‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 48 sur 54 · LE MAHIAGE SB FAIT · texte numérisé non relu

LE MAHIAGE SB FAIT

En arrivant à Paris il a expressément défendu à son domestique de parler de l'aventure de là forêt et de la jeune femme qu'ils ont laissée à la ferme.

L'assurance que son père vient de lui donner, quesœur Anne était entourée de bonnes gens et désormais à l'abri du besoin , a calmé le chagrin de Frédéric. En amour, les remords ne durent guère , et le sentiment nouveau est toujours là pour chasser les souvenirs de l'ancien. C'est auprès de Constance que le jeune homme va oublier entièrement la pauvre fille des bois , c'est en faisant de nouveaux serments d'amour qu'il perd le souvenir de ceux qu'il a faits à une autre.

Le retour du comte de Montreville doit amener le prochain mariage des jeunes gens. Frédéric le désire, Constance l'espère , et le général le veut , parce qu'il trouve qu'il ne faut pas laisser les amants soupirer longtemps.

Tout le monde est d'accord : quel obstacle pourrait retarder le bonheur des deux amants ? Le mariage est arrêté. Le général se fait une fête de danser à la noce de sa nièce , quoiqu'il n'ait jamais dansé de sa vie; le comte ne désire pas moins saluer Constance du doux nom de fille; et les amants... ah ! vous savez bien ce qu'ils désirent ; cela se devine, mais cela ne se dit pas.

Tout occupé de son prochain bonheur, Frédéric n'a plus que bien rarement de ces souvenirs qui donnaient à ses traits une expression de tristesse ; quand par hasard il lui échappe un soupir, un regard de Constance éloigne aussitôt ces pensées données à d'autres temps. Mademoiselle de Valmont est si aimable , l'approche du bonheur la rend si belle, qu'il est impossible de ne point l'adorer.

Enfin est arrivé ce jour qui doit unir Frédéric et Constance. Le comte de Montreville est tellement satis-

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fait , qu'il permet à son fils d'inviter à son mariage toutes les personnes qu'il désirera. Frédéric ne se connaît point de meilleur ami que Dubourg, qui, au milieu de ses folies, lui a souvent donné des preuves d'un véritable attachement. D'ailleurs , depuis que Dubourg a hérité de sa tante , il est devenu beaucoup plus raisonnable. A la vérité il est toujours gêné vers le milieu du mois , mais il n'a pas hypothéqué son revenu , et a remplacé l'écarté par le domino , jeu où l'on s'échauffe beaucoup moins.

Ménard n'est pas non plus oublié; le bonhomme aime tendrement Frédéric; il a été un peu trop indulgent dans le voyage, mais le comte a pardonné cela ; et d'ailleurs le préeepteur a toujours eu les meilleures intentions. Quant à son penchant pour la table, dans le monde cela passe souvent pour une qualité.

Constance est parée avec goût et élégance, mais on ne peut s'occuper de sa toilette en voyant ses grâces et sa beauté , car le bonheur, qui embellit tout, ajoute encore aux charmes d'une jolie figure. Les hommes ne peuvent que l'admirer ; quant aux femmes , elles voient d'un coup d'oeil toutes les parties du costume, et pourraient, au besoin , nous dire comment est placée chaque épingle, et combien de plis la robe fait par derrière et par devant; notre perspicacité n'ira jamais jusque là.

Frédéric est rayonnant d'amour; il ne perd pas Constance de vue , c'est le plus sûr moyen de n'avoir aucun fâcheux souvenir ; Frédéric est fort bien aussi , sa figure est noble et douce , et si les hommes admirent Constance, les dames ne la plaignent pas d'épouser Frédéric.

Le général et le comte éprouvent la satisfaction la plus vive d'unir leurs enfants. Dans sa joie , M. de Valmont est plus gai , plus expansif que le comte de Montreville ; mais celui-ci sourit atout le monde, et , pour la première fois, il a embrassé tendrement son fils.

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