dramatique des sujets nouveaux, tels que la légende de Médée !. Athènes devint aussi comme le rendez-vous d’une foule de penseurs et de rhéteurs. Anaxagore, le grand Anaxagore, à qui Socrate devait emprunter l'idée maitresse de son système, y séjourna plusieurs années, y fut honoré de l'amitié de Périclès et n’en sortit que pour échapper à l'accusation d'athéisme que l’on avait portée contre lui. Gorgias de Leontium, dont la parole agissait comme une musique enchanteresse, qui connaissait à la fois la philosophie naturaliste d'Empédocle et la dialectique des Éléates, se laissa séduire aussi par la splendeur d'Athènes, lorsqu'il y vint pour la première fois, en 427, à la tête d'une ambassade. IL n'oublia plus ce qu'il avait admiré dans la brillante capitale, y retourna dans la suite pour faire valoir son talent et acquit en Grèce une grande réputation de savoir et d’éloquence ?. C’est également la ville d'Athènes que Protagoras d’Abdère choisit comme théâtre principal de son enseignement, après ses longues pérégrinations à travers les villes de la Grande-Grèce et celles de la Sicile; et sa société y fut

Page 1