L ETRANGER
« attendez en ces lieux le rétablissement de votre santé; « et, si rien ne vous appelle ailleurs, restez avec les habi- « tants de cette ferme... ils vous aiment; ici vous serez ce heureuse. »
Sœur Anne secoue tristement la tête , puis indique qu'il faut qu'elle aille bien loin. L'étranger, qui a déjà donné vingt-cinq louis aux villageois pour tous les soins qu'ils prendront de la jeune femme , met encore une bourse remplie d'or dans les mains de sa libératrice,.. Celle-ci veut la refuser, et ne sait comment lui témoigner sa reconnaissance.
« Vous né me devez rien, mon enfant, » lui dit le vieillard ; « songez que vous m'avez sauvé la vie , et que , « tant que je vivrai , c'est moi qui vous devrai de la re* « connaissance. Tenez , prenez aussi ce papier ; il ren- « ferme mon nom et mon adresse. Si jamais vous êtes « dans le malheur, faites-le moi savoir, et comptez tou- « jours sur ma protection. »
Sœur Anne prend le papier qu'elle serre précieusement dans la bourse que l'étranger vient de lui donner. Celui-ci , après l'avoir encore regardée avec attendrissement , dépose un baiser sur son front, puis, se dérobant aux témoignages de sa reconnaissance, monte en voiture et s'éloigne, après avoir laissé dans la ferme des marques de sa générosité.
L'étranger est parti ; sœur Anne en est longtemps attristée... Son cœur volait vers cet inconnu ; déjà elle réunisssait dans son âme son image à cette de Frédéric; mm la tendre amitié qu'elle sentait pour l'un ne nuisait en rien à l'amour qu'elle éprouvait pour l'autre.