PLAT., Apol., I
années à subtiliser sur les quatre éléments, à chercher les lois qui meuvent les astres, à se demander quel peut bien être le premier principe des choses : il s'était passionné tout d'abord pour la physique, comme les autres penseurs de son époque. Et il était bien difficile à ceux qui ne le suivaient pas assidûment de savoir s’il n'avait plus d'intérêt pour de semblables questions. Car il s'y trouvait sans cesse ramené et par les discussions qu’il engageait avec ses contemporains, et par le besoin de rattacher ses idées morales à leurs principes métaphysiques et religieux. En outre, Socrate dut paraitre au vulgaire aussi radicalement sceptique, aussi ingénieux à soutenir le pour et le contre, aussi paradoxal qu'aucun autre sophiste. IL avouait à tout propos qu'il ne savait rien et se plaisait à prouver aux autres qu'ils étaient encore moins avancés que lui, en leur démontrant qu'ils ignoraient jusqu'à leur ignorance. Il cormmençait d'ordinaire par réduire ses interlocuteurs au mutisme ; et très souvent il s'en tenait à ce premier acte de sa dialectique. « Je ne te dirai rien, Socrate, que tu ne m'aies défini la justice. Car tu as la manie de te moquer des autres, d'interroger, d’embarrasser tout le monde. Et toi, tu ne consens jamais à révéler quel est ton sentiment !. » Il semblait aussi, en mainte occasion, soutenir, dans le même entretien, les deux contradictoires. Il feignait parfois d'accepter la pensée de son adversaire, la tournait et la retournait avec complai-