Cuarius, Hist. grecque, 1V
malgré la haute protection de Périclès, de s'enfuir à Lampsaque ; de plus, quiconque avait eu des relations avec lui devint, comme l'historien Thucydide, suspect de libre pensée. On proscrivit Diagoras comme profanateur des mystères. Protagoras eut aussi son procès de religion, et la poursuite judiciaire s'étendit à ses écrits : tous les exemplaires vendus durent être livrés à l’autorité!. L’accusation d’athéisme devint à la mode et pesa, comme une menace, sur tous ceux qui se permettaient d'ergoter à propos des choses divines. Mais de telles mesures demeuraient naturellementinefficaces. Ce qu'il fallait, pour arrêter le libertinage des esprits et la décadence des mœurs, ce n'étaient ni des exécutions, ni des autodafé ; c'était une conception plus profonde et plus compréhensive de la vie. « Quando eram parvulus, cogita-
bam ut parvulus. »
L'influence simultanée dé la tradition et de la raison, c'était assez pour produire une crise morale des plus aiguës. Le doute descend naturellement de la tête au cœur et finit par y détruire le sens et l'amour de l’universel. Mais ces causes d'ordre religieux et philosophique n'étaient pas seules à exercer sur les âmes une influence déprimante. Il se produisit, au cours du cinquième siècle,