‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 46 sur 54 · LE MABIAGB SB FAIT · texte numérisé non relu

LE MABIAGB SB FAIT

« pense ; on m'avait dit la vérité... Hais on ne vous ra- « vira pas à mon amour... — Mon ami.», calmez- vous... « — Que je me calme quand on veut vous marier !..» « Constance, si votre oncle estun tyran, je vous enlève... « Nous fuyons ensemble au bout du monde !... au bout « de f univers 1... Vous , vous seule suffirez à mon bon- « heur!... Ce soir, si vous y consentez, nous partirons... « Gomment, mademoiselle, vous riez en voyant mon dé* « sespoir !... — Ah ! Frédéric, quelle mauvaise tête vous « avez 1 — Ah ! mademoiselle veut me donner mainte- « nant des leçons de sagesse... Il me semble que ce,ma- « riage ne vous afflige pas beaucoup.,. C'est donc comme « cela que vous m'aimez?... — Méchant!... quel repro- « che !... Ah ! mon ami , parce que mon amour est plus « tranquille que le vôtre , ne croyez pas qu'il ait moins « de force. — Mais ce mariage que projette votre once cle ? — Et si c'était avec vous , monsieur , qu'il son- « geât à me marier !... — Avec moi !... »

Tous les traits de Frédéric s'animent d'une expression nouvelle , et Constance pose un doigt sur sa bouche en lui disant : « Chut !. . . silence , mon ami , mon oncle m'a- « vait bien défendu de parler... mais puis- je vous voir « longtemps de la peine?... — Quoi ! Constance , il se « pourrait !... Ah ! quel bonheur ! votre oncle est le meil- « leur des hommes !... ah ! laissez-moi aller me jeter à «ses pieds... — Non pas vraiment!... pour qu'il me « gronde... Mais je ne pourrai donc jamais vous rendre « raisonnable? Asseyez-vous là, monsieur, auprès de « moi... — Mais enfin quand donc pourrai-je lui dire « que je vous aime ? — Au retour de votre père... il ne « tardera pas sans doute. Savez-vous s'il est allé bien « loin ?... — Mais... non... je ne crois pas... je ne suis « pas certain... — Eh bien , mon ami , vous voilà tout « pensif... — Moi , non , je vous jure. — Tant que nous

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« n'avons pas été certains de notre bonheur , je vous ai « pardonné ces airs rêveurs, ces moments de tristesse « qui vous prennent quelquefois auprès de moi ; mais « songez bien , monsieur , que je ne veux plus de ces mi- « nés- là... Mon ami , vous n'avez pas de chagrins , pas « de peines secrètes que vous ne puissiez confier à Con- « stance, n'est-il pas vrai ? — Non , sans doute! — Pro- « mettez-moi que vous me direz tout.. . tout absolument , « que j'aurai votre confiance entière. 1 .. Est-ce que deux « époux doivent se cacher quelque chose ?... — Oui , « ma chère Constance , je vous le promets , je vous dirai « toutes mes pensées. »

Frédéric ment un peu en ce moment , mais ce mensonge est excusable , et dajis cet instant une confidence entière ne causerait pas un grand plaisir à Constance , qui est persuadée que son amant ne songe qu'à elle , et qui , malgré son air calme , sa douceur et sa confiance , aime trop éperdument Frédéric pour ne pas être susceptiblede jalousie, sentimeut qui, chez les femmes , est presque toujours adhérent à l'amour.

Le comte de Montreville revient à Paris après une absence de près d'un mois. En toute autre circonstance Frédéric aurait été surpris de la longueur d'un voyage qui pouvait être terminé en quinze jours , mais près de Constance il ne s'est pas occupé de cela. Cependant , en revoyant son père , tous les souvenirs du Dauphiné reviennent à son esprit , il demeure embarrrssé devant lui , il voudrait et n'ose le questionner.

De son côté , le comte ne paraît pas le même qu'avant son départ : comme s'il était fortement préoccupé d'un événement récent , il est souvent rêveur-, pensif, et , en regardant son fiis , semble aussi craindre et désirer une explication. Enfin Frédéric se hasarde le premier à questionner son père, et, contre son attente , celui-ci , en lui

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