‹ SocrateChapitre 55 sur 201 · XENoPH.. Mem., 1,6, 15 ; 1V · texte numérisé non relu

XENoPH.. Mem., 1,6, 15 ; 1V

Ainsi pensait Socrate; et ce qu'il pensait, il consacra toute son énergie à le réaliser par amour pour sa glorieuse cité, qui déjà vacillait sur ses bases comme un géant frappé à mort. Mais la tâche était pressante, elle était absorbante. On ne pouvait en même temps se livrer à l’action et enseigner aux autres la science de l’action : il fallait choisir, dans ce conflit des devoirs. Et Socrate choisit résolüment le parti qui lui semblait le meilleur, celui de s’enfermer tout entier dans son rôle d'éducateur d'Athènes. En outre, il prévoyait qu'il lui faudrait une longue vie pour accomplir son œuvre de rénovation intellectuelle et morale ; et d'autre part, il avait le pressentiment que, s’il s'engageait dans l'arène politique, on ne tarderait pas à le faire disparaitre. « Sachez bien, disait-il devant le tribunal, que si j'avais essayé de me mèler des affaires publiques, il y a déjà longtemps que je ne serais plus en vie, et je n’aurais rien avancé ni pour vous ni pour moi. Et ne vous fâchez point de ce que Je vous dis la vérité : il n’y a de salut pour aucun des hommes qui ont le courage de lutter contre les passions du peuple d'Athènes ou de tout autre peuple; il n’y a de salut pour aucun de ceux qui veulent empècher qu’il ne se commette dans la ville rien d'injuste ou d’illégal. Il est de toute nécessité que le citoyen qui combat pour la justice, s’il veut vivre quelque temps, demeuresimple particulier, et s’abstienne de toute politique !. » Et qui pouvait méconnaitre le bien fondé d’un langage aussi

1. PLaT., 4pol., I, x1x, 44; Rep., VI, x, 212, Gorg., II, Lxxvur, 102.

fier? N'avait-1il pas couru le plus grand danger au procès des Arginuses où 1l s'était vu seul, parmi les Prytanes, à voter, malgré les cris menaçants du peuple, pour le respect des lois? N’avait-il pas été à deux doigts de sa perte, lorsque les Trente le mandèrent au Tholos et qu'il leur refusa d'amener de Salamine Léon le Salaminien qu’ils voulaient faire mourir ? Socrate ne pouvait vivre au milieu des passions sauvages dont sa ville était devenue le théâtre, il ne pouvait continuer son œuvre avec succès que s’il renonçait pour tout de bon à toute participation au gouvernement; et il y renonça, persuadé qu'il n’avait pas d'autre manière de servir sa patrie.

C'est aussi sous l’influence de cette pensée dominatrice qu'il en vint à « négliger ses affaires domestiques »?. Il était pauvre, comme on l'a vu; et personne plus que lui n'avait besoin de songer à une heureuse gestion des quelques oboles qu’il possédait. Mais, à ses yeux, le devoir était là, un devoir sacré entre tous et imposé par « le Dieu », celui de sauver l'État; et il n’hésita pas. Malgré les récriminations de Xantippe que sa conduite ne pouvait qu'exaspérer, malgré les tempêtes que cette femme acariâtre et violente lui suscitait à tout instant ?, on le vit, chaque jour, revenir à sa tâche avec une sérénité olympienne, indifférent aux injures qu’il

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