Ibid., I, xxvi
une longue formation intellectuelle, s'étaient rendus capables de les bien exercer !. De plus, il fallait sans cesse accepter d'iniques compromis, condescendre à des transactions indignes, lorsqu'on prenait part aux assemblées du péuple et même à celles de l’Héliée?. La République, depuis Périclès, avait tourné à la démagogie la plus violente : on ne voyait dans Athènes que factions acharnées, conspirations, délations et procès. Socrate répugnait à entrer dans cette mêlée des partis où la justice ne comptait plus pour rien : il se déclarait « inhabile » à sy mouvoir avec bonheur. Toutefois, il eût surmonté ses dégoûts, ilse füt, lui aussi, jeté dans la tourmente politique, si la chose lui avait paru plus utile à son pays. Mais telle n’était point sa manière de voir. Il sentait vivement que le mal dont souffrait Athènes avait des racines trop profondes pour céder à une réaction directe, sipuissante qu’elle füt. Il était nécessaire, à son sens, de remonter jusqu’au principe d’où venait tout le désordre : il fallait « former des hommes qui fussent capables de s'appliquer aux affaires publiques »; il fallait faire surgir une génération d'hommes d’État. Or, l'unique moyen de mener à bien cette difficile entreprise, c'était d’apprendre à ceux qui semblaient les mieux doués la science de la vertu qui en ferait des citoyens honnêtes et la science de la politique qui en ferait des politiques compétents.