Ibid
éternelle » ! : elle était aussi omnisciente et tout aimante: elle vivait dans un commerce particulièrement intime avec l’homme de bien, celui qui se trouvait « en état de grâce », comme il l'aurait dit, s’il eût connu notre langue. Et dès lors, quel obstacle y avait-il, pour lui, à ce qu’elle communiquât ses volontés à un mortel, à ce qu'elle lui confiât une mission dans l'intérêt supérieur de la science et de la moralité? Ne lui semblait-il pas naturel qu'il se produisit de semblables interventions du souverain ordonnateur de toutes choses?
Il n'est même pas impossible que la conviction de Socrate ait eu quelque fondement dans la réalité. Les lois physiques, une fois posées, suivent leur cours à l’indéfini, sans que l'organisateur de la machine cosmique ait besoin d'y mettre la main. C’est là du moins une conception qui peut s’admettre. Mais il en va tout autrement du monde des âmes: ilen va tout autrement de .a vie morale. La vie morale est une alternative perpétuelle de hausses et de baisses, d’ascensions et de décadences, de veille et de sommeil. Et alors, pourquoi, lorsque tout s’est endormi, « le grand Chorège » n’interviendrait-il pas pour tout faire revivre? Pourquoi Socrate n’aurait-il pas entendu, dans les profondeurs de son âme, comme une sorte d'invitation divine à créer l’un de ces grands courants de vie intellectuelle et morale qui devaient plus tard, par leur rencontre dans la doctrine du Christ, régénérer le genre humain tout entier?