LUNEL, DUBOUBG ET MADELON
fille rose , fraîche, à l'œil mutin , au pied mignon, dont il a une grande envie de devenir le médecin.
Quelques grosses filles de basse-cour se font donner des onguents pour la fièvre et les maux d'aventure. Quelques paysans reçoivent des pastilles de menthe et de cachou pour le mal de dents ; mais tous regardent avec étonnement cette seringue merveilleuse qui fait de la musique, et la tête à perruque qui parle quand il fait de l'orage, à ce qu'assure l'opérateur.
La jolie paysanne est la fille du fermier , qui est alors absent. Auprès d'elle est sa tante , bonne vieille qui croit aux songes , aux rêves , aux cartes, à la magie , aux revenants, aux talismans et aux sorciers. Elle s'est empressée de venir consulter Dubourg, parce quedepuis trois jours elle s'endort sur le dos et se réveille sur le ventre, ce qui lui semble fort extraordinaire. « Je vais vous donner « quelque chose qui vous empêchera de changer de po- « sition , » dit notre charlatan à la vieille tout en lorgnant la jeune ; « ce sont des pastilles qui me viennent « d'un habitant de la cote de Guinée, qui dormait quel- « quefois huit jours de suite sur l'oreille gauche. Mais en « n'en prenant que modérément , on passe une nuit dé- « licieuse , et on fait des rêves charmants !... des rêves « divins !... des rêves de quinze ans... C'est si agréable « qu'on ne voudrait plus se réveiller. Enfin , ma chère « dame, quand on a pris de cela , on est certain de rêver « de telle personne que l'on veut ; il ne faut pour cela que « faire le tour de son vase de nuit avant de se coucher. « Ah! mon cher monsieur, » dit la vieille, «donnez-moi « vite de ces précieuses pastilles... j'en mangerai tous les « soirs 1... dès cette nuit je veux rêver de mon premier « mari... qui était bien aimable, et pas ivrogne comme « le second... Je ferai le tour du pot , monsieur , je n'y « manquerai pas!...
Dubourg donne à la vieille une botte de pilules laxatives qu'elfe reçoit avec reconnaissance, puis il demande à la jeune villageoise ce qu'il peut faire pour elle.
« Dam ! monsieur, » dit la jolie fille, « c'est qu'il y a huit « jours, en dansant avec Thomas , je suis tombée , je me « suis foulé le poignet , et je ne m'en sers pas encore aussi « bien que de coutume ; auriez-vous quelque chose qui « me fît passer cela tout de suite? — Si j'ai quelque chose, « ma belle enfant ? est-ce que je n'ai pas tout , moi?... « En un quart d'heure je vous aurai fait passer votre « douleur... il n'y paraîtra plus; je n'ai qu'à vous frotter « avec une certaine pommade ; mais il faut aussi que je « dise des paroles magiques , et je ne puis les prononcer « devant témoin , cela détruirait le charme. Conduisez- « moi donc dans votre chambre, ou dans tout autre lieu « où nous serons seuls , et j'opérerai.
« Matante, faut-il?» demande la fille du fermier. « — « Comment donc , s'il le faut 1 » répond la bonne femme ; « mais sur-le-champ. Profite de la bonne volonté de ce « grand homme, et laisse-toi frotter. »
La jeune fille ne fait plus de difficultés. Elle prie Dubourg de la suivre. Celui-ci attache son âne et toute sa boutique à la porte de la ferme , et suit lestement la jolie fermière, qui le mène dans sa chambrette dont elle pousse la porte sur elle, s'abandonnant avec confiance à la science du sorcier , qui paraissait plus comique qu'effrayant.
De son côté , la tante , pressée de jouir de l'effet des pastilles , et n'ayant pas la patience d'attendre la nuit pour rêver à son premier mari , était aussi rentrée chez elle , et, après avoir avalé une pilule et fait la cérémonie ordonnée, venait de se mettre sur son lit, attendant avec impatience l'effet du charme , qui ne s'annonçait pas précisément par des prodiges.
Pendant que ces dames font usage des spécifiques de