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Ibid., 475 et sq., 624 et sq

ni la capacité ni le désir de se mettre à la tête des troupes; et le pouvoir militaire dut être confié, au moins en général, à des hommes spéciaux qui appartenaient le plus souvent à l'aristocratie. De là des froissements et des luttes inévitables. Les démagogues devinrent les ennemis des généraux et profitèrent de leur ascendant personnel soit pour les accuser eux-mêmes à l'occasion, soit pour donner suite aux accusations qu'une foule impatiente et capricieuse élevait contre eux. Il y eut toute une série de procès scandaleux, tels que ceux de Phormion, de Démosthène, de Xénophon, de Sophocle, de Thu- . cydide, d'Eurymédon. Et de telles attaques n'avaient pas seulement l'inconvénient de rabaisser l’armée devant l'opinion; elles étaient, pour ceux qui se battaient au loin, une cause perpétuelle d'intimidation, un obstacle de tous les jours au déploiement de leur énergie.

Cette politique redoubla l’indignation des nobles. Ils se mirent à conspirer plus fortement que jamais; et ce fut une source nouvelle de luttes intestines. Quelques-uns des membres de l'aristocratie se contentèrent, il est vrai, de renoncer à la vie publique, et d’autres en plus grand nombre continuèrent à fréquenter les assemblées, essayant en vain d'y faire entendre le langage de la raison. Mais il y eut le parti des violents. Elles prirent une vitalité nouvelle, ces associations secrètes dont l'origine remontait aux guerres médiques, qui s'étaient révélées par des tentatives de trahison au camp de Platée et pendant la bataille de Tanagre. Il se forma des clubs dont les membres s’engageaient par serment à ne ména-

ger ni leur vie ni leur fortune, à ne rejeter aucun moyen, pas même celui de l'appel à l'étranger, toutes les fois qu'il s'agissait de défendre les intérêts communs. Et cette franc-maçonnerie aristocratique ne fut pas inefficace : elle exerça une influence profonde sur tous les événements qui troublèrent la fin du v° siècle. Ce fut elle, en particulier, qui machina dans l’ombre le coup d'État de 411 ?; ce fut elle aussi qui fit la révolution de L04, sous les yeux des Spartiates vainqueurs et protecteurs de ses vuesÿ.

Cette lutte des partis et ces menées secrètes provoquèrent un entre-croisement perpétuel de suspicions et d’accusations : la délation devint de plus en plus à la mode; et ce mal, déjà si grave de sa nature, en introduisit un autre comme par la main: on vit apparaître la lèpre des « sycophantes ». IL s'éleva une classe d'individus dont le métier était de trouver des chefs d’accusations et de trainer leurs concitoyens devant les tribunaux. Ces délateurs ne s’en prenaient pas seulement à ceux qu'ils croyaient coupables; ils menacaient les innocents dans l'unique but d’en extorquer de l’argent : ils pratiquaient ce que nous appelons aujourd’hui du nom de chantage. Ils attaquaient aussi de

1. G. PERROT, Ouvr. Cité, p. 102-103; — CurTIUS, Hist. grecque, III, 319-

2. Taucyn., VIII, 67 et sq., Tauchnitz, Leipzig , 1844; — ARISTOPH., Lysis-

trat.

3. Xenopx., Hellen., II, 2, 16-17; IT, 3, 1-3, Tauchnitz, Leipzig, 1887.

préférence ceux qui se distinguaient par la naissance, la richesse ou le mérite ; car ils tenaient à se faire valoir auprès du peuple comme gardiens vigilants de la constitution. « Or, plus les défauts de celle-ci devenaient apparents, plus les assemblées étaient bruyantes et tumultueuses, plus le parti modéré se séparait de la foule, plusles gensinstruitss’éloignaient des affaires publiques, et plus le peuple devenait soupçonneux, plus la crainte des trahisons et des menées anticonstitutionnelles devenait générale. » On ne voyait partout que complots et conspirations. Certains Jeunes gens qui ne jouissaient encore d'aucune notoriété et n'étaient pas même nés dans l’Attique, firent condamner par les tribunaux du peuple des généraux qui avaient plus d'une fois risqué leur tête pour la patrie et conduit leurs soldats à la victoire. On n'épargna pas même les vétérans des guerres médiques.

Le salaire des charges publiques produisit aussi des désordres d’un genre différent qui concoururent avec les autres à la ruine de la cité. Tant que les fonctions judiciaires furent gratuites, il n’y eut guère à les exercer régulièrement que des citoyens qui possédaient une certaine fortune. Mais à partir du jour où le triobole fut institué, on vit accourir et siéger parmi les Héliastes les matelots du Pirée, les artisans de la ville et du port, les vignerons des tièdes collines, et les charbonniers de la montagne. Quelle riche aubaine pour tous ceux qui

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