‹ SocrateChapitre 22 sur 201 · Currius, Hist. grecque, 1V · texte numérisé non relu

Currius, Hist. grecque, 1V

un ensemble. de réformes politiques et d'événements militaires qui déchainèrent à la longue toutes les passions humaines.

De Solon à Cléon, la démocratie fit une série de conquêtes, dont le résultat final fut de la rendre souveraine absolue, maîtresse complète des destinées de l’État ; et de là une période interminable de luttes intestines, de procès, de conjurations et de projets aventureux qui se termina par la prise d'Athènes et l'établissement de la tyrannie des Trente. |

En 595, Solon « établit ce qu’Aristote nomme une Timocratie, c'est-à-dire une division en classes et un partage du pouvoir uniquement fondés sur l’état de fortune des citoyens ! ». La population de l’Attique fut départie en quatre classes : celle des pentacosiomédimnes, ou de citoyens possédant un revenu de cinq cents médimnes au moins de blé, de vin ou d'huile; celle des chevaliers, ayant au moins les trois cinquièmes de cette fortune : celle des zeugites, dont le cens minimum s'élevait à la moitié ou peut-être aux deux tiers de celui des chevaliers; enfin, la classe des Thètes, ou prolétaires, comme nous le dirions aujourd’hui. De ces quatre classes, les trois premières purent fournir des candidats aux diverses magistratures ?, tandis que les archontes n'étaient pris

1. G. PERROT, Essai sur le droit public d'Athènes, p. 126, Ern. Thorin, Paris, 1869.

2. C'est du moins en ce sens que G. Perrot interprète les textes dans l’ouvrage qui vient d’être cité, p. 126.

jusqu'alors que dans l’ancienne caste sacerdotale. Quant aux Thètes, ils furent admis dorénavant dans l'assemblée du peuple. Tout le monde, à l'exception des étrangers et des esclaves, eut le droit de participer au vote des lois, à l’élection des magistrats et à la composition des jurys devant lesquels comparaissaient les dépositaires infidèles des pouvoirs publics. L’'Aréopage, il est vrai, était respecté, et l'assemblée du peuple elle-même modérée et dirigée par un sénat probouleutique de quatre cents membres. Mais la liberté politique ne s’en trouvait pas moins conquise. De plus, dans la constitution nouvelle, il n’était plus question des droits de la naissance; les classes ne se distinguaient que par la fortune. Désormais, les nobles, ce furent les riches.

Restait néanmoins la vieille organisation religieuse. « La population demeurait partagée en deux ou trois cents gentes, en douze phratries, en quatre tribus. Dans chacun de ces groupes, il y avait encore, comme à l’époque précédente, un culte héréditaire, un prêtre qui était un Eupatride, un chef qui était le mème que le prêtre?. » Et de là un obstacle perpétuel à l'exercice des droits acquis. La religion saisissait le citoyen au sortir de l’assemblée et lui rappelait que, pour être libre de par la loi de Solon, il ne cessait pas d’être client et qu'il restait, à ce titre, sous l'autorité des Eupatrides.

En 508, cette autorité plusieurs fois séculaire fut dé-

1. PLuT., Solon, XVIII, 19; Aristid.. T, 2; — Anisr., Frag. 350 (Harpocr. s. Inxèc), 1537%, 14; Polil., B, 12, 12749, 11-21. 2. Fustez px CouLANGEs, La cilé antique, p. 335.

truite par la réforme de Clisthènes. Clisthènes remplaca les quatre anciennes tribus par dix tribus nouvelles, dont chacune comptait cinq naucraries. Les citoyens furent distribués dans ces cadres nouveaux, non plus d'après leur naissance, ou mème d’après leur fortune, mais d’après leur domicile : tous les privilèges y disparurent. En outre, il fut convenu que l'on ne se réunirait plus autour du foyer des Eupatrides pour adorer leurs ancêtres. Zeus gardien de l’enceinte et Apollon paternel furent adoptés uniformément pour dieux protecteurs; et les tribus se choisirent de nouveaux héros parmi les personnages antiques dont les Athéniens avaient gardé bon souvenir. Par le fait même que les Eupatrides perdaient le monopole du culte, il n’y avait plus de raison pour que le sacerdoce restât héréditaire ; et la dignité de prêtre devint annuelle : chacun put l’exercer à son tour. Enfin, les citoyens qui ne faisaient point partie des gentes, furent classés comme les autres; et grand fut le nombre de ceux qui purent enfin se réjouir de n'être plus des hommes « sans dieu ni foyer ». Aïnsi disparurent et pour toujours les prérogatives de la naissance ; ainsi tombèrent les entraves que les traditions religieuses mettaient à l’exercice de la liberté politique.

La cause de la démocratie fit un pas de plus, sous la présidence d’Aristide. Les Perses une fois refoulés, Aristide s’aperçut que les Athéniens « cherchaient à reprendre leur gouvernement démocratique. Il trouvait

1. FUSTEL DE CouLANGES, La cité antique, p. 336; — ArisT., Polil., T, 1, 1275P, 34.

d’ailleurs qu’un peuple si vaillant était digne de s’administrer lui-même et que l'on ne pourrait pas facilement le contenir, vu qu’il était puissant par ses armes et exalté par ses victoires. Il rédigea donc une loi, aux termes de laquelle le gouvernement général et l’archontat luimême devenaient accessibles à tous les Athéniens » !. Et les Thètes, à partir de ce jour-là, ne furent plus des citoyens d'ordre inférieur; ils devinrent, comme ceux des trois premières classes, éligibles aux plus hautes dignités : l'égalité pour tous s’ajoutait à la liberté.

Toutefois, Les novateurs n'étaient pas encore satisfaits. L'Aréopage leur apparaissait comme une dernière citadelle des vieux préjugés; et leur désir était d'enlever à ce corps les attributions politiques dont il se trouvait investi de temps immémorial. Ils finirent par y arriver, grâce aux manœuvres d'Éphialte et à la protection de Périclès qui, lui aussi, voyait « dans le sénat d’en haut » un centre d'influence dangereux pour la démocratie. Un beau jour on vota, dans l’assemblée du peuple, que l’'Aréopage n'aurait plus à s'occuper ni de finances, ni d'administration, ni d'élections, qu'il ne connaîtrait dorénavant que « des affaires de meurtre »*. Et l'on créa pour la circonstance le collège des Nomophylaques ou gardiens de la loi, auquel on transféra une partie des fonctions enlevées à l’Aréopage ; mais de ces nomophy-

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