Currius, Hist. grecque, III
force de le diriger à la manière de Périclès, s'efforcèrent de gagner sa faveur en flattant son orgueil etses passions les plus grossières. Tels furent Eucrate, marchand d'étoupe et possesseur de moulins, qu’on surnommait « le sanglier » ou l’ours de Mélite; Lysiclès, un marchand de bestiaux enrichi, qui n’en épousa pas moins la célèbre Aspasie ; Cléon, fils de corroyeur et corroyeur lui-même, dont Aristophane a dépeint avec tant de vigueur la bassesse, l’effronterie et la violence.
Or de ce régime maladif découlèrent plusieurs consé- ” quences funestes : d’abord, il n’y eut plus d’unité dans la direction des affaires. En second lieu, la démoralisation publique alla s’aggravant de jour en jour. Et nul plus que Cléon ne concourut à ce dernier résultat, soit par son assiduité « à passer le coussin sous les fesses du peuple » qui avait vaincu à Salamine ! ; soit par sa persévérance à crier avec la plèbe et plus fort qu’elle, au risque de tout perdre : « Mort aux rebelles, sus aux Spartiates » ; soit par l'abus sacrilège qu'il fit, au profit de sa politique, des oracles Delphiens, soit aussi par l’acharnement avec lequel il poursuivit, devant l’Assemblée et les tribunaux, les citoyens devenus suspects à ses yeux °.
Un autre effet du nouvel état de choses fut la séparation des fonctions politiques et des fonctions militaires. Et ce changement devint le point de départ des plus grands malheurs. Les intrigants heureux, qui manœuvraient avec tant d'habileté au Pnyx, ne se sentaient