‹ SocrateChapitre 79 sur 201 · PLAT., A4pol., I, xxI · texte numérisé non relu

PLAT., A4pol., I, xxI

prétendaient connaitre toutes choses. Il se donnait, au contraire, comme ne possédant aucune connaissance véritable. On l’entendait dire à tout venant : Quant à moi, j'ai le vif sentiment de n'avoir aucune sagesse, ni grande ni petite; si je sais quelque chose, c’est seulement que je ne sais rien!. Et cependant, il demeurait persuadé que la science était possible, que la science était faisable. La crise intellectuelle dont souffrait l'Attique lui apparaissait comme une étape difficile d’où l’on devait sortir pour s'élever à un dogmatisme nouveau, plussobre en un sens, mais aussi plus rationnel et plus compréhensif. Il ne lui restait donc qu’une ressource, celle d’aller trouver les autres hommes, de leur poser des interrogations méthodiques, « d’accoucher leurs esprits », pour voir si l’on n'en pourrait pas tirer quelques échantillons du vrai savoir. « Tu es en mal d'enfant, mon cher Théétète; ton âme est grosse. — Je ne sais, Socrate ; mais je dis ce que j éprouve. — Ne sais-tu pas encore, pauvre innocent, que je suis le fils d’une accoucheuse habile et renommée, de Phénarète? — Je l'ai oui dire. — N’as-tu pas entendu dire aussi que j'exerce la mème profession? — Jamais. — Eh bien, le métier que je pratique ressemble de tous points à celui des accoucheuses, à cette différence près que je délivre des hommes et non des femmes, et que je soigne non les corps, mais les âmes en mal d'enfant. Ce qu’il y a de plus important dans mon art, c'est qu’il me met à même de discerner si la pensée d'un jeune homme

t. PLAT., Apol., I, vi, 29; vu-x, 30-32.

va produire un être chimérique ou un fruit véritable. »

Ainsi Socrate allait sans relâche demandant aux autres la science qu’ils se vantaient de posséder et que lui-même avouait ne pas avoir. Il « cherchait les choses en commun » ? : Ses raisonnements étaient des dialogues. Et ces dialogues eux-mêmes se développaient ordinairement comme des drames à deux actes, dont le premier consistait à confondre l’interlocuteur et le second à mettre sur pied une définition nouvelle.

Socrate commençait par poser une question, à moins que quelqu'un ne le prévint, comme le faisaient parfois Antiphon et Aristippe qui cherchaient à l’embarrasser 3. Par exemple, il demandait à Euthydème : « Dis-moi quelle idée tu te fais de la piété #. » Il pressait Protagoras de lui apprendre en quoi et sur quoi son enseignement rendait les gens plus habilesÿ. « Laissons là Gorgias, disait-il à Menon, puisqu'il est absent. Mais toi, au nom des dieux, en quoi fais-tu consister la vertu? Apprendsle-moi, ne te laisse pas dominer par l'envie, afin que, si vous paraissez le savoir, toi et Gorgias, j'aie fait le plus heureux des mensonges, en disant que jusqu'ici je n’ai rencontré personne qui le sût5. »

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