XENoPH., Mem., II
efforts les maîtres les plus renommés et endurent tout pour ne pas s’écarter de leurs principes. Or la politique est sans contredit l'art le plus difficile qu'il y ait au monde; la preuve, c’est que « beaucoup s'y essaient et que peu y réussissent ». « Il faut donc en politique une application plus grande et plus opiniâtre que partout ailleurs !. »
En troisième lieu, Socrate conclut du général aux conséquences métaphysiques qu’il suppose. L’un des échantillons les plus remarquables de ce processus logique, c'est la preuve de l'existence de Dieu par les causes finales. L'ordre, d’après Socrate, ne s'explique ni par le hasard, ni par la nécessité mécanique. Or l'ordre est un fatt : il est répandu dans la nature entière et se révèle avec un éclat spécial dans l'organisme humain. Il faut donc qu'il y ait une intelligence souveraine qui ait coordonné le grand tout et lui conserve sa beauté. Entre l’ordre et la pensée, 1l y a une connexion essentielle, une exigence absolue; et c’est sur ce rapport rationnel que se fonde toute la théologie socratique ?.
Sans doute, ces différents modes de la déduction socratique n’ont pas encore un aspect très précis : ils ne se traduisent pas par des syllogismes en Bamalipton ou en Baroco. Mais ils sont suffisamment accusés pour qu'on les puisse reconnaitre : ils sont comme la charpente des dialogues qui les enveloppent.
1. XENoPH., Mem., IV, 2, 6-8; voir aussi I, 2, 9; III, 5, 21. 2. 1bid., I, 4, 4 et sq.
La méthode socratique n'est pas purement rationnelle, comme on pourrait être tenté de le croire; elle suppose certaines dispositions d'ordre moral. Il faut se posséder soi-même pour bien dialoguer!. La recherche de la science ne réussit qu'à ceux qui ont la force de se maitriser. Car la lumière du vüs ne se montre pas au milieu du tumulte des passions; elle n'apparaît qu'aux âmes pacifiées. Or, d'où peut venir cette maitrise de soi? Ce n’est pas de la science elle-même, puisqu'elle est encore à faire, puisqu'elle n'est encore que possible. Il faut donc qu'il y ait à l’origine de la vie morale, antérieurement à la plénitude de la connaissance réfléchie et comme sa condition, une série d’efforts volontaires, l'amour pur du « bien et du beau » encorescientifiquement ignorés. Il est bon, de plus, qu’à cet amour de tête s'ajoute une sorte d’ardeur émotive et comme un élan du cœur vers la vérité morale. Et c’est de l’amitié surtout que naît cet attrait supérieur, ce charme à la fois doux et fort qui est un des facteurs de la vraie science. L'amitié, en effet, exerce sur les âmes une influence toute contraire à celle qui résulte de l’amour physique. Elle les grandit, au lieu de les avilir; elle produit une émulation généreuse, qui leur inspire de nobles sentiments et de nobles actions?. « O Nicératus, vois comment Achille nous est représenté dans Homère : s’il venge la mort de Patrocle, ce n’est point
1. XENoPH., Mem., IV, 6, 11 : AAA& To; Eyxpatéot pôvous Éteotr dxomEïv ta XPATLOTE TV HOXYLLATEOV.