‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 8 sur 54 · PROJETS DE VOYAGE. SS · texte numérisé non relu

PROJETS DE VOYAGE. SS

« nange. Enfin, mon cher, j'ai joué, et j'ai perdu tout ce « que je possédais ! Je ne savais vraiment plu» que de» «venir!... J'ai penaéàtoi, je connais ton amitié; je ne « comptais d'abord te voir que demain ; mais, tout étant « en l'air dans cette maison , j'ai cru que je pouvais fat» « tendre ici, où j'ai fait un somme pendant qu'on te « soufflait ta belle.

« — Mon pauvre Dubourg 1... — Oh 1 oui, bien « pauvre en effet ! — Écoute... il me vient une idée. — « Voyons ton idée. — La vie de Paris m'ennuie... — « Elle m'ennuiera bien davantage, moi qui n'ai plus le « sou ! — La vue de ces femmes coquettes méfait mal I .. « — Oh 1 c'est fait pour cela i — Je veux fuir les infl- « dèles ! — Je ne sais pas trop où tu pourras aller ! — « — Ces sociétés où Ton cause sans rien dire , où l'on se « connaît sans se lier, où l'on se rend plutôt par désœu- « vrement que par plaisir, tout cela me déplaît. Je ne « vais dans le monde que depuis deux ans et demi , et «j'en suis déjà fatigué; enfin, voici mon projet... — « Est-ce que tu veux te faire ermite ? — Non , mais je « veux quitter Paris pour quelque temps; je veux voya- « ger, parcourir divers pays : c'est de cette manière , « c'est en comparant les mœurs, les usages des habi- « tants de ce globe ; c'est en admirant les merveilles , les « beautés de la nature, que l'on se forme l'esprit, le « jugement , que l'on agrandit ses connaissances , et que « le cœur éprouve des jouissances qu'il ne pourrait trou- « ver dans ces réunions formées par la mode , l'étiquette « et le désœuvrement.

« Supérieurement pensé ! » dit Dubourg en se levant de sa bergère ; « il faut voyager, mon ami , il n'y a rien « de plus utile pour la jeunesse. Mais quand on voyage « seul on s'ennuie ; on n'est heureux qu'à demi lorsque « l'on n'a personne à qui l'on puisse communiquer les

« sentiments que font naître un site enchanteur, un mo- « uutnent antique, une ruine imposante !... D'ailleurs , « tu es trop Jeune pour courir seul le monde ; il te faut

• un compagnon sage , éclairé , expérimenté surtout ; eh « bien ! mon ami , je m'offre pour être ton Mentor. — « J'allais te le proposer, mon cher Dubourg. — Parbleu , « c'est avec grand plaisir !... Mais n'as-tu rien qui të

* retienne à Paris ? — Oh ! rien du tout , pas même un

• lit de sangle 1 — Peut-être quelque attachement dé « coeur ? — Oh 1 pour des attachements , je ne suis pas « comme toi , moi 1 J'en ferai tout le long de la route; « ou , pour mieux dire , je n'en ferai plus. C'est fini , je « veux être sage , rangé ; tu seras édifié de ma conduite. « — Allons , mon cher Dubourg, voilà qui est décidé ,

* nous voyagerons ensemble.

« Ah çà ! il n'y a plus qu'une petite difficulté : et ton « père , s'il ne veut pas que tu voyages ? — Oh ! je né « pense pas qu'il s'y oppose ; je lui ai déjà dit quelques « mots à ce sujet, et 11 a paru au contraire m'approuver. « — Alors tout va le mieux du monde ; mais lui diras-tg « que tu m'emmènes ? — Pourquoi pas ? je dirai qu'un « de mes amis , voyageant aussi , pourra m'accompagner «quelque temps... — ■ Soit! arrange tout cela pour lé « mieux ; si cela est nécessaire , tu me présenteras à tort «père, qui ne me connaît qu'imparfaitement, et tu « verras comme je sais me donner un air noble et impo- « sant. Surtout ne parle pas de l'argent de ma tante , de « la petite Delphine , de mon prétendu mariage et de mes « trois jumeaux... — Sois tranquille. — Quant à ma « famille , si elle n'est pas noble , cela ne l'empêche pas « de valoir celle du comte de Montrevilte , et d'être fort « considérée en Bretagne. — Eh ! mon Dieu , je sais tout « cela. — Ce n'est pas pour toi que je le dis , c'est pour « ton père. Ainsi , voilà qui est convenu ; il est déjà

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