‹ SocrateChapitre 140 sur 201 · FUSTEL DE CoULANGES, la Cité antique, p · texte numérisé non relu

FUSTEL DE CoULANGES, la Cité antique, p

Socrate a compris ce qu’il y avait d’excessif dans ce vieil état de choses et posé le principe qui dévait peu à peu le faire disparaitre. Il est venu dire, tout le premier, que la femme, pour le céder à l'homme en vigueur physique, n’en est pas moins douée de raison, qu’elle est une personne aussi bien que lui. De plus, il a tiré de son principe la conséquence immédiate qui en découlait d’après son système : c’est que, pour la femme comme pour l’homme, la vertu se ramène à « la science », et que, par là même, il faut travailler sans relâche à lui donner l'intelligence des « belles et bonnes choses ». La dialectique, voilà ce qui fait l'homme vertueux; et voilà également ce qui fait la femme vertueuse. Car partout où la raison se montre, elle a toujours la même force, elle est également invincible!. Et l'on ne peut nier qu'il y ait un fond de vérité dans cette façon de voir : si l'instruction ne suffit pas à la femme, elle lui est du moins nécessaire; c’est concourir à son développement moral que d'élargir son intelligence.

Mais Socrate ne parait pas avoir poussé sa déduction plus avant. Il n’a pas même vu que, s’il y a égalité entre l’homme et la femme, la fidélité conjugale oblige aussi rigoureusement l'époux que l'épouse. Il condamnait l’adultère, conformément à la loi athénienne : il ne voulait point qu'un homme marié s’en prit « aux femmes de condition libre » ?. Mais il lui permettait de s'adresser aux hétaires; et lui-mème donnait l'exemple sur ce

1. XeExoPn., Banquet, II, 9-10; Œc., III, 11; VIL, 10. 2. PLAT., Banquet, VII, 1x, 210. °

point. « Suis-je sollicité, dit-il, par quelque désir amoureux? qui se présente me suffit. Celles dont j’approche me comblent de caresses, car elles ne trouvent personne qui veuille aller avec elles. » On peut céder aux inspirations d’Aphrodite dans la mesure où la nature en sent le besoin. Le tout est de n’y jamais perdre la maitrise de soi-même et de voir aux conséquences ?. Socrate ne sentait pas encore, comme Plotin, la honte d’avoir un corps ÿ.

En politique, l'originalité de Socrate se traduit par deux idées qui dérivent des principes de sa morale : il a conçu d’une facon nouvelle le rôle de l'État et l’art du gouvernement.

L'État, pour Socrate, n’a point sa raison d’être en lui-même ; il est, parce que l'intérêt des unités sociales veut qu'il soit : son but unique est de concourir au bonheur des individus. Il faut observer, il est vrai, les décrets qu'il formule; c'est même un devoir capital. Mais l'obéissance, à laquelle il a droit, ne se fonde pas sur le fait brut de son existence; elle tient exclusivement à son rôle. On doit se conformer aux lois de sa cité, parce qu’elles sont la condition de l’ordre et que l’ordre est, pour les particuliers, le vrai moyen d'obtenir la plus grande somme de jouissances possible. Socrate concilie l'individualisme et le collectivisme dans l’idée de fina-

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