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CHAPITRE IV

Convertir à la vertu par le savoir, telle fut certainement la tâche de Socrate. Mais en quoi consistait ce savoir? C’est là une question qui ne laisse pas de souffrir quelques difficultés. Tantôt Socrate semble n'être qu'un pur moraliste, « un simple réformateur de la vie pratique »!{; tantôt il apparaît comme un spéculatif, dont le but unique est de connaître pour connaître ? : de telle sorte que son idée fondamentale ne se révèle avec netteté qu’au bout d’un certain nombre de comparaisons et d'inductions patiemment conduites.

Un fait imcontestable, c'est que, arrivé à l’âge mr, Socrate abandonna l'étude de la physique pour ne plus s’occuper que de questions morales ÿ.

1. Marpacu (Geschichte der Philosophie, I, 174, 178, 181, Leipzig, 1838-1841) a vu dans Socrate un adversaire de la science spéculative, un simple réformateur de la vie pratique.

2. Voir SCHLEIERMACHER, Sümmiliche Werk., 11, 287-308, Berlin, 1838.

3. PLAT., Phædo, I, xLv, 134; Apol., I, n1, 24-25; Ibid., 1, ir, 26; 1bid., I, x1v, 36; — XENoOPH., Mem., I, 1, 12.

Il en vint à se persuader que ni l’eau, ni l’air, ni le feu, ni le choc des atomes ne pouvaient contenir la véritable raison des choses. Ce n'étaient là que des causes efficientes; or il crut découvrir, à la lumière de la philosophie d’Anaxagore, que les causes efficientes ne se suffisent pas à elles-mêmes; qu’il leur faut un principe supérieur qui les mette en branle et les coordonne, qu'elles n’ont de sens que si elles sont aux ordres d’une intelligence souveraine, d’une cause finale !. « Que penseriez-vous, disait-1l dans sa prison, d'un homme qui chercherait à expliquer notre entretien par le son de la voix, par l'air, par l'oute et mille autres choses semblables, sans songer à parler de sa vraie cause : savoir que, les Athéniens ayant trouvé qu'il était mieux de me condamner, j'ai jugé de mon côté qu'il était mieux de m'asseoir sur ce lit et d'y attendre tranquillement la peine dont ils m'ont frappé? Car, par le chien, il y a déjà longtemps que ces nerfs et ces os seraient à Mégare ou en Béotie, transportés là-bas par l'idée du meilleur, s’il ne m'avait paru plus juste et plus beau de subir la peine à laquelle l’État m'a condamné, que de m'’enfuir à toutes jambes comme un esclave. — Manifestement, une telle explication serait le comble du ridicule. » Or, aux yeux de Socrate, c'était précisément une explication analogue que les physiciens donnaient des phénomènes de la nature : ils prenaient pour la cause véritable ce qui n’en est que la condition et la matière’.

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