‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 32 sur 54 · PLAISIRS D'AMOUR NE DURENT QU'UN MOMENT · texte numérisé non relu

PLAISIRS D'AMOUR NE DURENT QU'UN MOMENT

« sera arrivé de nouveau quelque évèoemeut; Dubourg « aura encore fait quelque sottise... J'ai eu tort de lui « confier tout l'argent que je possédais. » Le résultat de ces réflexions est toujours qu'il faut aller à Grenoble savoir ce qu'y font ces messieurs. Mais aHer Les trouver après avoir dît à Dubourg qu'on ne voulait plus quitter le bois, qu'on fuyait pour jamais un monde faux et per vers , dont tous les plaisirs ne valaient pas la tranquillité d'uue chaumière... Àh! c'était fort embarrassant, et voilà pourquoi Frédéric ne pouvait se décidera aller à la ville , car un homme aime souvent mieux persévérer dans une sottise que de convenir qu'il a eu tort.

Cependant l'oisiveté accablait Frédéric; avec la meilleure volonté du monde , on ne peut pas parler pendant vingt-quatre heures à une jolie femme ; et la pauvre petite n'est déjà plus heureuse, parce qu'elle s'aperçoit que son doux ami est triste et soupire souvent. Enfin 9 un beau soir, Frédéric , qui n'y tient plus, dit à sa compagne : « Demain, dès le point du jour , je partirai pour « aller à Grenoble savoir des nouvelles de mes amis. »

La petite, comme frappée d'un coup inattendu, reste un moment iinmobile ; puis sa poitrine se gonfle , et deux ruisseaux de larmes s'échappent de ses yeux. Ses bras désignent le chemin de la ville , puis elle les reporte sur elle, et semble dire : « Et moi ?.. . tu vas donc me quitter ? » Pour retenir son amant , la jeune fille ne peut employer ces mots si doux , si tendres , ces prières auxquelles il est si difficile de résister. Mais que ses gestes sont expressifs, que ses yeux sont éloquents !... il suffit de les regarder pour comprendre toute sa pensée.

« Je reviendrai, » lui dit Frédéric... « jeté le promets j « je reviendrai, et je n'en aimerai jamais d'autre que toi. »

Ces mots ont déjà adouci le chagrin de sœur Anne ; car elle ne met point en doute les promesses de sou

amant... Souvenez-vous, mesdames, que sœur Anne ne connaît pas le monde ; connaissance bien pénible quelquefois ! puisqu'elle apprend à renoncer aux illusions du cœur.

La soirée s'est écoulée tristement ; car , tout en ne doutant pas qu'il reviendra bientôt, l'idée du départ de son ami est cruelle pour cette âme brûlante qui goûtait en aimant un bonheur qu'elle croyait devoir durer jusqu'à la fin de sa vie. Frédéric fait tout ce qu'il peut pour la consoler; mais en donnant de nouvelles preuves d'amour, un homme se fait aimer encore davantage... Est-ce donc là le moyen d'adoucir le moment d'une séparation? c'est cependant celui que l'on emploie ordinairement.

Le jour s'est levé , bien sombre aux regards de la jeune orpheline... Peut-il être beau le jour qui va nous séparer de tout ce que nous aimons?... Frédéric gravit une montagne qui mène sur la route, tenant dans les siennes la main tremblante de la pauvre petite. Arrivé là , après avoir renouvelé ses promesses , après avoir fait les plus tendres adieux , il s'éloigne enfin , et disparaît aux regards de son amie.

Quel poids est venu se placer sur le cœur de la jeune fille!... elle ne voit plus Frédéric... cependant elle reste toujours là . . . ses yeux le cherchent encore. . . Tout-à-coup elle les reporte autour d'elle... un gémissement lui échappe , elle tombe à genoux au pied d'un vieux chêne. . . elle le baise avec respect... Pauvre petite!... elle esta l'endroit où sa mère est morte en venant attendre son père! elle a reconnu la place... et, joignant ses mains avec ferveur, elle implore le ciel... elle se recommandée sa mère.

Sœur Anne allait plusieurs fois dans Tannée s'asseoir et prier sous le vieux chêne où la malheureuse Clotildc avait expiré ; mais jamais elle ne s'y était rendue avec

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