‹ SocrateChapitre 5 sur 201 · AnisT., De anim., À · texte numérisé non relu

AnisT., De anim., À

2. En. Zeicer, Die philosophie der Griechen, t. I, p. 418 et sq.

phocle place sur les lèvres d’Antigone, lorsqu'elle parait devant le tribunal de Créon. « Vos lois, dit l'héroïne, n'ont été promulguées ni par Jupiter mi par la Justice qui est assise à la droite des dieux infernaux. Je n'ai pas pensé qu’elles fussent assez puissantes pour que j'ose, moi mortelle, violer les lois non écrites, mais indestructibles des dieux. Ces lois ne sont pas d'hier ni d’avanthier ; elles ont existé de tout temps et personne n'en a vu le commencement. Je ne devais donc pas, pour respecter un ordre qui vient d’un homme, m'exposer à être punie par les dieux !. » Pindare célèbre, de son côté, la loi éternelle qui régit les choses mortelles et immortelles, qui maintient partout la crainte de la justice suprême; et cette loi, pour lui, se confond avec la volonté de Jupiter. Dans la seconde Olympiade, le même poète chante le bonheur qui attend les âmes des justes après la mort. « Ceux, dit-il, qui ont réussi, dans une vie trois fois répétée sur la terre et dans les enfers, à conserver leur âme parfaitement pure de tout mal, ceux-là suivront la route de Zeus vers le palais de Chronos. Là les îles des bienheureux sont rafraichies par les souffles de l'Océan; là brillent des fleurs d'or, dont les unes plongent leurs tiges magnifiques dans le sein de la terre et les autres sont nourries par les eaux ©. »

Ces croyances fondamentales venaient-elles originairement d'Orphée, ou bien d’Asie, et peut-être par Or-

1. Anlig., 450-460, Ed. Tournier, Paris, 1877. 2. Ant., A’, 125, Teubner, Leipzig, 1855.

phée lui-même et d’autres sages ? Étaient-elles, au contraire, l'apanage commun de toutes les races indo-européennes? Il est difficile de le préciser. Ce que l’on peut dire, c'est qu'à partir du sixième siècle, elles se répandirent de plus en plus, principalement par l’intermédiaire des poètes, et qu'à l’époque de Socrate, elles étaient connues de tous les esprits cultivés. Mais ces données traditionnelles, si nobles et si sérieuses qu’elles fussent, ne pouvaient résister à l'indéfini. Elles étaient vagues; personne n’en fournissait le pourquoi; et la morale qui en découlait restait beaucoup trop imprécise pour correspondre aux différents aspects de l’humaine activité. De plus, et c'est là surtout ce qui devait nuire à leur influence, elles se trouvaient viciées par une mythologie qui était de nature à révolter les consciences les moins délicates. Ils ne payaient pas d'exemple, ces dieux immortels que l’on donnait comme les législateurs souverains de la famille humaine et les gardiens très augustes de la moralité. On comptait parmi eux des rebelles, des fripons, des adultères, des incestes, des parjures et des assassins : il n’y avait pas de crime qui n’eût été commis par quelque Olympien et que les poètes ne se fussent plu une fois ou l’autre à revêtir de couleurs attrayantes. Il n’y avait pas de passion humaine qui n’eût fait battre et vaincu le cœur des dieux.

Ces différentes lacunes se révélèrent peu à peu ; et plus la réflexion alla se développant, plus elles parurent cho-

1. Voir, sur ce point, On the connexion between indian and greek philosophy, Prof. RicuARD GARBE, The Monist, Chicago, January, 1894.

quantes, inadmissibles. Et de là une longue phase de criticisme où devait crouler tout le vieux système théologique et moral des Athéniens.

Naturellement, le branle fut donné par cette sorte de gens « qui remuent toutes choses » et qu'on appelle des philosophes.

« Ce sont des impies, disait déjà Xénophane, ceux qui s'imaginent que la divinité nait et meurt : autant vaut dire qu'il n’y en a pas !. » Ils parlent comme des enfants, ceux qui la font semblable à nous. Si les chevaux et les bœufs savaient peindre, c'est également à leur image qu'ils la représenteraient ?. Homère et Hérodote ont inventé des fictions aussi fausses que dangereuses, lorsqu’ils lui ont attribué tout ce qui est pour les mortels un sujet de honte et de blâme 5. En réalité, « il n'y a qu’un Dieu », et « ce Dieu ne ressemble à l'homme ni par le corps ni par l'esprit » #, Il est éternel, immuable, infini, et toute imperfection reste essentiellement étrangère à son être °..

Héraclite se montra moins absolu. Il se servait du nom

1. ARIST., Rhel., B, 23, 1399b, 6 : Æ. Eheyev Ôtt ôuoiws &sebodatv ol yevécar pésxovtes Tobs Beods Toïs &nobaveïiv Aéyouarv’ &upotépuws Yap cuu6zx'ves un eivar vobs Deoûs note; — Jbid., 1400, 5.

Page 1