‹ Soeur Anne (volume 3)Chapitre 15 sur 38 · ARRI · texte numérisé non relu

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la pommade d'oursin; et pour les maux d'estomac, du rouge au vinaigre.

Après cette belle équipée , il piquait Made- Ion et se hâtait de s'éloigner- de ses malades. En effet, à peine était-il à une demi-iieue, que les pauvres gens éprouyaient les effets de ses remèdes. Les uns se tenaient le yentre , les autres avaient des nausées ; ceux-ci éprouYaient un violent mal de tête, ceux-là ne pouvaient supporter le goût de la drogue qu'ils avaient avalée; et quelques-uns couraient après le diarlatan qu'ils.traitaient de filou. Mais celtii-' ci ne les attendait pas. Heureusement que , par prudence, il ne distribuait ses remèdes qu'en très-petite quantité, ce qui empêchait qu'ils n'eussent des suites graves.

Dubourg avait soin de ne guérir personne dans les endroits où il s'arrêtait pour manger ou pour coucher. Après avoir fait ainsi une quarantaine de lieues en quinze jours, parce que le grand guérisseur, s'arrétant pour faisb ion commerce, et sa monture n'allant qu'au très-petit trot , il ne pouvait pas avancer fort vite; Dubourg se trouve devant une ferme

considérable. Il y avait long-temps qu'il n'avait rien vendu , car , plus il approchait de la capitale , et moins il trouvait Je gens crédules. Sa fortune ne s'était .pas augmentée. Il mangeait régulièrement le soir ce qu'il avait gagné dans la journée ; et , quand la recette était bonne , il faisait grande chère, satisfait de ne point toucher à sa bourse de réserve.

L'aspect de la ferme engage Dubourp: à s'arrêter. N'ayant ni trompette , ni cor de chasse , il se sert, pour s'annoncer, de sa seringue à mécanique, et s'accompagne en battant la mesure avec sa canne sur la tête à perruque. Les habitans de la ferme arrivent. Parmi les personnes qui accourent, Dubourg remarque une jeune fille rose, fraîche, à l'œil mutin, au pied mignon , dont il a grande envie de devenir le médecin.

Quelques grosses filles de basse-cour se font donner des onguens pour la fièvre et les maux d'aventure. Quelques paysans reçoivent des pastilles de menthe et de cachou pour le mal de dents ; mais tous regardent avec étx)nnement celte seringue merveilleuse qui fait de la rau-

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sique , et la tête à perruque qui parle quand il tait de l'orage , à ce qu'assure l'opérateur.

La jolie paysanne est la fille du feimier, qui est alors absent. Auprès d'elle est sa tante, bonne Tieille qui croit aux rêyes, aux cartes, à la magie, aux revenans, aux talismans et aux sorciers. Elle s'est empressée de venir consulter Dubourg, parce que depiiis trois jours elle s'endort sur le dos et se réveille |ur le ventre , ce qui lui semble fort extraordinaire, a Je vais » vous donner quelque chose qui vous empê- » chera de changer de position , » dit notre charlatan à la vieille, tout en lorgnant la jeune^ c ce sont des pastilles qui me viennent d'un )> habitant de la côte de Guinée , qui dormait » quelquefois huit jours de suite sur l'oreille > gauche. Mais jbh n'en prenant que modéré- » ment, on pasâ;^ une nuit d^icieusd^ et on )) fait des rêves charmans ! . . des rêvas diVlns ! . . »: des rêves de quinze ans... C'est si agréable )y qu!on ne voudrait plus se réveiller. Enfin , »^ ma chère dame, quand on a pris de cela, on » est certain de rêver de telle personne que » l'on veut ; il ne faut pour cela que faire le

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