Cicer., De oral., I, 54, Firmin-Didot, Paris
rait mourir mille fois que de renoncer à la philosophie : ét c'était précisément la manie de philosopher qu’on lui reprochait. Il se donna comme le sauveur de la cité, lorsque la plupart des jurés étaient convaincus, au contraire, qu'il travaillait à sa perte. Il alla jusqu’à dire qu’en définitive ses juges ne lui pouvaient rien et que, s’ils se décidaient à le condamner, ils n'y gagneraient qu'une honte ineffaçable. A coup sûr, ce langage était digne d’un philosophe comme Socrate; mais il n'en constituait pas moins le plus blessant des défis. Et, cependant, Socrate ne fut déclaré coupable « qu’à une très faible majorité », à la majorité de trois voix très probablement !. On ne peut douter qu'avec quelques ménagements, il n’eût obtenu l'égalité des votes; et l'affaire n'aurait pas eu d’autres suites.
Après le premier tour de scrutin, Socrate fut invité, selon les règles de la procédure athénienne, à fixer luimême la peine qu'il croyait avoir méritée. IL reprit alors de plus belle, avec le même calmeet une confiance égale en l’excellence méconnue de sa cause : « Que mérite ma conduite? une récompense, s’il faut l’apprécier en toute vérité, et même une récompense qui puisse me convenir.
1. PLAT, Apol., I, xxv, 50. Bon nombre d'éditions portent : tetäxovta (ÿñpot). D’autres donnent : vpeï%. Mais il semble bien que la seconde de ces deux versions est la meilleure, car elle s'accorde mieux avec le contexte. Socrate triomphe d’avoir été condamné à une si faible majorité. Ce sentiment ne s’expliquerait pas, s’il avait eu contre lui trente voix, au lieu de trois. — Diogène de Laërce s'exprime ainsi : xateôtxdoûn &taxootats ôyôon- AovTa ii meloot Jmpo Tv érokvouodv (II, 41). Et ce texte a donné lieu à
des discussions d'ordre exégétique d'où ne se dégage aucune conclusion certaine (voir Ed. Zerer, Die philosophie der Griechen, II, 198, n° 1).
Or, qu'est-ce qui peut convenir à un homme pauvre, qui vous fait du bien et qui a besoin de loisir pour s'occuper de votre direction? Il n’y a rien qui lui convienne mieux, Athéniens, que d’être nourri dans le Prytanée. Et 1l le mérite bien plus que celui qui a remporté, aux jeux olympiques, le prix de la course à cheval ou de la course des chars à deux ou quatre chevaux; car celui-ci ne vous rend heureux qu'en apparence; et moi, je vous enseigne à l’être véritablement. Celui-ci a de quoi vivre, et moi je n'ai rien ; si donc il faut déclarer ce que je mérite en bonne justice, je le déclare, c’est d'être nourri au Prytanée !. » On s'imagine facilement l'impression que produisit une telle réponse : elle mit le comble à l’indisposition des jurés qui étaientencore hésitants; et la sentence, qui résulta du second vote, fut celle qu’avaient demandée les accusateurs de Socrate : « peine, la mort. »
« Les événements voulurent qu'il vécüt encore trente jours après son jugement. Car les fêtes de Délos avaient lieu dans ce même mois, et la loi défendait d'exécuter aucun condamné avant le retour de la théorie délienne. Or, durant tout ce temps, 1l vécut sous les yeux de ses amis comme 1l avait vécu jusqu'alors; et jusqu'alors il s'était attiré l'admiration de tout le monde par la sérénité et l’'aménité de son caractère ?. » La mort elle-même ne put troubler la paix de son âme : il but la ciguë avec cette « maitrise de soi » dont il avait toujours fait preuve. . Lorsque le serviteur des Onze lui tendit la coupe, « il la