‹ Soeur Anne (volume 3)Chapitre 26 sur 38 · UB · texte numérisé non relu

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rera. Frédéric ne se connaît point de meilleur ami que Dubourg , qui , au milieu de ses folies, liii a souvent donné des preuves d'un véritable attachement. D'ailleurs , depuis que Dubourg a hérité de sa tante, il est devenu beaucoup plus raisonnable. A la vérité il est toujours gêné vers le milieu du mois , mais il n'a pas hypothéqué sou revenu et a remplacé l'écarté par le domino, jeu où l'on s'échauffe beaucoup moins.

Ménard n'est pas non plus oublié , le bon homme aime tendrement Frédéric; il a été un peu trop indulgent dans le voyage, mais le comte a pardonné cela, et d'ailleurs le précepteur a toujours eu les meilleures intentions. Quant à son penchant pour la table , dans le monde cela passe souvent pour une qualité.

Constance est parée avec goût et élégance, mais on ne peut s occuper de sa toilette en voyant ses grâces et sa beauté, car le bonheur qui embellit tout, ajoute encore aux charmes d'une jolie figure. Les hommes ne peuvent que l'admirer; quant aux femmes, elles voient d'un coup-d'œil toutes les parties du coslume, et

pourraient, au besoin, nous dire comment est placée chaque épingle , et combien de plis la robe foit par derrière et par devant; notre perspicacité n'ira jamais jusque-là.

Frédéric est rayonnant d'amour , il ne perd pas Constance de vue , c'est le plus sûr moyen de n'avoir aucun fâcheux souvenir. Frédéric est fort bien aussi, sa figure est noble et douce, et si les hommes admirent Constance , les dames ne la plaignent pas d'épouser Frédéric.

Le général et le comte éprouvent la salisfaction la plus vive d'unir leurs enfans. Dans sa joie, M. de Valmonl est plus gai , plus expansif que le comte de Montre ville; mais celuici sourit à tout le monde, et, pour la première fois , il à embrassé tendrement son fils.

M. Ménard s'est habillé avec soin , et conserve une tenue très-sévère jusqu'au moment du dîner. Quant à Dubourg, enchanté d'être au mariage de son ami, et voulant se mettre dans les bonnes grâces du comte , il prend toute la journée une mine tellement raisonnable, qu'il a l'air d'avoir le spleen^ et s'étudie à se donner une démarche si posée, qu'on croirait qu'il a

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soixante ans. Toutes les fois que le comte se trouve près de lui , il parle des faux plaisirs du monde, du bonheur de la retraite et des jouissances qui attendent le juste après sa mort.

Gela devient si fort, que le général dit à Frédéric :

« Quel diable d'homme que ton Dubourg!

)) Est-ce qu'il passe son temps dans les cime- )) tières? Je me suis approché de lui une fois ou )) deux pour causer , il m'a cité cinq ou six » passages des Nuits (ÏToung , et du Pelit- )) Carême deMassillon; voilà un jeune homme )) bien gai pour une noce ! »

Frédéric va prés de Dubourg et l'engage à se laisser aller à son caractère habituel ; mais celui-ci est persuadé que sa conversation, son air et sa tenue encliantent M. de Montreville, et il n'y a pas moyen de le faire-sourciller.

Un dîner magnifique est préparé dans l'hôtel du comte , d'où les jeunes mariés doivent partir le soir pour retourner à l'hôtel du général , dans lequel ils vont habiter. Le général étant souvent en voyage, n'a besoin que d'un petit

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appartement, et cède aux nouTeaux époux les trois quarts de sa maison.

Les mariages^ dans la haute société, n'ont point la gaieté des noces bourgeoises; c est ce qui dédommage la classe bourgeoise de ne pas être de la haute société. Cependant une gaieté douce préside au repas. M. Ménard s'en donne comme à la table de M. Ghambertin ; mais Dubourg ne mange pas; il refuse de presque tous les mets , parce qu'il présume que c'est beaucoup plus comme il faut. Impossible de lui faire accepter un yerre de Champagne ni (de liqueurs : (( Je n'en prends jamais, » répond-il avec un flegme imperturbable. Le comte de Montreville le regarde avec élonnement , tandis que Ménard , qui est près de lui , lui dit à chaque instant : c Vous en preniez D cependant... je tous en ai tu prendre assez » souvent!. ..dites donc que vous êtes malade, > à la bonne heure.

)) — Ton ami est terriblement sobre! • dit le général à Frédéric, t c'est un anachorète » que tu nous as amené. »

Après le repas, la danse remplit la soirée.

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Les nouTeaux épaux se liyreat à ce plaisir (fax donne la patience d'en attendre d'autres; ausâ la danse est-elle toujours nécessaire pour terminer gaiement une noce.

Mais Dubourg ne danse pas ; il se contente de se promener avec raideur dans les salons , tehant sa tête comme s'il avait, un torticolis , et ne s'arrêtant jamais auprès d'une table d'écarté.

c Vous ne jouez pas, M. Dubourg? » lui dit le comte d'un air riant. « — Non, M. le comte, » j'ai entièrement renoncé à ces jeux d argent, » je n'aime plus que les échecs; c'est le jeu des » gens raisonnables, le seul qui me convienne. » — Vous ne dansez pas? — Jamais; je n'aime )) que le menuet , danse noble et posée. C'e$t )) bien dommage qu'on ne le danse plus....^ — » Diable, M. Dubourg, tous êtes donc bien » changé; vous éliez un peu étourdi autre— » fois!... — Ah! M. le comte, autre temps, )) autres soins; avec les années on devient sage. » — Les années?. . . mais il n'y a pas encore un » an que vous faisiez Hippolyte et que vous )) vouliez faire jouer Thésée à ce pauvre Mé-

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)) nard. — Ah! M. le comte, depuis ce temps )) il s'est fait en moi une bien grande réyolu- )) tion. Jen'aimeplusquerétude... lascience... » ah! la science surtout!., car, comme dit )) Gaton : Sine doctrinâ vita est quasi mortis )) imago, ))

Le comte s'éloigne de Dubourg en souriant, et celui-ci est persuadé qu'il est fortsatis&it de lui. Cette journée est passée ; Ménard a regagné son petit logement , en repassant dans sa mémoire tous les morceaux délicats qu'il a mangés. Dubourg n'est pas plus tôt hors de l'hôtel, qu'il saute et court comme un écolier qui n'est plus sous les yeux de son maître; Frédéric et Constance sontheureux!.».. des témoins importuns ne sont plus là pour contraindre les élans de leur tendresse... car le monde pèse aux amans ! et c'est ayec impatience qu'ils attendent le mystère et la solitude. Frédéric peut enfin emmener sa femme; le premier jour des noces, un époux est un amant qui enlève sa maîtresse.

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