‹ SocrateChapitre 169 sur 201 · XENOrH., Mem., I · texte numérisé non relu

XENOrH., Mem., I

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au contraire, disparait-il dans « le Tout », de manière à ne plus garder aucune lueur de conscience, dès que son enveloppe matérielle se brise? La mort est-elle l’anéantissement total de l'individu, ou comme l'aube d'une existence plus libre et plus belle? Ce problème ardu, le seul pourtant qui nous importe, Socrate l’a également abordé. Et là, comme ailleurs, il a suivi ses tendances optimistes : c'est l’hypothèse d'une survie qu'il s’est efforcé d'établir.

Par contre, les preuves qu'il a fournies en cette matière, sont d’une provenance assez inattendue. L'idée de finalité : voilà ce qui domine et dans sa morale et dans sa théologie. Or, lorsqu'il s’est agi de la vie future, 1l a laissé de côté cette base d’argumentation, pour se rabattre sur des raisonnements d'ordre psychométaphysique.

D’après Socrate, cette vie suffit aux aspirations de notre âme. C’est assez, pour l’homme, d'avoir contemplé pendant quelques jours la divine magnificence de la nature; d’avoir éprouvé les joies de la vertu, l'enthousiasme de la science et le charme infini de l'amitié; de s'être élevé, ne serait-ce que pour un instant, jusqu’à la vision de celui qui est l’éternelle et vivante Beauté. Il peut croire, après cela, qu’il a été le privilégié des dieux : il peut mourir content. Socrate, il est vrai, s'est rendu compte, à certaines heures, de l’inanité du devenir : il lui est arrivé de sentir, et avec une force surprenante, que la vie ne vaut peut-être pas la peine de vivre. « Si la mort, dit-il vers la fin de l’Apologie de Platon, est la

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privation de toute conscience, si elle ressemble à un sommeil où l’on n'a plus de songe, quel merveilleux avantage! Que l'on prenne une nuit passée dans un sommeil que n’a visité aucun songe; qu'on la compare aux autres nuits et aux autres jours de la vie; et que l'on dise, après y avoir bien pensé, combien l'on a eu de jours et de nuits plus heureux et plus doux que celle-là : je suis persuadé que non seulement un simple particulier, mais que le grand roi lui-même aurait bien vite fait d'en trouver le nombre. Si la mort est quelque chose de pareil, je le dis sans hésiter : elle est un gain!. » Mais ces bouffées de pessimisme ne durent pas; ces émotions de couleur tout orientale s'évanouissent bien vite. Le Grec reprend le dessus et sourit derechef à « la lumière sacrée » : Or, pour le Grec, tout est bien, tout est beau; le charme de la vie le console des horreurs de la mort. Il fallait encore des siècles de culture intellectuelle et morale, et sans doute aussi l’éclosion du christianisme, pour que les sociétés d'Occident eussent le sentiment continu qu'il y a, sous le crâne humain, comme un ange enfermé qui sanglote tout bas.

Le vie présente suffit aussi, suivant la pensée de Socrate, aux exigences de la morale. Peut-être les âmes, après la mort, se rendent-elles auprès de juges plus équitables que ceux de la terre; peut-être comparaissent-elles « devant ceux qui passent pour rendre la justice aux enfers, Minos, Rhadamante, Éaque, Tripto-

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