‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 25 sur 54 · UNE JOOBNBE DANS LE BOIS · texte numérisé non relu

UNE JOOBNBE DANS LE BOIS

cep». . il ne peut que soupirer et se dire encore : « Elle est « làî... »

Quelques minutes s'écoulent. Tout-à-eoup la porte de la cabane s'entrouvre. . . une jeune fille parait sur le seuil de la porte et jette un regard dans le bois. . . c'est elle 1 . . La tristesse de ee lieu sauvage , le sombre aspect du bois , Ja pauvreté de cette chaumière... tout a disparu!... La présence de la jeune fille a sur-le-champ embelli ces lieux!... La femme que Ton aime a un pouvoir bien grand; elle communique son charme à tout ce qui l'entoure ; auprès d'elle la caverne la plus sombre n'a rien d'effrayant, le site le plus sauvage paraît délicieux !

Sœur Anne est rentrée dans la cabane ; elle en ressort bientôt conduisant quatre chèvres qui composent tout son troupeau. Une vache parait dans le petit jardin , elle la caresse en passant et semble lui promettre de revenir bientôt. Puis , poussant ses chèvres vers une montagne , où l'herbe croît en abondance , la jeune muette marche lentement derrière son troupeau , la tête légèrement inclinée sur sa poitrine, ne la relevant que pour regarder si ses chèvres ne s'égarent point.

Frédéric est resté appuyé contre l'arbre qui le cache presque entièrement, il n'a pas perdu un seul mouvement de Sœur Anne. Lorsqu'elle se dirige vers la montagne , il la suit doucement ; il brûle d'être auprès d'elle , de lui parler... mais il craint de l'effrayer en paraissant trQp brusquement, Elle semble si timide, si craintive!... si elle allait encore se sauver ! . . .

Cependant elle vient de s'asseoir sur un tertre de verdure ; elle tire de sa panetière un morceau de pain bis et quelques figues ; elle va déjeuner. Frédéric s'approche davantage... Bientôt il est tout près d'elle, et, au moment où elle tourne la tête pour chercher des yeux une

de ses chèv res , c'est encore le jeune homme de la veille qu'elle aperçoit.

La jeune fille fait un mouvement qui semble plutôt causé par l'étonnement que par la frayeur, et d'ailleurs Frédéric n'avait rien d'effrayant : debout devant elle , mais paraissant lui-même inquiet et tremblant , ses regards étaient tendres et craintifs ; tous ses traits exprimaient la douceur et l'intérêt qu'elle lui inspirait.

Sœur Anne parait vouloir se lever pour s'éloigner: « Ah ! de grâce , » lui dit Frédéric , « ne me fuyez pas , « aimable fille ! je serais bien malheureux si je vous fai- « sais peur ! »

La petite laisse échapper un aimable sourire ,- et, secouant doucement la tête , lui fait comprendre qu'elle n'éprouve pas un tel sentiment.

« Je vous ai vue , hier au soir, sur les bords du rufs- « seau, » reprend Frédéricen se rapprochant d'elle. Sœur Anne le regarde et baisse la tête en souriant encore , comme pour lui dire qu'elle s'en souvient.

« Eh quoi ! vous vous souvenez de moi !... Mais vous , « aimable enfant , vous n'êtes pas un momeut sortie de « ma pensée. Pouvais-je ne pas être frappé à l'aspect de « tant de grâces , en voyant des traits si charmants! »

La petite l'écoute avec surprise ; tout ce qu'il lui dit est nouveau pour elle. Frédéric s'asseoit sur le gazon à quelques pas d'elle. Cette action étonne la jeune muette; elle considère encore le jeune étranger avec une espèce de craiute, mais le sentiment qu'expriment ses regards rassure bien vite son cœur. Elle baisse les yeux... mais il est déjà facile de lire dans ses traits naïfs qu'elle attend avec curiosité que Frédéric lui parle de nouveau.

« En vous voyant hier, » lui dit-il , « j'ni éprouvé pour « vous le plus tendre intérêt... Mais combien il s'est acn cru encore depuis que j'ai appris... Pauvre petite!...

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« Ah ! je connais votre; triste situation ! je connais tous « les malheurs qui vous ont accablée ! »

La traits de la jeune muette prennent un caractère plus expressif; un souvenir déchirant semble l'agiter... Elle pousse quelques gémissements sourds , lève les yeux au ciel, puis les rebaisse vers la terre, et un torrent de larmes s'en échappe aussitôt.

Frédéric se rapproche d'elle. Il passe légèrement son bras autour de sœur Anne, et prend une de ses mains qu'il pose sur son cœur.

« J'ai renouvelé vos chagrins, » lui dit-il , « pardon- « nez-moi... Que ne puis-je, au contraire, vous les foire « oublier en vous rendant heureuse 1 Pauvre enfant... « permettez-moi d'essuyer vos larmes... Dès ce moment « vous n'êtes plus seule sur la terre , vous possédez un « ami. . . Il existe un cœur qui repond au vôtre , qui , tant « qu'il vivra, ne battra que pour vous. Anne... chère « amie, permettez-moi de vous aimer... de partager vos « peines , vos tourments... de penser sans cesse à vous... « de vous voir chaque jour... Ah 1... ne me refusez pas « cette grâce... ou je serais bien plus malheureux que « vous. »

Frédéric parlait avec feu , l'amour l'animait et rendait sa voix encore plus tendre, ses regards encore plus séduisants. La jeune muette l'a écouté d'abord avec surprise. .. un sentiment inconnu la trouble... elle veut retirer sa main... elle n'en a pas la force... Frédéric ne parle plus. . . et elle l'écoute encore. . .

Mais bientôt l'idée de sa situation , de son malheur, détruit le charme qu'elle éprouvait. Elle jette sur Frédéric un triste regard , et, reportant sur elle un regard plus amer encore, elle retire sa main, et, repoussant Frédéric en secouant la tête avec chagrin , semble lui dire :

« Non! vous ne pouvez pas m'aimer... je suis trop roal- « heureuse. »

Frédéric la comprend : il presse de nouveau sa main sur son cœur, lui désigne sa cabane : « Avec vous , » lui dit-il , « je sens que je serais heureux d'habiter dans ces a boisl »

Dans ce moment, le son d'une petite clochette se fait entendre. Ce signal avertit Anne que la vieille Marguerite est levée. Elle se hâte de rassembler ses chèvres, et se dispose à reprendre le chemin de la cabane.

« Reviendrez-vous ? » lui dit Frédéric; «ah? que je « vous voie encore aujourd'hui 1... »

Elle lui montre le soleil dont les rayons percent le feuillage , puis baisse la tête sur le revers de sa main.

« Quand le soleil se couchera... vous irez au bord du « ruisseau?... »

Sœur Anne lui fait signe que oui ; puis , poussant ses chèvres, elle regagne légèrement sa cabane. Mais , avant d'y entrer, elle tourne la tête , ses yeux se portent sur la place où elle a laissé Frédéric; elle lui sourit et disparaît. Ce sourire , ce regard transportent le jeune amant; déjà il n'est plus un étranger, un inconnu pour sœur Anne ; cette idée l'enchante 1... En amour il faut si peu de chose pour rendre heureux !

Frédéric va prendre son cheval ; mais retournera-t-il à Grenoble pour revenir le soir?... Non, il lui semble plus naturel de rester au village, d'y faire un léger repas, puis de revenir rôder autour de la cabane dont il a déjà tant de peine à s'éloigner. Peu lui importe ce que penseront et diront ses compagnons. Il faudra bien qu'ils s'accoutument à ses absences ; car Frédéric sent qu'il viendra souvent à Vizilie , ou plutôt qu'il n'ira que rarement à Grenoble. C'est dans le bois qu'habite ce qu'il aime , sœur Anne est déjà tout pour lui ; il ne songe plus

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