Ibid., IV
le fait même qu'on sait, on a ie vouloir efficace. Car on ne trouve pas d'hommes qui fassent autre chose que ce qu'ils croient véritablement utile; on ne trouve « pas d'hommes qui fassent autre chose que ce qu'ils pensent devoir faire ».
On peut remarquer aussi que Socrate, dans ses dialogues, tendait à dépasser l’unité relative qu’enveloppe chacun de nos concepts. Après avoir groupé les différents phénomènes autour de leurs définitions respectives, il groupait ces définitions elles-mêmes autour d’une idée supérieure. C'est ainsi qu'on le voit ramener de proche en proche la notion du beau à celle du bien, la notion du bien à celle de l’utile et faire de l’utile lui-même un aspect de la loi de finalité, un cas de l’universelle Eurythmie de la nature. Socrate n’est pas arrivé à l’u- . nité absolue; mais il est certain qu’il a mis Platon, son disciple, sur la voie qui devait l’y conduire. La dialectique des « idées » a sa base d’élan dans la dialectique des « concepts ».
Telles sont les règles principales de l'induction de Socrate. Quant à sa déduction, on peut dire qu’elle revêt trois formes dominantes.
En premier lieu, Socrate infère du général aux cas particuliers qu’il comprend. Par exemple, il démontre d'abord à Lamproclès, son fils aîné, que la reconnaissance est un devoir naturel et que ce devoir concerne d'une manière plus spéciale la conduite des enfants à l'égard de leurs parents. Puis, la loi une fois mise en lumière, il l’applique à la conduite du jeune homme
récalcitrant et lui prouve qu’il n’a aucune raison sérieuse de s’ériger en exception. « Mais, par Jupiter, réplique Lamproclès qui est sous le coup de l'émotion, ma mère me dit des choses qu’on ne se résoudrait pas à entendre au prix de la vie. — Et toi, répond Socrate, combien de peines insupportables ne lui as-tu pas causées depuis ton enfance, et le jour et la nuit, et par tes cris et par tes actions? Que de chagrins ne lui ont pas valus tes maladies?... Quoi! Cette mère qui t'aime, qui t'entoure de sa sollicitude à toute épreuve, au milieu de tes souffrances, qui ne néglige rien pour te rendre à la santé et te donner ce dont tu as besoin, qui demande aux dieux de te bénir et leur offre pour toi des vœux et des offrandes, tu la tiens pour impossible. Pour moi, je pense que, si tu ne peux supporter une telle mère, c'est que tu ne peux rien supporter de bon!. » |
En second lieu, Socrate conclut du général aux éléments logiques qu’il enveloppe. C’est ainsi qu’il procède au quatrième livre des Mémorables, lorsqu'il essaie de montrer à Euthydème que, s’il veut s'engager dans la vie politique, il doit commencer par acquérir les connaissances que cette vie exige. Voici le fond du raisonnement qu'il tient à son jeune disciple en cette circonstance. Tous les arts s’apprennent. Ceux qui veulent jouer de la cithare ou de la flûte, ou monter à cheval, ou acquérir quelque autre aptitude, cherchent à y arriver par des exercices assidus, prennent pour juges de leurs