‹ SocrateChapitre 180 sur 201 · PLAT., Apol., 1, x · texte numérisé non relu

PLAT., Apol., 1, x

2h12 SOCRATE.

sur « la nature des choses ». Il avait une vogue prodigieuse et sans cesse croissante. Toute la jeunesse d’Athènes, toutes les intelligences distinguées allaient à lui : il était d'emblée la plus haute personnification de cette « curiosité criminelle », contre laquelle l’autorité publique avait déjà sévi à différentes reprises. De plus, son influence était beaucoup plus funeste que celle des autres ergoteurs. Ces derniers, 1l est vrai, critiquaient également les institutions de la cité. Mais ils s’en tenaient à la théorie. Pratiquement, 1ls se conformaient aux conditions données et s’efforçcaient d'en tirer le meilleur parti possible. Telle n’était pas l'attitude de Socrate. Quant à lui, c’est en réformateur qu'il se posait, et de la manière la plus décidée : il apportait tout un système qu'il s'agissait de substituer aux croyances et aux coutumes reçues. Et là se trouvait un principe d'innovations qui s’accusait par des résultats de plus en plus fâcheux.

Ce n’est pas que Socrate ait commis des obscénités comme celles dont certains auteurs l’ont accusé sur le témoignage d’Aristoxène le Tarentin !. S'il y avait eu quelque chose de pareil, Aristophane n’eût pas manqué de le signaler. D'autre part, Xénophon, Platon et Aristote s'accordent à nous représenter le philosophe d’Alopèce comme incapable de tels excès. Socrate, ainsi qu’on

1. Frag. hist. græc., 11, 280, Blos £ewxpétous, 27-29, Firmin-Didot, Paris, 1848. — Ces passages sont lirés des auteurs suivants : Dioc., II, 20 ; PLur., De malign. Her., p. 866, c; ThEonor., Oeparx., XII, p. 673, A;

Synesius, Encom. Calvit., p. 81; Cyrizzus, c. Jul., lib. VI, p. 208, ex Porphyrio.

l'a vu plus haut, n’omettait aucune occasion de combattre l’amour unisexuel. De plus, il cherchait, par tous les moyens, à détourner ses disciples de cette odieuse passion et leur infligeait parfois les blâmes les plus cruels. « O Xénophon, disait-il un jour, je te le conseille, quand tu verras une personne belle, fuis à toutes jambes. Quant à toi, Critobule, tu feras bien de voyager une année entière; car 1l ne te faut pas moins de temps pour guérir ta morsure !. » Une autre fois, il s’aperçut que Critias, épris d'Euthydème, voulait en abuser à la manière des amants; et 1l lui fit remarquer que sa conduite était indigne d’un homme libre. Puis, comme il constatait l’inutilité de son avis, il ajouta, devant une nombreuse assistance, « que Critias avait, selon lui, quelque ressemblance avec un porc » 2, Et c'était là l’une de ces sévérités du maître que le disciple ne devait jamais pardonner. Socrate, d’ailleurs, ne s'en tenait pas aux paroles: il payait d'exemple. Jamais homme ne fut plus maitre de ses passions : À ses yeux, « le plus beau était le plus sage » 5; et il ne cédait qu’au charme de la Vénus Uranie. C’est ce que disent et redisent les Mémorables; c’est ce que symbolise la nuit de la tentation dont parle la fin du Banquet#; c'est ce que fait entendre Aristote lui-même, lorsqu'il classe Socrate au nombre des âmes les plus nobles et les plus sereines de son

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