PLar., Meno, III
La réponse une fois fournie, Socrate s’en emparaït et la mettait à l'épreuve : il interrogeait encore et à diverses reprises, toujours sous le prétexte de mieux s'instruire ; obtenait des explications contradictoires, les opposait les unes aux autres et finissait par faire éclater à tous les yeux l'insuffisance de la définition avancée. L’interlocuteur alors restait à court. Il s'esquivait en disant, comme le vieux Protagoras : « Nous parlerons une autre fois de ces matières quand tu le voudras. Pour aujourd’hui, j'ai quelque affaire plus pressée !. » Ou bien il confessait franchement ne point savoir en réalité ce qu’il croyait savoir. « Socrate, répondait Ménon, je savais, avant de converser avec toi, que tu ne sais que douter toi-même et faire douter les autres. Maïs voici maintenant que tu me fascines par tes charmes et tes maléfices; et je demeure tout rempli de doutes. S'il m'est permis de railler, tu me parais absolument semblable pour l’apparence et pour tout le reste à cette large torpille marine qui engourdit tous ceux qui en approchent ou qui la touchent. Je pense que tu às produit le même effet sur moi : tu m'as engourdi l'esprit et le corps; et je ne trouve plus rien à répondre... Il me semble que tu prends le bon parti, en ne voyageant ni sur terre ni sur mer; car, si tu te conduisais ainsi dans une ville étrangère, on ne tarderait pas à t’arrèter comme un enchanteur?. »
Lorsque l'adversaire, une fois réduit au mutisme, consentait à rester sur place, Socrate continuait ses