‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 45 sur 54 · LE MABIAGE SE FAIT · texte numérisé non relu

LE MABIAGE SE FAIT

son absence pour partir de son côté. Pourrait-il maintenant quitter Constance un seul jour? Quoiqu'elle Tait rassuré sur le mariage dont on lui a fait peur, Frédéric n'est pas encore tranquille ; il supplie son amie de questionner son oncle à ce sujet. Constance n'ose parler de cela au général ; mais , vaincue par les sollicitations de Frédéric, elle se décide enfin à le questionner, et un matin va en rougissant le trouver dans son cabinet.

« Mon oncle... on m'a dit que vous aviez des projets « sur moi , » dit Constance en baissant les yeux. Le général la regarde en souriant, puis tâche , pour lui répondre , de prendre un ton sérieux , mais cela ne va pas à sa physionomie : « Qui vous a dit , mademoiselle , que j'a- « vais des projets sur vous ? — Mon oncle... c'est M. Fré- « déric , qui le sait de son père. — Ah l diable ! M. Frète déric s'occupe de cela... et quels sout donc ces projets , «mademoiselle? — Mon oncle, vous devez le savoir « mieux que moi... — Àh ! c'est vrai , tu as raison. Eh « bien l oui , j'ai des projets. — Pour mon établisse- « ment, mon oncle ?... » demande Constance ei> tremblant. « — Oui , pour te marier enfin.

« — Me marier 1... Il serait possible !... Ah! mon on- « cle... » Et l'aimable fille lève sur le général des yeux suppliants et déjà pleins de larmes.

« Allons , allons , calme-toi , morbleu ! » dit le général en prenant la main de sa nièce... « Te voilà déjà aux « champs, comme si je devais faire ton malheur : est-ce « que tu ne veux pas te marier?... — Mais... je ne dis « pas cela , mon oncle. — Alors , pourquoi donc cet ef- « froi en apprenant que je songe à te donner un mari ? « — Mais... c'est que je veux... je ne voudrais pas... — « Tu veux , tu ne voudrais pas !... Hom ! les femmes ne « peuvent jamais parler clairement... Pourquoi ne pas « me dire tout de suite que tu pe veu* épouser que Fré-

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« déric? — Àh ! mon oncle... vous savez... — Il faudrait « que je fusse aveugle pour ne pas voir cela; et ce beau « monsieur qui s'avise d'aimer ma nièce... et qui sou- « pire , qui est triste , qui se désole , au lieu de venir tout « bonnement me demander sa main... — Àh I mon cher « oncle... vous voudrez donc bien?... — Parbleu, est-ce « que j'ai l'habitude de ne pas vouloir ce qui te plaît ?.. . « — Mais ce mariage avec ce colonel?... — C'est un conte « inventé par mon vieil ami, je ne sais pas trop pourquoi; « mais enfin il est venu me trouver et m'a supplié de le « laisser dire cela : il a bien fallu le laisser agir, quoique «je ne comprenne rien à tous ces mystères , et qu'il me « semble que lorsque deux jeunes gens s'aiment et se con- <t viennent , il n'y a pas besoin de marches et de contre- « marches pour les marier. N'importe; Montre vil Je a sa « tactique, dont il ne veut pas s'écarter. Ne va pas dire « cela à Frédéric surtout, car son père m'en voudrait ; « mais à son retour, qui doit être prochain , je mets Un à « ces mensonges , et je t'unis à ton amant , qui finirait « par se rendre malade à force de soupirer. »

Constance embrasse son oncle et le quitte , encore embellie par la certitude du bonheur. Bientôt Frédéric revient près d'elle et s'informe avec inquiétude de ce que lui a dit le général.

Constance tâche de dissimuler sa joie ; la femme qui aime le plus n'est pas fâchée quelquefois d'inquiéter un peu son amant , car dans les tourments qu'il éprouve elle voit de nouvelles preuves de son amour.

« Eh bien ! » dit Frédéric avec impatience , « vous ne « me répondez pas ? Vous avez cependant parlé à votre « oncle au sujet de ce mariage... Est-il vrai qu'il en ait « conçu le projet?... < — Mais oui , il songe à me ma- « rier... — J'avais donc raison ! » s'écrie lé jeune homme en faisant un bond qui fit trembler Constance ; « il y

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