‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 47 sur 54 · LE MABIAGB SB FAIT · texte numérisé non relu

LE MABIAGB SB FAIT

répondant , n'a plus ce ton sévère , cet air froid qu'il prenait autrefois en abordant ce sujet.

« Vous avez été en Dauphiné, » dit Frédéric , « vous « avez été à Vizille?... — Oui , » dit le comte , « j'ai par- « couru les environs de ce village... le bois dans lequel « vous avez séjourné si longtemps... — Et... vous avez « vu cette... jeune fille ? — Non ,je ne l'ai point vue ; « depuis quelques jours elle avait quitté sa chaumière , « qu'un vieux pâtre seul habitait. — Quoi ! sœur Anne « n'est plus dans sa retraite î... se pourrait-il ?... et Mar- « guérite?... — La vieille femme est morte depuis plu- « sieurs mois. — Sœur Anne est partie... pauvre petite 1... « que peut-elle être devenue ?... dans sa situation com- « ment pourra-t-elle se conduire... se faire comprendre? « Ah ! malheureuse!...

« Que voulez-vous dire ? » s'écrie le comte en fixant sur son fils des yeux où se peignait l'expression du plus vif intérêt , « quelle est donc la situation de cette jeune « fille?... qui la rend tant à plaindre?... répondez , Fré- « déric ! — Mon père... sœur Anne depuis l'âge de sept « ans a perdu l'usage de la parole... un événement af- « freux, une frayeur épouvantable ont ôté à cette pauvre « petite la possibilité de se faire entendre.

« Grand Dieu ! » dit le comte vivement frappé de ce qu'il vient d'apprendre , «c'est elle!... je l'avais de- « viné!...»

Mais Frédéric n'a point entendu les derniers mots que son père vient de prononcer. Il est tout occupé de sœur Anne , qu'il croit voir errante sans secours , sans abri , au milieu des bois , des campagnes ; repoussée dans la plupart des auberges , et partout en proie à la misère et au malheur. Il songe que tout cela est son ouvrage , que s'il n'avait paseherché à inspirer à cette jeune fille une passion violente , elle aurait vécu tranquille dans le fond

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de sa retraite , ne désirant point des plaisirs qu'elle ne connaissait pas , et ne se créant point un bonheur , une existence différente. Dans ce moment les remords accablent Frédéric , et il se reproche vivement sa conduite avec nne femme dont il a cessé d'être amoureux , mais qui lui est toujours chère.

Depuis longtemps le comte et son fils étaient plongés dans leurs réflexions. Le comte rompt enfiu le silence en s'adressant à Frédéric d'une voix émue :

« Rassurez- vous sur le sort de cette jeune fille... je « l'ai retrouvée. — Vous l'avez retrouvée , mon père , se « pourrait-il ?... — Oui , dans une ferme , aux environs « de Grenoble. Je l'y ai laissée. . . et j'ai fait en sorte de la « mettre à l'abri de la misère... — Mais comment ?... « vous ne pouviez la connaître... '—Son malheur , sa • jeunesse... elle m'intéressait vivement... quelque chose « me disait que c'était la personne que je cherchais , je « n'en doute plus depuis que vous m'avez dit qu'elle est « muette. Je vous le répète, ne vous inquiétez pi us de son « avenir; je l'ai laissée chez debonnesgens, qui l'aiment, « et où elle sera bien ; j'aurai soin d'ailleurs de veiller sur « son sort. »

Le comte se garde bien de dire à son fils son aventure dans la forêt et tout ce qu'il doit à sœur Anne; en apprenant qu'elle lui a sauvé la vie , il craint que Frédéric ne sente se rallumer pour elle son premier amour ; il ne veut pas surtout que Frédéric sache que la jeune muette est sur le point d'être mère ; cette connaissance pourrait déranger les projets qu'il a formés. Enfin le comte , quoiqu'il s'intéresse maintenant à sœur Anne et se promette d'assurer son existence et celle de son enfant, n'en désire pas moins voir s'accomplir le mariage de son fils avec la nièce de son vieil ami , et , pour cela Juge très nécessaire de cacher tout ce qui a rapport à la pauvre orpheline.

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