‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 4 sur 54 · LE COMTE DE MONTRBVILLB · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MONTRBVILLB

du jour; il ne se dandinait pas en parlant ; il ne souriait pas dans les glaces , ne disait pas de ces riens qui font fureur dans un salon , et ne savait pas regarder les dames sous le nez pour leur dire qu'elles étaient adorables.

Or, comme ces manières un peu cavalières sont à la mode , et que les dames n'aiment que ce qui est consacré par cette déesse , elles trouvaient Frédéric un peu sentimental , un peu gauche même , et elles se disaient : « 11 n'est .pas mal, mais il a bien besoin d'être * formé ! »

Une petite maîtresse, ne peut pas s'attacher à un novice ; on veut bien avoir un caprice pour lui , mais il n'y a qu'un mauvais sujet qui sache inspirer une grande passion : c'est ce qui fait que le pauvre Frédéric était toujours trompé et quitté par ses maîtresses.

C'était chez Tortoni que Frédéric avait fait la connaissance de Dubourg. Ce jour-là , le philosophe , qui était en argent , mettait tout en révolution dans le café , où il régalait quatre de ses amis ; quelques étrangers , que le bruit de ces messieurs ennuyait, voulurent leur imposer silence : pour toute réponse , Dubourg leur jeta à la tête le restant d'un bol de punch. On se leva , on cria , on se menaça , et , pendant la querelle , les quatre amis que Dubourg régalait jugèrent prudent de disparaître successivement. Celui-ci, indigné de la conduite des lâches qui l'abandonnaient , continuait de tenir tête à ses adversaires , lorsque Frédéric, se mettant de son parti , lui offrit de lui servir de second. Dubourg accepta ; un duel eut lieu le lendemain. L'antagoniste de Dubourg fut légèrement blessé , et l'affaire n'eut point d'autres suites ; mais elle servit à cimenter l'amitié qui se forma entre FiéJéric et Dubourg. Ce dernier, quoique ayant près de dix ans de plus que le jeune comte, était loin d'être aussi raisonuable que lui ; mais sa galté plaisait à Frédéric ,

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qui avait souvent besoin des saillies de son ami pour oublier les infidélités de ses belles.

Maintenant que nous connaissons le comte de Montreville et son fils , entrons dans les salons , où la plus brillante société est réunie , parce que , ainsi que l'a dit Dubourg, c'est jour d'assemblée.

La société est dispersée dans plusieurs pièces , toutes resplendissantes de l'éclat des bougies; ici on danse, plus loin on joue , de ce côté on cause , on se promène , on vient respirer un moment; la chaleur est accablante dans la salle de l'écarté, où l'on a de la peine à percer la foule des parieurs.

Les dames se font remarquer par l'élégance, et quelquefois l'originalité de leur parure. En général , la toilette des mamans est encore plus recherchée que celle des demoiselles ; est-ce parce que ces dames pensent que leurs filles en ont moins besoin pour plaire? ou serait-il vrai que la coquetterie augmentât en raison inverse des charmes?... Je ne me permets point de juger la question. Pour les hommes , il n'en est pas ainsi : le costume de bal une fois admis est bientôt adopté par tous , et il ne reste à ceux qui veulent se distinguer que les ressources de la coiffure plus ou moins originale , et du nœud de la cravate ; encore cette dernière partie de la toilette commence t-elle à n'être plus arbitraire.

Mais il est près de trois heures , et la soirée touche à sa fin. C'est le moment où l'observateur peut faire le plus de remarques ; il y a moins de monde à la danse , on y est plus à son aise , on se permet de rire un peu. Vers la fin du bal , l'abandon remplace la prétention , et beaucoup de femmes ne commencent à avoir de la grâce que lorsqu'elles veulent bien ne plus être maniérées. Quelques personnes, qui n'avaient encore pu se parler, causent dans un coin du salon. Quelques jeunes gens lient conver-

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