‹ SocrateChapitre 190 sur 201 · PLAT., Rep., t. V, VII, 1x, 249, 2. A · texte numérisé non relu

PLAT., Rep., t. V, VII, 1x, 249, 2. A

il est le premier, je crois, qui ait eu la claire vue de cette notion tout apollinienne de la science. Ce n’est pas que la chose füt neuve. Les Grecs, de tout temps, échappèrent à la laideur de la vie par la vision esthétique de l'univers. Mais entre voir et s'apercevoir qu'on voit, 11 y a toute la distance qui sépare l'instinct de la réflexion. |

On peut dire aussi que la dialectique des « définitions » servit de point de départ à la dialectique des « idées ». Socrate allait de la diversité des phénomènes à l’unité du concept, puis de l'unité du concept à la diversité de ses éléments internes. Or cette manière de procéder n’épuisait pas la question. Restait d’abord à déterminer quelle pouvait bien être la valeur métaphysique des concepts; restait ensuite à chercher s'ils ne se ramenaient pas eux-mêmes à l'unité d'un principe supérieur. Et ce sont là les deux problèmes que Platon essaya de résoudre. Persuadé que le parfait se trouve à l'origine des choses, il crut pouvoir affirmer que les concepts sont autant de réalités éternelles et subsistantes qui s’identifient par leur fond avec « l’idée du Bien ». Et cette solution devint comme la base de sa pyramide « d'intelligibles ». |

Mais celle des conceptions spéculatives de Socrate qui s'implanta de la manière la plus directe et la plus durable, ce fut, semble-t-il, son finalisme. Platon et Aristote sont peut-être les deux plus grands philosophes qui aient jamais paru; ce sont eux, du moins, qui ont exercé sur le cours des idées l'influence la plus vaste,

la plus profonde et la plus bienfaisante. Or pour l’un et l’autre, comme pour Socrate lui-même, les causes efficientes ne viennent qu’au second rang; c’est la cause finale qui domine et couronne tout le reste. Platon et Aristote, à l’exemple de Socrate, n'interprètent l'univers qu’en y mettant « une intelligence royale », une pensée souveraine et dirigée par « l’idée du meilleur ». En outre, Socrate est le premier qui ait formulé d'une façon précise le fameux « argument des causes finales. Or chacun connaît l'incroyable fortune de cette preuve. Platon l’a reproduite à sa manière; Cicéron l’a développée avec complaisance ; elle est devenue comme une partie intégrante de la théologie chrétienne. C’est à notre époque seulement, que l’on s'est aperçu pour tout de bon qu'elle avait des fuites et que, pour la rendre décisive, 1l fallait la « perfectionner » 1.

L'éthique de Socrate eut peut-être encore plus de rayonnement que sa méthode et sa théologie.

Il en résulta pour les intelligences une orientation nouvelle : A partir de Socrate, on se tourna de tous côtés vers les questions morales. Aristote, qui d’ailleurs ne l’avait point connu, fut seul à parler d’une science qui trouve en elle-mème sa fin. Quant aux autres, qui

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