‹ SocrateChapitre 183 sur 201 · XENOPH., Mem., III · texte numérisé non relu

XENOPH., Mem., III

4, 1bid., LL, 5, 21.

revenir au passé et de rétablir dans la mesure du possible la vieille constitution démocratique. On dut le guetter alors, ce Socrate dont le but était d'innover la politique de la science, dont l’enseignement avait donné à la ville des malfaiteurs tels qu'Alcibiade, Charmide et Critias; et qui osait parler de sa sympathie pour les Lacédémoniens, lorsque la veille encore leurs vaisseaux, mouillant dans les eaux du Pirée, infligeaient à Athènes la dernière des humiliations. On se rappelait, il est vrai, l’intrépidité dont 1l avait fait preuve à Délion et sous les murs de Potidée; la vaillance avec laquelle il s'était prononcé pour la justice dans le procès des Arginuses. Mais de tels souvenirs ne suffisaient pas à contre-balancer l’impression persistante que produisaient et ses théories et son attitude quotidienne à l'endroit de la politique. On reconnaissait en lui un ennemi décidé du conservatisme; et c'était une faute qu’on ne pouvait lui pardonner.

En matière de religion, Socrate ne paraissait ni moins hardi n1 moins subversif. Xénophon a beau nous dire que « le signe démonique » n'était qu'une forme de la divination. Il ne lève pas la difficulté. Au fond, Socrate remplacait les oracles par l'inspiration intérieure : il substituait le sens individuel à l’autorité: et, de ce seul fait, il renversait un des principes fondamentaux de la religion antique. Mais ce qu'il y avait de plus grave, c'était son monothéisme; c'était sa croyance en un Dieu unique, éternel, invisible, omniscient et tout-puissant. La beauté et la profondeur de cette idée passionnaient toutes les

grandes intelligences du temps. Etcependant l'on sentait bien que le jour où elle viendrait à l'emporter, le vieil anthropomorphisme grec aurait vécu. Le triomphe de la foi de Socrate, c'était la ruine de la foi nationale. Les deux apologistes ont nettement compriscette irrémédiable antinomie. Aussi Xénophon a-t-il la prudence de ne pas insister sur l'accord du dieu de Socrate avec les divinités populaires; et, quand Platon aborde ce sujet, il se borne à faire voir què son maître n'avait aucune ressemblance avec les athées : ce qui n’était pas du tout la question!.

Socrate passait donc pour le pire des sophistes dont la ville eüt jamais souffert. C'est de tous points qu'il s’en prenait au vieux système : sa philosophie troublait la paix des familles, menaçait l’État etsapait par la base la religion traditionnelle. Il est probable, néanmoins, que le peuple ne se serait pas décidé par lui-mére à le traduire en justice. Mais le conservatisme avait des chefs ardents et puissants; et ces chefs travaillèrent pendant plusieurs années à le perdre dans l’opinion publique, en défigurant sa doctrine. Les Nuées ne furent qu’un épisode de cette campagne patiemment et savamment conduite. Les partisans du passé finirent à la longue par atteindre leur but; et quand ils virent que le moment d’agir était venu, ils détachèrent contre Socrate Anytus, Mélétus et Lycon. Anytus représentait les politiques et les artistes; Mélétus, les poètes; Lycon, les orateurs ? : la villeentière semblait s'élever contre son philosophe. Le plus redoutable des

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