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Sœur Anoe est mère. — Long séjour à la ferme.
Sœur Anne est toujours dans la ferme où Fa laissée le comte de Montre?iIle , car nous sa— TOUS maintenant que l'étranger qu'elle a sauvé de la chaumière des yoleurs n'était autre que le père de Frédéric , qui retenait de Vieille , ou il avait été s'informer du sort de la jeupe fille que son fils avait abandonnée. Mais le comte n avait trouvé dans le bois que le vieux pâtre , et celui-ci ignorait de quel côté sœur Anne avait porté ses pas en quittant sa cabane. A toutes les questions qu'on lui adressait , il ne pouvait que répondre : c Elle est partie, elle a
1 Youlu s'en aller , je ne sais où ellçest allée ! . . .
En s'éloignant dn bois , le comte avait par*couru les environs de Grenoble , et c'était en retournant à Lyon que sa voiture avait été arrêtée dans la foréL
Sœur Anne, malgré le désir qu'elle a de continuer son voyage , sent bien qu'elle n'est plus en état de se mettre en route ; le mondent approche où elle va être mère , où elle pourra presser contre son coeur le fruit de ses amours. Cette pensée adoucît un peu ses tourmens; Fespoir de voir son en£su[it la distrait quelque* 6m de ses peines, et, dans la ferme, chacun cherchée lui rendre la tranquillité, à ramener le sourire sur ses lèvres. Les habitons de cette demeure sont de braves gens qui portent à la jeune muette le plus vif intérêt. Sans en être récompensés, ils aturaient montré pour elle le même attachement; mais l'or ne nuit jamais, et la somme que le comte de Hontreville leur a donnée, en les engageante continuer de garder sœur Anne , est, pour eux, cousidéraUe.
Lajeune femme, qui sent bien devoir pro-
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longer son séjour chez eux , leur présente la bourse que lui a remise le vieux monsieur quelques momens avant de s'éloigner , mais les villageois ne veulent plus rien accepter, c Gar- 1 de^ cet or, lui dit la fermière, gardez-le, mon » enfant; cet homme respectable que vous avez » sauvé des brigands, a pourvu à tout, il nous » a trop payés même ! . .. nous n'avions pas be- )) soin de cela pour vous rendre service ; vous 1 êtes si douce, si gentille et si malheureuse !.. )) pauvre petite femme !.. ah ! je devine en par- » tie votre situation!... quelque séducteur > aura abusé de votre inexpérience, de votre » innocence!... il vous a trompée, puis vous a » laissée là!... Voilà l'histoire de toutes les » jeunes filles qui n'ont point de parens pour » les garantir des pièges de tous ces beaux mes^ )> sieurs... Ne pleurez pas, mon enfiint!... je 1 suis bien loin de vous condamner!... vous » êtes moins coupable que toute autre ! . . . mais )> c'est celui qui tous a quittée qui mériterait )) d'être puni... Dans la situation où vous êtes , » vous abandonner... ah! il faut qu'il ait le » cœur bien dur!... i
En entendant ces mots, sœur Anne fait un mouTement précipité comme pour empêcher la fermière den dire davantage; elle pose un doigt sur sa bouche , et , secouant la tête avec force , semble démentir ce que la villageoise vient de dire.
t Allons , dit la fermière , elle ne veut pas » que Ton dise du mal de lui!... elle l'aime » encore ! . . . voilà bien les femmes ! toujours » prêtes à excuser celui qui leur a fait le plus j» de mal ! Mais ne vous inquiétez plus de votre )) sort, mon enfant ; restez avec nous , nous vous )) chérirons comme notre fille, nous auroas )> bien soin de vous; ici vous êtes pour jamais à » l'abri de la misère. ))
Sœur Anne presse tendrement la main delà fermière, mais ses yeux ne lui font pas une promesse que son cœur n'a pas l'intention de tenir. Frédéric règne toujours au fond de ce cœur brûlant, et l'espoir de le retrouver n'abandonne pas U jeune fille.
Peu de temps après le départ de l'étranger , sœur Anne , se rappelant qu'il lui a remis un papier , le prend dans la bourse où elle l'a serre
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et le présente à la fermière , impatiente de sa- Yoir ce qu'il contient; la villageoise lit : Le comte de MontrevillCj me de ProYence, à Paris. Le papier ne contenait pas autre chose , et sœur Anne ne se doute pas que c'est le nom du père de Frédéric , car il n'a jamais, devant elle , prononcé le nom de sa femille; mais elle entend avec joie nommer Paris; elle tâche de feîre comprendre à la fermière que c'est là qu'elle veut se rendre , et replace avec soin le papier dans sa bourse. (( C'est l'adresse de cet étranger, » dit la fermière, oh! cet homme<-Ià ne res- 1 semble pas à tout le monde!... il est recon— )) naissant; il n'oubliera jamais le service que )) vous lui avez rendu , et je suis certaine que , » si vous alliez à Paris , il vous y recevrait bien; yt mais qu'iriez-vous faire dans celte grandfe » ville?... Croyez-moi, ma clière enfant , rcs- B tez avec nous , vous serez plus heureuse. »
Sœur Anne est charmée de posséder ce papier sur lequel est le nom de la ville où elle compte se rendre un jour; avec ce' billet elle pourra se feire comprendre , et rend grâce aa ciel de cette drconstance qui lui permettra ée
trouver ce Paris dans lequel elle espère trouver aussi son amant.
Après deux mois de séjour dans la ferme, sœur Anne met au monde un fils... Avec quelle ivresse elle contemple son enfant; avec quels transports elle entend ses premiers cris ! Il faut être mère pour comprendre les jouissances que ce moment procure. Déjà dans ks traits de son enfant elle croit retrouver ceux de Frédéric ; à chaque instant elle le considère , le cou vre de baisers, son fils ne la quitte plus ; malgré sa faiblesse, c'est elle qui le nourrit. Les villageois n'ont point cherché à s'opposer au désir qu'elle a témoigné d'allaiter son fils ; car pour une mère , c'est une source de jouissances sans cesse renaissantes, et soeur Anne semble les goûter plus vivement qu'une autre. Elle est si heureuse , si fière lorsqu'elle tient son enfant sur scmsein, que ce bonheur la distrait de ses peines. Elle n'oublie pas Frédéric , mais son ame n'est plus en proie à une sombre tristesse , la vue de son enfant ramène souvent le sourire sur ses lèpres , elle sent que, pour son fils, une mère peut tout supporter.
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Quelquessemaines après son accouchement, sœur Anne témoigne le désir de se remettre en Yoyage; mais les habitans de la ferme s'opposent à son projet, c Y pensez-TOUs?» lui dit la fermière , « vous mettre en route en nourris- )) sant votre enfant! Songez que ce n'est plus )) votre vie seulement , c'est la sienne que vous » exposeriez. Croyez-vous en cherchant de )) nouveau des fatigues , des dangers , pouvoir )) offrir à ce pauvre petit un sein dans lequel il » puiserait la vie? Non, Madame, non, cela » est impossible ; bientôt cet enfant perdrait la » santé, l'existence, si vous persistiez dans vo- )) tre projet. »
Compromettre l'existence de son fib!... cette idée fait frémir la jeune muette. U n'est pas de sacrifice qu'elle ne &ssepour son enfant; c'cq est un bien grand pour elle de suspendre son voyage , mais ce que vient de dire la fermière la décide sur-le-champ à rester à la ferme, jusqu'à ce que son fils ne puisse plus se ressentir des peines qu'éprouvera sa mère.
(( Allons, allons, vous resterez, » dit la fermière, quilitdans les yeux desœur Annequ'elle
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ne résiste pas. a C'est bien , mon en&nt^ tous » êtes saisonnable. Dans un an... dansdix-huit » mois , si votre fils est assez fort. . . alors, nous » verrons ; mais jusque-là , il ne feut pointson- )> gerà voyager.»
Sœur Anne a pris son parti, et, tout ensongeant encore à Frédéric , elle ne s'occupeplus quede son enfant.Pour prix deses soins, elle voit soQ fils acquérir chaque jour de nouvelles forces; sur ses joues brille la santé, sur ses lëyres, un doux sourire , et déjà ses petits bras semblent entourer avec reconnaissance celle qui lui donna le jour.
£n traçant deyant les villageois le nom de Frédéric, soeur Anne est parvenue à &ire comprendre que c'est ce nom qu'elle veut que l'on donne à son fils. Les villageois n'appellent plus l'enfant autrement ; et la jeune mère éprouve un sentiment de plaisir toujours nouveau cba. que fois que ce nom frappe son oreille; combien son bonheur sera plus grand encore lorsque son enfant y répondra!
La jeune muette est depuis six mois chez les bons fermiers , lorsqu'un jour un courrier ap-