‹ Soeur Anne (volume 2)Chapitre 9 sur 54 · PROJETS DE VOYAGE · texte numérisé non relu

PROJETS DE VOYAGE

« grand jour; j'ai assez dormi , mai» ta a* besoin de « repos. Couche-toi ; dans la journée ta parleras a ton ■ père, et In viendras me rendre réponse. Je t'attendrai « sur tes six heures an calé de la Rolande. — C'est en* « tendu. — Ah 1... J'oubliais 1... Prête-moi one douzaine « de louis; je t'en dois déjà une trentaine; mais nous « compterons au premier envoi de ma tante* ~ C'est « bien 1. .. Eh ! entre amis , est-ce que Ton doit eomp- « ter !... — Ah î mon cher Frédérie, il n'y a pas beau* « eoop d'amis comme toi. »

Dubourg met dans sa poche les dix fouis que lui présente Frédérie; pois laissant ce dernier se livrer au repos , il sert de l'hôtel en fredonnant un couplet nouveau , et va se promener sur les boulevards , aussi content que sfl venait d'être nommé à un emploi de douze mille francs où il n'y aurait eu rien à faire.

Bans le courant de la journée, Frédéric se présente ébez son père. Il tremblait un peu en abordant le comte de Montreviile , qui , loin d'aider la confiance de son fils , attendait en silence qu'il lui expliquât ce qu'il désirait de toi.

Frédéric, après avoir salué son père avec respect, commence son discours, dans lequel il s'embarrasse quelquefois , parce que- les yeux du comte, constamment attachés sur sa ligure, semblaient vouloir Hre au fond dé sa pensée. 11 s'explique eependant , et attend avec crainte la réponse de>son père. Celui-ci parait réfléchir, et garde quelque» minutes le silence : Frédéric n'ose le rompre... Enfin le comte lui adresse la parole.

« Vous voulez quitter Paris , Frédéric ? — Oui , mon * sieur le comte-. — Vous êtes déjà las des plaisirs. . , des « bals. . . des sociétés. . . C'est de bonne heure. »

Frédéric soupire et se tait. Le comte laisse échapper on sourire iron'que eu ajoutant : « Vous ne dites pas

Sn SCEUH ANNE.

« tout.* Avouez que quelque dépit amoureux... » Frédéric baisse les yeux et rougît. Le comte poursuit d'un ton plus doux : « Allons , tout cela est de votre âge. « Voyagez , j'y consens; cela ne peut que servir à votre « Instruction. Si cependant votre présence me devenait « nécessaire , j'espère que rien alors ne retarderait votre « retour. . . — Oh ! mon père , un seul mot et je serai près «de vous... — C'est bien; j'y compte. — Un de mes «amis... un jeune homme... nommé Dubourg, d'une « ancienne fiunille de Bretagne , se dispose aussi à voya- « ger quelque temps... Si vous le permettez, je me join- « drai à lui... — Non, monsieur, je ne le veux point; « j'ai entendu parler de ce monsieur Dubourg, que vous « nommez votre ami; et quoique je ne l'aie aperçu avec « vous que deux ou trois fois , je le connais assez pour ne « point vouloir qu'il soit le compagnon de voyage de « mon fils. Sa famille est honnête Je le sais ; mais M. Du- « bourg est, dit-on, un fort mauvais sujet... — Mon « père, je vous assure... — Ne m'interrompez pas, mon- « sieur. Je ne puis à Paris vous empêcher de vous trou- « ver avec de pareils étourdis; mais lorsque vous devez « voyager pour vous instruire et mûrir votre raison , je « vous le répète, ce n'est point avec un monsieur Du* « bourg que vous devez parcourir le monde. Je ne veux « pas non plus que vous emmeniez Germain ; ce valet « se dérange depuis quelque temps. D'ailleurs , il faut « en voyage savoir se passer de valets. Avec votre ar- * gent , vous en trouverez partout où vous vous arrêterez. « — Je partirai donc seul, mon père? — Non , vous « n'avez pas encore vingt et un ans, vous êtes trop « jeune pour être livré à vous-même. Attendez... oui... « voilà l'bomme qu'il vous faut ; M. Ménard vous ac- « compagnera. — Quoi... monsieur le comte... mon «précepteur? — Il ne l'est plus depuis longtemps, et

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