Ibid., I
Ja vue comme des personnes qui viennent de regarder une éclipse de soleil; qu'ils s'acharnaient à comprendre l’'incompréhensible 1?
Par le fait même que la physique était une science impossible, elle devenait, pour Socrate, une science impie. Si l’homme s’y cforçait en pure perte, si elle demeurait décidément inaccessible à notre esprit, c’est qu'elle touchait à ce domaine profond de la réalité qui n'est connu que des immortels, dont ils ont gardé le monopole et qu'ils ne révèlent à notre intelligence que dans la mesure où l'exigent la conduite des États et le bonheur des individus. Ils empiétaient donc sur le droit des Dieux, ils commettaient une sorte de sacrilège, ceux qui travaillaient à pénétrer le tout de tout : ils s'égalaient au Maître souverain de la nature, sans bien s'en rendre compte, et tombaient ainsi dans la démence, « comme cet Anaxagore qui se vantait avec tant d'orgueil d'avoir expliqué les mystères de la divinité »?. Aussi Socrate paraït-il s’être défendu, avec une force toute particulière, d'avoir jamais eu pareille prétention. 11 en appela aux juges, qui connaissaient les doctrines du philosophe de Clazomène à; il conjura tous ceux avec qui il avait conversé, de déclarer s'ils l'avaient jamais entendu parler ou de près ou de loin « de ce qui se produit dans le ciel ou sous la terre » À.