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un soupir... à la ^aitresse du logis? non pas^ mais au vieux pomard de sa cave.
Cependant il passe yite, car il craint encore la rencontre de ce maudit Durosey, dont la présence semble avoir causé tous ses malheurs. En débouchant un petit sentier qui même à la grande route, Dubourg se trouve presque nez à nez avec le vieux Lunel, qui retournait chez son maître, conduisant un âne chargé de différons objets qu'il Tenait d'acheter à Grenoble. Dubourg se hâte d'enfoncer son chapeau sur ses yeux et de marcher la tête baissée , ne se souciant pas d'être reconnu par le jockey de M. Ghamberlin. Mais en avançant , il Ta se jeter contre l'âne qu'il manque renverser. «Tu ne « vois donc pas clair , imbécille, » dit Lunel; a la route est assez large et il Tient se jeter sur 1 cet âne... ))
Au mot imbécille , Dubourg , qui n'a jamais aimé le Tieux jockey , lequel pendant son séjour chez M. Chambertin ne Ta servi qu'avec humeur, cherchant toujours à lui faire des méchancetés , ainsi qu'à Ménard ; Dubourg qui n'a pas oublié les coups de fouet que monsieur
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lliommedeconfianceadistribuésà ses deux petits Polonais, se retourne brusquement et applique trois coups de son bâton noueux sur les fesses de Lunel. Celui-ci se retourne en criant : cAu secours! auvoleur!... i Et comme le mou- Tement que Dubourg Tientde &ire a relevé son chapeau , le domestique reconnaif ses traits et crie déplus belle : C'est ce méchant palatin qm m doit quatre cents francs à son traiteur... C'est
> ce &UX baron qui fakait voir des chandelles 1 romaines à madame et des croissans à mon-
> sieur... Peste, il n'est pas si pimpant main- )> tenant!...
» — Te tairas-^tu , drôle! * dit Dubourg en levant de nouveau sa canne sur Lunel. . — Pour- € quoi me battez-vous? — Je ne fais que te » rendre ce que tu as donné à mes gens : il y a » long-temps que je te devais cela. — Vos » gens... vos gens;... ils étaient gentils... C'est » là mon pourboire , parce que mon maître vous » a hébergé pendant un mois, avec votre savant D qui mangeait comme six. — Si j'ai fait à ton » maître Thonneur de loger chez lui , de quoi » te mêles-tu, faquin, d'y trouver à redire?
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1 — Oui.... il est joli rhonneur que vous lui )) avez j&dt... — Prends garde que je ne recom- » mence... n
Dubourg tenait encore sa canne levée. Le vieux jockey se décide à filer doux. U se tait et cherche des yeux son ime pour continuer son chemin; mais l'animal a disparu pendant la dispute de ces messieurs ; il s'est enfoncé dans le fourré qui borde la route et on ne le voit plus.
cAh! mon Dieu!... mon âne!.. Où est mon » âne? 1 crie Lunel en regardant de tous c6tés avec inquiétude, c — Ma foi , je n'en sais rien. » Cherche ton âne, je continue mon voyage.
1 Tu feras bien des complimens de ma part à » ta maîtresse, et tu diras à ton maître que si 1 jamais il vient me voir à Paris, je lui ferai » une petite réception en artifice. »
Lunel n'écoute pas Dubourg; il court à droite et à gauche de la route en appelant : ((Made« 1 Ion... Eh! Madekm... » Il s'enfonce dans un sentier couvert. Dubourg le perd de vue et se remet en marche en riant de cette rencontre.
U y a prés d'une demi^heure qu'il a quitté Lunel , et il est alors au bout d'un chemin qui
donne dans une plaine , lorsqu'en sortant du sentier , il aperçoit, à une \ingtaine de pas de lui , Madelon qui marchait au petit trot , avec son fardeau sur le dos , suivant librement les chemins qui lui plaisaient y et s'arrétant de USmps à autre, pour manger un chardon ou quelques ronces sauvages.
c Parbleu! voilà une aventure singulière , »
dit Dubourgen s'approchant , (( cet animal me )) serait-il envoyé par la Providence ! preoons- 1 garde pourtant, la justice pourrait trouver » mauvais que je reçusse des cadeaux de la Pro- » vidence. Cependant, je n'ai point détourné » cette ânesse de sa route... Est-ce ma faute si » elle a quitté son maître? Commençons, mal- 1 gré cela , par tâcher de la lui rendre. »
Dubourg retourne de quelques pas dans le bois qu'il vient de quitter, et se met à appeler de toute sa force : «Lunel!... holà! Lunel!.... » voici votre bourique... »
Personne ne répond. Dubourg appelle inutilement. Las enfin de crier, il retourne vers l'âne en se disant : <jl U me semble que j'ai fait D tout ce que j'ai pu , et ma conscience corn-
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» menceà être plus calme. Je ne puis pas re-
• toutnerde près d'une demi-lieue... Je n ai » pas envie de me présenter de nouveau chez 1 niion ami Chambertin... qui n'est plus mon ))ami. Voyons, cependant, ce que porte cette ))ânesse;.... mais il n'est pas probable que. ce )) soient des objets bien précieux. »
Dubourg commence l'inventaire des deux paniers qui sont recouverts d'une grosse toile grise. Dans l'un il trouve deux seringues, l'une à mécanique , étiquetée : Pour Madame; la seconde sans mécanique : Pmir Monsieur ; plus, une grande boite contenant plusieurs fioles et d'autres petites boîtes de carton. « Oh !
• oh ! c'est une boutique d'apothicaire que j'ai )) trouvée là , dit Dubourg; mais voici un grand )) papier... Ah ! c'est le mémoireacquitté; cela
N » tkidâiedoiiner cûtmaissanéedes objets ; lisons: )) Fôtfrni '][)iarDàrdanus', apothicaire à Grenoble: )) pour i!)(mdame Ghiambèrtiïi. — Ah ! voyons un » peul -^'Dfe? l'bfJiàt |>(mt^ lès kiteiits , ï>ibmmade 1 pour le6getlé^éà*,i!iro}é{ibb de rouge s^per- » fin , pâte d'amande liquide, huile de Màcassâr » pourtdiùUte les éheveiix/{)dnimadé d'oursin
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» pour l6s empêcher de tomber, extrait de phi- )) locomepour les conserver, essence de Yénus » pour adoucir la peau , rouge au yînaigre » pour le soir, bleu végétal pour se faire des )) veines.
» Ah! mon Dieu ! dit Dubourgens'interrooH 1 pant , c'est fort heureux qne je n'aie pas » trouvé ce mémoire^là un jour plus tôt ; car > cela m'aurait ôté le courage de dire de jolies » choses à madame Ghamb^n. Poursuivons:
)) des pastilles laxatives , des pilules émoUien- 1 tes , des tablettes adoucissantes. — Diable ! )) il parait que madame est bien échauffée ! — . 1 Deux livres de chocolat de santé. — Ah ! ceci 1 est meilleur. Voyons monsieur maintenant :
)» Trois cents pois à cautère. — Ah ! le coquin; 1 c'est cela qu'il a le teint si frais. — Trois 1 bouteillesd'eaude Barbes, pommadepour les » cors, onguent pour les clous, pastilles auca- )>chou, menthe, conserve d'ache, pilules as-i ttri^eates, tablettes toniques.. Il parait, q^Q^ » XQcmsieufr çst,; rejâçh^^ Cest; tf}^'^*,.- Jf9S0^s- • l>u|r^/p^|[;-]Pi . . , ,, ,... .. ,;i.sj. , ^a .
Il^uyp^4'^r4 i^n,pftrton,,c9f|}sBanyw«
SO SOBUR
perruque parfaitemept frisée et bouclée, que madame met , sans doute, les jours o£l elle n'a pas le temps de préparer ses cheveux. Plus , une tête de bois destinée à supporter la perruque lorsqu'elle ne sert point. Enfin , une paire éd bottes à l'écuyère et des gants de daim.
« Ha foi, je ne retournerai pas à Allei^ard 1 pour des seringues et des pilules, ift dît Dubourg après avoir terminé son inventaire, (( monsieur et madame se passeront quelques 1 jours des objets qu'ils attendent... Je prends ]> possession.... quoique je ne sache pas trop )) ce que je ferai de toutes ces drogues.... Eh )) mais! quelle idée... Parbleu, voilà mimoyen » d'utiliser cette boutique et de voyager sans » toucher à ma bourse , qui n'est pas considé- )) rable ! et qui sait , si je ne Tais pas faire ma » fortune... Allons, le sort enest jeté; j'ai été » baron , palatin , comédien , j'ai &it même la » bête sans m en douter; je ferai bien le char^ 1 latan : c'est le métier le plus facile, le rôle le » plus aisé à jouer, pour peu que l'on ait de 1 l'esprit , de laudace et du batâl, et j'ai tout » oela... He voici donc charlatan... Eh Iquine
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9 Fesl pas dans le monde ! chacun le fait à sa
> manière. Les gens en place aTCC les sollici- » teurs, les spéculateurs aTec les capitalistes , » les fripons avec les sots; leshommes à bonnes » fortunes avec les femmes , les coquettes avec » leurs amans , les débiteurs avec leurs créan* » ciers, les auteurs avec les acteurs , leslibrai- » res avec les lecteurs , et les marchands avec » tout le monde. Moi , je suis de ceux qui gué- D rissent tous les maux , qui les préviennent y » qui les devinent; enfin, je suis un second Ga-
> gliostro ; j'ai la pharmacopée universelle ; je I» n'ai point de compère , j'agis sans fraude; j'ai » trouvé mille secrets, dont un seul suffirait » pour faire la fortune 4'un homme, et je vends » des pilules pour deux sous, parce que je suis » philanthrope. i>
Bien décidé à cette nouvelle folie , Dubourg entre avec son âne dans un taillis épais. Là, il commence par ôter ses bottes de palatin, qui étaient fort usées, et les jette dans le bois ; il met à la place les grandes bottes à l'écuyéré qui lui montait jusqu'à moitié de la cuisse, afin que, dans le marchand d'onguent on ne
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reconnaisse pas le baron Potoski; il enfonce sur sa lête la perruque blonde bouclée destinée à madaiihe Ghambertin, après ayoir eu soin de nouer les chcTcux de derrière et d'en former une queue à la ptussienne; il se barbouille les joues, le front et le menton derouge superfin^ pui3 , montant sur la croupe de Madelon , et ayant deyant lui les deux paniers qui contenaient sa boutique ambulante, il se remet en route, aiguillonnant son coursier ayec sa caiine qui lui sert de houssine.
La mine singulière de Dubourg , sa figure ombragée de belles boucles blondes , cette longue queue qui tombait sur son dos, ses grandes bottes qu'il tenait en arrière, parce que les paniers le gênaient beaucoup^ enfin , sa pose majestueuse sur son âne attiraient les regards de tous les yillageois. Ils s'appelaient l'un l'autre pour le voir. Les paysans se mettaient sur leur porte ou à leurs fenêtres pour le regarder passer, et quelques petits garçons le suivaient quelquefois par derrière. Dubourg saluait à droite et à gauche d'un air de bienveillance, en criant à haute voix : c Mes enfans, avez-vous quel-
A^nz.
» quesmaux, quelques douleurs 'de pieds ou )) d'oreille, faites-vous de mauvais rêves , souf-
» frez-vousen dormant avez- vous reçu des
» coups, êtes-vous aveugles, borgnes, sourds, > muets, paralytiques, approchez... saisissez » l'occasion ! je suis le grand réparateur , le )) grand guérisseur, le grand opérateur.... Hâ- )) tez-vous de profiler de mon passage dans ce )) pays ; je n*y reviendrai que dans trente ans ; »et il est probable que je ne vous y retrouverai » pas tous. Venez, mes amis, je guéris tout, je » fais tout.... même des enfans, quand on les » conmtiande d'avance. 11 n'y a que les dents que » je i^'arrache pas ; mais je donne une eau qui 9 les fait tomber, et ceta revient au même. ))
Les paysans sont généralement crédules ; à ce discours , quelques-uns approchaient deDubourg, et, après avoir ôté respectueusement leur chapeau, ou fait une révérence, ils allaient lui conter leurs m^ux. Quand l'assemblée était nombreuse , Dubourg tirait de son panier sa seringue à mécanique qu'il avait remplie avec de l'eau de Barèges ; puis il seringuai^ au loin , et les villageois étaient obligés de se
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boucher le liez; mais ik restaient, parce que la se ringue merveilleuse jouait Fair : Avec les j'eus dans le village , et que Dubourg disait : c Mes enfans, c^tte seringue magique me vient'
> de la sultane favorite du Soudan d'Egypte.
)) Elle joue trois cents airs. Mais, comme elle a » des caprices , aujourd'hui elle jouera tou- » jours le même. Cette eau merveilleuse qui en » sort... et qui ne sent pas Tesseçce de rose,
> est un remède prompt et souverain pour les
> femmes qui ont des C/oliques. Je donne quel-
> quefois moi-même de ces remèdes , mais il )) faut que je choisisse les personnes , car cette )) seringue-là ne va pas à toutes les figures. »
Après ce discours, Dubourg écoutant les plaintes de chacun , fouillait dans sa pharmacie , distribuant des drogues au hasard , mais les vendant avec assurance, en promettant qu'on en éprouverait bientôt les effets. Il donnait à une nourrice de la pâte d'amande li— quide ; à un fiévreux , des pastilles de cachou ; pour un rhume, des boulettes qu'il avait faites avec i'onguentdestiné'aux cors;\)our un asthme, de l'huile de Macassar ; pour une fluxion , de