Ibid., 1,6,15; III, 5, 22-27; II
quelque chose d’âpre et de triste qui laisse l'âme inquiète, au lieu de la décider à l’action. De plus, il n’est pas vrai que la raison, une fois éclairée, ne se laisse jamais vaincre. Il y a deux vies en nous, comme l’a remarqué saint Paul : celle de l’esprit et celle de la chair. Or l'expérience est là pour nous montrer que la seconde peut toujours l'emporter sur la première. Et n'est-ce pas ce que Socrate a eu la tristesse de constater par lui-même chez quelques-uns de ses disciples? On peut dire aussi que sa théorie esthétique est beaucoup trop exclusive. Il y a de la beauté même dans le désordre, lorsqu'il s'y manifeste de la puissance. Et il est très probable que Socrate aurait élargi sa pensée, s’il eût vu d’autres cieux que celui de la Grèce. Enfin, on ne remarque nulle part qu'il ait parlé de l’amour de l’homme pour l’homme. Son attique lui a suffi : « O bien-aimée cité de Jupiter! » devait s’écrier Marc-Aurèle. Bien-aimée cité de Cécrops! disait encore le sage d'Alopèce. Mais on s'explique ces défauts, lorsqu'on se rappelle l'état où se trouvait la morale avant Socrate; on s'étonne même qu'il ait pu créer, à lui seul, un système aussi vaste, aussi fortement lié, et qui contient tant d'idées à la fois neuves et fécondes.