‹ Soeur Anne (volume 3)Chapitre 28 sur 38 · M 80IVE · texte numérisé non relu

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porte à la ferme un paquet, contenant >ingt«cinq louis et un billet du comte de Montreville, adressé aux villageois. Dans sa lettre il recommande de nouTcau la jeune femme à leurs soins, eu les prévenant que tous les six mois il leur enverra pour elle une pareille somme.

La fermièrese hâte d'apprendre à sœur Anne ce que fait pour elle le comte de Montrerille, et les yeux de la jeune mère se remplissent des larmes de la reconnaissance. cQuel braire » homme ! » dit la villageoise. . . <iAh I j'étais bien » sûre qu'il ne vous oublierait pas ! . . . Mwgué, » je vous le répète, si plus tard il vous prend » encore l'envie d'aller à Paris , c'est chez ce » comte-là qu'il faudra vous rendre tout de » suite!... Dame , mon enfant, c'est qu'im » comte, c'est un seigneur!... un homme pois- )) saut!... Celui-là est bien riche, à ce qu'il pa- » rait , et si votre séducteur est dans Paris , il » vous le fera retrouver ben vite, et peut-être » ben que, par les bons conseils qu'il lui don- » nera , il l'engagera à ne plus vous quitter.»

Sœur Anne témoigne qu'elle pense comme la fermière, et qu elle fera tout ce qu'elle vient

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dédire. Elle la . force ensuite à accepter la somme envoyée par le comte, et setrouveplus heureuse en pensant qu'elle n'est point à charge aux bonnes gens qui lui portent tant d'intérêt.

Le temps s'écoule. Sœur Anne idolâtre son fils, n lui tient lieu de tout ce qu'elle aperdu; elle revoit en lui ce frère qu'elle chérissait, et dont la mort lui a causé une révolution si funeste ; elle revoit Frédéric , ce sont ses traits que son fils lui ofire. Elle étudie les moindresdésirs de son enfant, elle épie son regard, son sou* dre^et, dansées soins si touchans, trouve moins long le temps qui s'esit écoulé depuis qu'elle n'a revu son amant , et celui qui doit se passer encore avant qu'elle se rapproche de lui.

Le petit Frédéric promet d'avoir la beauté, la douceur de celle dont il tient lejour ; déjà il balbutie ce nom si doux à l'oreille d'une mère, et sœur Anne sent alors combien il est nécessaire qu'elle ne prive pas son enfant des soins qu'on lui prodigue à la ferme. Si son fils ne connaissait qu'elle , le pauvre enfant ne

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parlerait pas ; car la voix est aussi un art dans lequel il faut un maître.

Le comte fait parvenir un second envoi d'argent à l'époque qu'il a désignée. Son messager s'informe toujours de la situation de la jeune muette, de la santé de son enfant, et engage sœur Anne à ne point quitter la ferme où elle goûte une existence tranquille , où elle peut prodiguer tous ses soins à son fils.

Mais sœur Anne n'a point renoncé au désir de se rendre à Paris. Malgré les remontrances de la fermière, elle veut tout tenter pour retrouver Frédéric. L'amoiu: qu'elle sent pour son fils ne diminue pas ses regrets d'être éloignée de son amant; il semble au contraire qu'en considérant son enfant, dont elle ad-^mire la beauté, elle éprouve un plus vif désir de l'offrir à son père, (c S'il le voyait ! pense-

» t-elle, pourrait-il ne pas Taimer Non,

)) il ne songerait plus alors à se séparer de » moi. »

Le petit Frédéric a vingt mois. Depuis longtemps il ne puise plus sa nourriture dans le sein de sa mère. Il commence à essayer ses

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premiers pas ; chaque jour samarche^tnKHns chancelante; sœutÂnne le guide, le soutient.

Elle remarque l'augmentation de ses forces , de ses facultés. Semblable au jardinier qui considère les changemens qu'une nuit a apportés dans ses jeunes plantes , une mère Toit chaque jour avec délices ceux qui annoncent les progrés de son enfant.

Tranquille sur la santé de son fils, à l'abri du besoin par la somme que le comte lui adonnée à son départ, et ne doutant pas d'ailleurs , qu'en arrivant à Paris, elle trouvera en lui un protecteur et un ami , sœur Anne est résolue à entreprendre ce voyage, et un matin , elle présente à la fermière le papier que lui a laissé le comte... C'était annoncer qu'elle voulait partir.

Les habitans de la ferme essayent encore de la faire changer de résolution; mais cette fois sœur Anne est inébranlable; elle veut partir, elle veut aller à Paris ; son cœur lui dit qu'elle y trouvera Frédéric.

c Pourquoi emmener votre enfant? » lui dit la fermière ; (( laissez-le avec nous , vous sa-

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1) yet combien noasVaimons. • Mais soeur Anne ne comprend pas qu'unemére puisse se séparer une seule minute de son fils ; elle serre le sien contre sonsein, et fait signe qu'elle ne lequittera jamais, c Du moins, dit la fermière, puis- )) que TOUS voulez absolument aller à Paris , » TOUS ne voyagerez plus à pied comme une )) mendiante. Je vais , avec ma carriole , voug » conduire jusqu'à Lyon, et là, jevousembar- » querai dans une diligence qui vous conduira » avec votre enfant à votre destination. En ar- )» rivant , vous montrerez l'adresse que vous » avez , on vous conduira chez ce jH, de Mon" » treville : cetlionu[ne-là ne vous abandonnera » pas!... £t quand vous voudrez revenir prés » de nous , il saura vous en procurer les )) moyens. »

Sœur Anne témoigne à la bonne fermière .toute la reconnaissance que lui inspirent Bes bontés. Le voyage étant décidé , on s'occupe des préparatifs : les villageois ont acheté à la jeune femme du linge, des habiUemens et tout ce qu'il faut à son fils; ils veulent encore lui ofinr de l'argent ; mais la bourse que possède

sœur Anoe contient cinquante louis; cetle somme lui jparaU énorme ! el bien plus que ^f*âsante pour exister à Paris , lorg même que le comte de MontneyiUe ne l'y protégerail; psiB ; elle »e veut rien pr«whre de plus ; et les vêtemans qui la couTreht lui eembtent magnifiques en comparaison de ceux qu'elle pori9it dans son bois. Son ooeur éprouYC un sentiment de joie, lorsqu'elle considère son costume dimple, mais do bon goût , qui est celui d'une jeune fenuiéf» du Daupbiné. « U me trouvera plus )) beiUe,0edifioit-olle; peut-être m'aimera*t-ii » davantage 1..^»

Tou«» les apipréto ^troX termioés ; la iermière a fait atteler son^keval à m earriale, dans laquelle elle se place prés de sœur Anne , qui tient son fils sur ses genoux. On part de grand matin, et le soir même on arrive à Lyon. La fermière y arrête une place pour la jeune mère, dans une diligence qid part le lendemain pour Paris; elle la recommande au conducteur, afin qu'il veille sur elle pendant le voyage.

Le moment du départ est arrivé : ce n'est pas sans répandre des larmes , que la bonne

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fermière se sépare de la jeune muette et du petit Frédéric. « Vous avez voulu nous quitter, mon )) enfisint , » dit-elle à sœur Anne, c je crains » bien que vous n'ayez eu tort!.. Vous allez » dans une ville immense!.. On n'y aura pas )) pour vous la même amitié que dans notre )) village ! . . . Mais ne nous oubliez pas. . . Faites- )) nous donnerdevosnouvellesparce monsieur » de Montreville qui parait vous aimer beau- » coup; et, si quelque jour vous étiez malheu-^ » reuse, ah! revenez bien vite chez nous, vous » y serez toujours reçue comme notre enfant. )> Sœur Anne embrasse tendrement la bonne fermière, puis monte avec son fils dans la voî'ture qui doit la conduire à Paria,

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CHAPITBS IV.

La diligence. — Sœur Anne à Paris.

Une jeune femme qui, jusqu'à Fâge de seize ans^ n'est point sortie de sa chaumière; qui, par sa situation, est plus que toute autre étrangère au monde et à ses usages^ doit éprouver mille sensations nouyelles en se voyant, pour la première fois, entourée de personnes étrangères, dans ces maisons roulantes qui tous emportent à travers les villes et les champs.

Telle est la situation de sœur Anne, qui n'a encore que dix-huit ans et demi , lorsqu'elle part pour Paris avec son fils, âgé de viogt-et-un mois. Assise dans le fond de la voiture, tenant son enfant sur ses genoux , elle n'ose lever les

yeux sur les personnes qui voyagent avec elle , et rougit lorsqu'elle s'aperçoit qu'on Fexamine Sa jeunesse, sa beauté, son amour pour son fils, devaient la rendre intéressante aux yeux de toute personne sensible. Mais on trouve peu de sensibilité dans une diligence; les gens qui entourent sœur Anne n'en paraissent pas abondammentpourvus. Âsagaucheestun marchand qui ne cesse de parier de ses affaires avec un autre négociant placé en face de lui. Le cours de la Bourse, le prix du sucre, du café , de la cochenille, les opérations qiii ont eu lieu aux dernières foires occupent tellement ces mefsieurs, qu'ils ne trouvent pts même le tempsde demander excuse à leiirii voisines , ioisqu'en gesticuiaat ^ ils leur toeUmi leur coude 4an8 les côtes, ou leur tabatière sous le nez. A sa droite, notre j^me mère a uo monsieur d'une quarantaine d'années , au regard oblique, à la mine sèdie et longue, qui parle peu, mais semble écouter et chercher à ooonaitre ses voî^ sios. £n foce, est une dame de cinquante ans, en vieille robe de soie tâchée, coiffiôed'un naauvais chapeau de velours, sur lequel se balancent

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des plumes qui ressemblent à des arêtes, el dont le visage enluminé est surchargé de rouge, de mouches et de tabac. Celte dame, ayant que la voiture ait roulé dix minutes, a déjà appris à ses Toisins qu'après avoir fait les ingénuas à Strasbourg, les princesses à Caen^ les amou* reuses à Saint-Malo, les bergères à Quimper , les rein^ à Nantes , les mères-nobles à Notsyle^ec , el les jeunes-premières à Troyes , elle Ta remplir l'emploi des grandes-coquettes au tbéàtredes Funambules à Paris, d'où elle compte obtenir.incessamraeat, pour la Comédie-Française, un ordre de début qu'elle sollicite depuis trente-sii ans.

Enfin, auprès de la débutante est un gros monsieur qui dort presque toujours , et ne se réveille que pour dire : « Ayel nous allons )) tomber!... J'ai cru que nous versions!.. » Toisia extrêmement aimable en diligence.

Fendant les premiers momens du voyage , sœur Anne n'entend qu'un bruit confus de roots auxquels elle ne comprend rien; les marchands mélantleur indigo et leur cochenille aux aventures arrivées à la grande-coquette, qui na s'ar-

rête que pour priser et dire à son voisin le dormeur : (( Prenez donc garde, Monsieur... tous » vous jetez sur moi... Ayez donc les égards » dus à mon sexe!... — Aye ! nous allons tom- % ber. .. » dit alors le gros monsieur en se frottant les yeux.

Après s'être occupé de soi, on finit toujours par s'occuper des autres : le monsieur au regard louche a déjà fait compliment à sœur Anne de b beauté de son fils, et cela lui a valu un 4pux sourire de la jeune muette, car on est certain de plaire à une mère en donnant des éloges à son enfant.

La dame au vieux chapeau considère à son tour sœur Anne, et dit : c Elle est fort bien , » cette petite dame. . . figure très-intéressante... » C'est justement le costume que je portais dans )) Annetêe et Lubin y en mil-sept-cent-quatre- » vingt-douze, comme cela m'allait!.... Il fau- » dra que je rejoue ce rôle-là aux Funam- » bules. »

Les deux marchands jettent un coup-d'œil sur sœur Anne; mais comme le petit Frédéric tient dans ses mains un morceau de sucre ;

cela les ramène nécessairement sur les yaria* lions que yienl d'éprouver cette denrée.

(( L'enfant est gentil , dit la comédienne ] il )) a déjà de l'expression dans les traits... S'il )) était à moi, je le mettrais au théâtre. . . Dans » un an, il pourrait faire le petit t/ba^d'.^/Aa- » lie y et, dans deux, il saurait faire les grands » écarts de Polichinelle Tampire. Ah! vpilà y> comme onéléye les enfans maintenant J C'est )) superbe!*.. Tous ceux qui ré^stent sont, à > douze ans, des Forioso! »

Sœur Anne ne sait pas ce que c'est que ^orioso et le petit Joas, mais elle voit que l'on considère son enfant , et son cœur éprouve ce sentiment de plaisir et de fierté si naturel che?^ une mère. Cependant, bientôt les questions s'adressent à elle.

« Vous allez à Paris , dit la comédienne 9 » est-»ce pour le faire vacciner?... L'a-t-il été » dans votre endroit?... Qu'allez-vous faire à » Paris?.. Votre mari vousa-t-il devancée?.. »

A toutes ces questions, la dame ne recevant aucune réponse, commence à prendre de l'humeur et à trouver fort insolente la conduite de

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la jeune femme. « Est-ce tjue tous ne m'en-

> tendez pas, Madame? a reprend-elle d'un ton ironique. « Quand je tous adresse la pa- » role^ il me semble que tous pouTez bien me » faire Tiionneur de me répondre. »

Sœur Anne fait un signe de tète négatif en baissant tristement les yeux. « £h' Ûen!...

» qu'est-ce à dire ! ... » s'écrie la Tieille débutante; « je crois qu'elle ose me signifier qu'elle )) ne veut pas me répondre!... Apprenez, pe- )) tite mijaurée , que je saurai bien tous &ire » parler!... et que Primeroêe Bérénice de 9 FollenoouJtt n'est pas &ite pour souffrir une » insulte!... Je me suis b&ttue plus d'une fois » en scène... J'ai fait des rôles d'homme, et je » sais tirer Tépée, entende^TOus, petite imper-

> tinente!... »

Sœur Anne, cffirayée du ton de la Tidlle dame et des regarcls courroucés qu'elle lui lance , jette sur son Toisin de droite un coup— d'œii suppliant, et celui-ci, qui laconeidére avec curiosité , dit à la comédienne :

c Madame, vous aTOz tort de tous Acher...

» — Qu'est-ce à dire! j'ai tort... — Sans

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)» doute , le silène* de cette jeune femme n'est » pas naturel... Depuis qu'elle est en voiture » elle n'a pas dit un »eul mot, même à son en- )) fiant... je crois qu'elle est muette... —

> Muette ! . . . une femme muette ! . . . c'est im- )) possible, Monsieur. )>

Mais sœur Anne s'empresse de feire signe que c'est la vérité; aussitôt la vieille actrice pousse un cri d'étonnement si fort que son voisin se réveille, c' fille est muette!... se ïi pourrait-il!.. Momieur, entendez-vous... elle 9 est muette!... — Aye!... j'ai bien cru que » nous versions ! ... — Ah ! cpiel homme insupïi portable vous êtes!... U me donnera des at- » taques de nerfe avec ses versemens... Pauvre » ange... chère mignonne... vous êtes muette, » ma bonne amie... Ah! que jevous plains ! que » vous d^vez souffrir ! . . . J'aimerais mieux être 1 sourde et aveugle. Pauvre petite! qu'elle est » intéressante!., que de grâces!... ne pas pou- » vcHff parler!.... £t comment cela vous est-il

> arrivé, mon enfant?»

Sœur Anne, presqu'aussi étonnée de l'amitié que lui témoigne la comédienne qu'ellela IV. 7

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été de sa colère , tire de son «ein sa bourse , en sort le papier qu'elle porte toujours sur elle , et le présente à son Toisin qui lit bas et se contente de dire : « C'est l'adresse de la maison où elle » va. — Sans doute pour être nourrice sur )) lien... Âh! qu'elle ferait bien mieux de )) jouer la pantomime. . La jolie tête! comme )) elle serait Wen dans Philomèle et Téiée! »

Le voisin de sœur Anne ne répond plus à la vieille actrice; il semble préoccupé dqiuis qu'il a vu la bourse pleine d'or que la jeune mère a tirée de son sein pour montrer l'adresse du comte. Depuis ce moment il redouble d'attentions, de prévenances avec sœur Anne; il caresse le petit Frédéric , et pousse la galanterie jusqu'à lui acheter du sucre dWge et du pain d'épice à la première station. Sœur Anne , dont le cœur simple et pur ne voit que des amis et des protecteurs, ne remarque pas la fausseté qui règne dans les regards de son voisin , et se sent au contraire disposée à lui accorder toute sa confiance. Pauvre petite!... Que vas-tu faire à Paris...

Le second jour du voyage, le monsieur lou-

che dit à so&ur Anne : c Je connais beaucoup )) à Paris le comte de Montreville chez lequel )) TOUS allez... c'est un de mes amis; Si vous le )) désirez , je vous ccmduirai moi-même chez )) lui. >,

La jeune muette marque au monsieur qu'elle accepte avec reconnaissance, et la vieille actrice qui s'aperçoit que sœur Anne sourit à son voisin, se pince les lèvres en la regardant dun air dédaigneux; puis murmure entre ses dents : c Gela va bien ... en voiture on > fait vite connaissance. » Voilà comme on suppose toujours le mal, surtout quand on a Mi mal toute «a vie. Quant à sœur Anne ^ elle regarde la comédienne avec étonnement : elle ne conçoilrien à une femme qui , en moins de vingt-c(uatre heures, lui a montré de la colère, de l'amitié et du dédain.

Enfin la diligence est entrée dans la grande ville : sœur Anne est éblouie , étourdie de tout ce qu'elle aperçoit; elle se croit dans un monde nouveau , car étant arrivée à Ljon le soir et repartie le lendemain de bon matin , elle n'a pas Vu cette ville dont la grandeur, la richesse et

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la population auraient pu lui donner une idée de Paris.

Le monsieur sec et lodche , qui est toujours aux petits soins pour la jeune muette et son fils y les fait descendre de la diligence , et , pendant que la grande coquette des Funambules lurrange son chapeau et ses plumes ua peu froissées par la yoiture , pendant que les deux marchands courent à la Bourse , et que le gros monsieur s'éloigne en disant : c Tiens, nous Ji n avons pas yersé.. c'est drôle : je croyaisque ii nous yerserions.... » Vhomme obligeant fait Tenir un fiacre; on y place les paquete de sœur Anne; elle y monte avec «on enfant , et le monsieur y monte avec ellor

L'inconnu a parlé au cocber : il ài\ à la jeune voyageuse : « Nous allons ohaz M. le comte de » Monlreville ; je suis enchanté de vous con- » duire moi-même dans sa maison, car dans ce )) Paris où vous êtes étrangère , vous pourriez )) vous trouver foit embarrassée, ne pouvant )) vous faire entendre. ))

Sœur Anne remercie le monsieur, la pa»fre petite ne se doute pas qu'elle est tombée entre

les matfis d^un intrigant, d'un misérable escroc', qui , après avoir fait dans toutes les grandes ailles de petites genUHesses qui Font forcé à fuir, reyient à Paris dans l'espoir qu'une absente de huit ans l'aura fait oublier de ses anciennes dupes, et qu'il pourra en faire de nouvelles. Mais il était impossible que la jeune muette ne donnât pas dans le premier piège qu'on voudrait lui tendre. Douce , confiante , étrangère à la ruse, elle ne soupçonnait jamais le mal. Son aventure de la forêt lui aurait &it craindre des voleurs dans un bois, mais elle ne pouvait lui apprendre à se défier de ceux que l'on rencontre dans le monde,et qu'il est beaucoup plus difficile de recomiadlre, parce qu'ils s'y couvrent du masque de la probité, ce qui 1^ rend souvent plus dangereux que ceux qui nous attaquent sur les grands chemins.

Le fiacre qui conduisait les voyageurs s'arrête devant une belle maison. Le monsieur s'empresse de descendre encjisantà sœur Anne : il Attendez un moment t voilà l'hôtel du comte, yi mais il &ut s'assurer s'il y est maintenant; » et anssitèt il entre dans la maison; puis revient

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au bout de quelques minutes d'un air contrarié \ « Ma chère dame, ce que je craignais est )) arriyé : le comte de Montreville esta la cam- )) pagne; il nereviendraque dans deux jours. »

La figure de la jeune fille semble dire : que

vais-je faire pendant ce temps? où vais-je

aller? t Tranquillisez-yous , reprend Thomme » obligeant ; je ne yeux pas yous laisser dans » l'embarras; je yais yous conduire dans une » honnête maison où l'on aura bien soin de 1 yous. Deux jours sont bientôt passés; alors )) yous reyiendrex chez M. le comte. »

Sœur Anne lui témoigne de nouyeau sa gratitude; elle est touchée de toutes les peines que Ton se donne pour elle, sans cependant en être surprise : elle se figure que c'est ainsi que tout le monde agit dans les grandes yilles. Le fiacre repart. Le mouyement de la yoiture plait au petit Frédéric; il rit, il saute sur les genoux de sa mère, et' celle-ci, en aperceyant ces grandes maisons , ces boutiques et ce monde qui se croise, laisse yoir tout l'étonnemtmt qu'elle éprouye. « Oh ! yous yerrez bien autre chose » encore, dit le monsieur; yous serez surprise

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n de mille manières différentes.... ce voyage » TOUS sera très-profitable. »

Le fiacre s'est arrêté devant une méchante maison garnie du faubourg Saint- Jacques, et sœur Anne en y entrant trouve que cet honnête asile est bien triste et bien sale ; mais elle se laisse conduire par le monsieur qui fait porter sonpaquet dans une chambrequ'on vient de leur donner, et qui reste bientôt seul avec la jeune mère et son enfant. « Avant de vous quitter, )) dit-il à sœur Anne, je dois vous prévenir qu'il > y a une petite formdité à remplir : quand 1 on vient loger dans un hôtel à Paris, il faut » déclarer ce que Ton a d'argent sur soi... 1 €'est la police qui veut que cela se fasse » ainsi , afin qu'il ne se perde jamais rien dans » laville;parceque si vousdéclarezaujourd'hui » avoir quarante louis, et qu'il vous en soit volé )) un demain , alors on va compter les bourses » de tous les habitans de la capitale , et celui » qui a unlouisdetropest le voleur. Hein! que )) dites-vous de cela? C'est bien inventé, n'est- » ce pas? »

Sœur Anne ne comprend pas trop ce que ce

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monsieur vient de lui dire ; elle le regarde comme pour en attendre une autre explicatk>n, et il reprend : « Voulez-fous aller compter » avec la maîtresse de la maison , ou voulez- » TOUS que j'y aille pour tous... çà Tandra 1 mieux; donnez-moi Totre bourse , ceseia » plus tôt £adt. »

La pauTre petite tire sa bonne de son sein ^ et le moifeieur c^Iigeant la pnend en disant : (( Ne TOUS impatientez pas; je Tais compter ce )) qu'il y a dedans. » Puis il sort et donne en bas une pièce d'or à la maîtresse de la maison en lui disant : « Voila pour payer la dépense » de cettejeune femme qui est muette. » Après cela , le fripon s'éloigne en se flattant que ce dernier procédé est fort délicat ^ puis il ta au Palais-Royal, où trouvant d'autres fripons de sa force , il perd bientôt l'or qu'il Tient de Toler à une infortunée ; puis, ne trouTant plus de dupes qui lui donnent leur bourse , il en escamote une dans la poche d'un gros milord ; puis le milord , s'en étant aperçu, bit arrêter le coquin; puis on le conduit à la Préfecture, puis à Bicétre, puis aux galères, où il s'exerce

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eocoie à Toler ses camarades... mais laissonsle là.

Sœur Anne attendait toujours le retour de €e monsieur qui Tenait de sortir avec sa bourse; la pauvre petite n'ayait aucun soupçon, elle ne concerait nulle inquiétude, et jouait tranquillement avec son fils, jetant quelquefois un regard par là croisée , puis se retirant tout effrayée, parcequela chambre était au troisième, et que là jeune muette ne s'était jamais trouvée si élevée au-dessus des passans.

Cendant le monsieur ne revenait point et sœur Anne s'étonnait de sa longue absence, lorsque Ja maîtresse du hps vient la trouver.

La jeune^ mère lui tend la main pour ravok sa boKrse, mais la dame se contente de lui demander ce qu'il faut lui servir, a J aurai ^aod 1 soin de tous, ajoute-t-elle; ce m^KUsieur , en 1 partant , a payé pour votre loyer et toute la » dépense que vous pourrez faire pendant les > deitx jours qu il m a dit que vous passeriez )> diezmoi. »

€e monsieur est parti. Un affrew psisse^iti- * mi^t Tient enfin éclairer sœur Anne; elle tâche

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de se faire comprendre... elle tend sans cesse la main en faisant signe comme si elle comptait de l'argent, u Je vous dis que je suis payée, dit » rhôiesse, je ne tous demande rien, mon en- )) faut, et je vais vous monter à diner. »

Sœur Anne resle anéantie; ce n'est pas seulement son or qu'elle regrette, elle n'en connaît pas encore toute la valeur; mais dans sa bourse était l'adresse du comte de Montreville , et le misérable l'a emportée avec tout ce qu'elle possédait. Quedeviendra-t-elle?.. comment pourrat-elle maintenant trouver la maison desoa protecteur!

Pendant la journée, la jeune femme conserve encore quelque espérance : elle se flatte que l'inconnu reviendra ; mais la nuit est ven«e, et l'homme obligeant n'a point reparu. Sœur Anne pleure en pressant son fils sur son sein ; ce n'est plus pour elle seule qu'elle tremble, et sa peine n'en est que plus vive. Déjà elle voit son enfant piîvé du nécessaire , manquant de nourriture, elle frémit! elle entrevoit toute rhfirrflur dt leur situation, et se repent maintenant d'avoir quitté la ferme, car la pensée

que spn fils souffrira aussi abat tout son courage.

Elle passe encore dans sa chambre le second jour de son arrivée à Paris; le misérable qui l'a dépouillée lui a dit que le comte était absent pour deux jours, elle attend donc au lendemain pour chercher monsieur de Monlreville. Elle se flatte qu'elle reconnaîtra la maison devant laquelle le fiacre s'est arrêté. La pauvre petite croit se retrouver dans cette ville immense où elle vient pour la première fois!... elle ignore que le fripon qui Ta volée a fait arrêter la voi-, ture devant un hôtel qui n'était point celui du comte.

Le lendemain elle prend son fils sur son bras^ et de l'autre le paquet qui contient ses efiets , puis quitte sa demeure, où l'hôtesse ne cherche pas à la retenir , parce qu'on n'a payé la dépense que pour deux jours. Sœur Anne se recommande à la Providence et tâche de ranimer son courage en s'aventurant dans cette ville qu'elle ne connaît pas. A chaque moment les voitures TefiFraient , les chevaux loi font peur, les cris des marchands à éventaires l'étourdis-

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sent, layuede tout ce monde qui ya, Tient, se croise, et souvent la presse brusquement, la trouble à tel point qu'elle ne sait plus où elle en est. La pauvre petite entre sous une porte cochère et se met à pleurer. La portière de la maison lui demande le motif de son chagrio , mais sœur Anne ne peut que Terser des larmes, alors la portière s'éloigne de mauvaise humeur en disant : û C'est bien la peine de s'apitoyer » sur le sort de gens qui ne veulent pas vous » dire ce qu'ils ont. »

La jeune fille, après avoir long-temps pleuré, se remet en route, mais elle a marché quatre heures et n'en est pas plus avancée , elle vwl toujours des rues, des maisons, des boutiques, mais elle ne ^it de quel côté se diriger et fait souvent beaucoup de chemin pour revenir au point d'où elle est paitie. £t cette maison du comte comment la reconnaître!... elle commence à croire que cela n'est pas possible. La fatigue l'accable , car elle porte toujours son enfant sur ses bras... bientôt le besoin se fait sentir et vient augmenter l'horreur de sa situa* tion. '

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Elle s'assied sur ^n banc de pierre , les gens qui passent jettent un regard sur elle... mais ib continuent leur chemin; ilss'arrêteraient si, an lieu d'une femme qui pleure sur son enfant, ils voyaient un chatse batireavecpolichinelle.

Heureusement que l'on est alors dans le milieu de Tété , le temps est superbe, et l'approche de la nuit ne force point à quitter la protûèaaide. La jeune muette est entrée dans la boutique d'un pâtissier; elle donne des gâteaux à son enfant, puis présente tristement un de ses effets en paiement; mais, on le lui rend en la regardant avec pitié et surprise, car la mise de fiOBtir Anne n'annonçant pas la misère, on ne conçoit pas qu'elle se trouve sans argent.

Elle a essayé de se remettre en route , mais la nuit redouble sesalarmes, et, malgré les réverbères qui éclairent les rues , le bruit des chevaux lui semble encore plus effrayant; elle tremble à chaque moment d'être renversée avec son fils par ces voitures qui souvent l'entourent de tous côtés, elle prend de nouveau le parti d'aller s'asseoir sur un banc.

Sœur Annesetrouvealors dans la rueMont-

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martre, plusieurs fois dans la journée elle a passé par la rue de Provence el devant l'hôtel de M. de Montreville , mais la pauvre petite ne le connaît pas ; il lui serait maintenant impossible de retrouver sa demeure, elle est prête à se livrer au désespoir, mais elle presse* son fils contre son cœur et en le couvraùt de baisers tâche de repraidre des forces. L'enfant lui sourit et joue avec ses cheveux, il est dans l'âge où l'on ne connait point le malheur quand on est dans les bras de sa mère.

La soirée s avance, déjà les boutiques seferment, les piétons sont moins nombreux, les voitures mettent de plus longs intervalles à' se succéder. Sœur Anne lève les yeux et regarde autour d'elle avec un peu plus d'assurance. Où demandera-t-elle une retraite pour la mût?... ellese trouve perdue au milieu de ces habitations , elle n'ose s'adresser nulle part ! . . . Sou regard suppliants'attachesur les personnes qui passent devant elle... quelques hommes s'arrêtent pour la considérer. (( Elle est jolie ! » disent-ils, mais elle leur présente son enfant, et ils s'éloignent aussitôt. « Grand Dieu ! pense

» l'infortunéç , les habitans de Paris n'aiment 3 donc pas leseofans... ils s'en vont bien vile 9 dès que je leur montre le mien. r>

Sur les minuit des soldats passent dans la rue, ils s'approchent, elle frissonne... L'un d'eux s'avance en lui disant : (( Allons, allons, » que faites-vous là avec votre enfant? rentrez » chez vous , ou je vous emmèùe au corps-de- » garde. »

Le ton dur de l'homme qui vient de lui parler la fait trembler , elle se lève précipitamment et s'éloigne en serrant son enfant dans ses bras. Mais , à peine a-t-elie fait cent pas, qu'elle s'aperçoit qu'elle a oublié sur le banc de pierre le paquet qui contient ses effets, elle court

aussitôt pour le chercher elle retrouve la

place où elle était assise , mais hélas ! déjà ses effets n'y sont plus... malheureuse! c'était sa dernière ressource !

Elle ne trouve point de larmes pour ce dernier malheur, un poids énorme semble arrêté 8UV sa poitrine, elle s'éloigpe avec son enfant, elle n'ose plus penser... Elle marche plus vivement et sans savoir où elle va. . . elle serre ^on

84 SQIUB

fils avec plus de force, tous ses meflohres sont

agités par une contraction nerveuse elle a

presque perdu le sentiment de ses maux. Elle ^ieot de descendre la rue Montmartre, elle arrive au boulevard... des arbres frappent sa vue, son cœur se dilate... La pauvre petite se croit sortie de cette lille où le sort la poursuit , elle se croit de nouveau près de ses champs, de ses bois, et, courant précipitamment yers le premier arbre qui se présente, elle se serre tout contre, le touche avec ivresse et ses larmes se font un passage.

Elle s'assied enfin sous le feuillage dont l'aspect Tient de ranimer son cœur, ^e couvre son enfant avec le tablier qu'elle porte , et se décide à attendre le jour en cet endroit.

Le jour est revenu sans que la jeune muâte ait goûté un moment de repos , ^e songe au sort qui l'attend, elle voit qu'il faudra implorer la charité puMique pour elle et son fils. Seule, elle attendrait la mort, mais pour son enfant , elle peut tout supporter. Après avoir été si bien dans la ferme , entourée de gens qui l'aimaient, qui chérissaient son fils, être ré-

ARflK. 85

duite à demander son paia!... Combien elle se répent d'avoir quitté ce séjour tranquille ! c'est surtout en regardant son enfant qu'elle s'accuse : « Pautre petit , pense-t-elle , tout ce

> que tu soufiriras sera mon ouvrage!... Mais y^ snis-je donc si coupable d'avoir voulu te ren. » dre ton père!... Ah! si du moins je pouvais » retrouver cet asyle ! si je pouvais revoir ces )) bons villageois, cpii me traitaient comme

> leur fiBe! Je sens qu'il faut renoncer à Fes- 1 poir de revcnr Frédéric !. . . mais si ma douleur » m'âte la vie , que deviendra mon fih dans

> cette ville immense ! ... »

La pauvre mère pleure en considérant le petit Frédéric qui dort encore. Quelques paysans qui vont au marché lui ofirent en passant du pain, des fruits; une laitière lui fait boire de son lait ainsi qu'à son enfant ; tous les cœurs ne sont pas insensibles; les Parisiens même donnent volontiers aux pauvres , et s'ils ne le font pas plus souvent, c'est qu'ils craignent de s'attrister devant un malheureux.

Pendant une partie de lajournée, sœur Anne parcourt encore la ville pour tâcher de trouver

86 ' tOEIJR

la demeure de son protecteur; souyentelleToit passer des hommes qui ont ia tournure, la misé de Frédéric, alors elle se hâte, elle double le pas pour les atteindre , et lorsqu'elle est près d'eux elle reconnaît son erreur; les uns.la regardent avec étoanement , les autres en ricanant. . . elle s'éloigne toute honteuse et le cœur brisé. € Mon Dieu ! se dit-elle, je ne pourrai

> donc jamais le rencontrer !...)>

Vers la fin de la journée les provisions qu'on lui a données le matin sont épuisées , il faut tendre la main et implorer la pitié des passans. Sœur Anne a besom de regarder son fils pour trouver la force de demander du pain. Si du moins ceux qui font le bien le faisaient avec grâce, les infortunés seraient moins à plaindre, mais c'est d'un air dur ou dédaigneux , c'est presque en les grondant que bien des gens donnent aux malheureux. « Hélas, » pense sœur Anne en versant des larmes, c pourquoi

> donc me font-ils un crime d'être pauvre!»

Il lui tarde de quitter Paris , les habitàns

des campagnes lui semblent plus humains , plus doux ; auprès d*eux elle se sent moins bon-

teuse. Mais quel chemin prendre pour retrouver la ferme hospitalière , il faut donc s'en remettre à la Providence, qui, jusqu'à présent, ne lui a pas été favorable. Pauvre petite !

puisse-t-elle te guider enfin vers le terme de tes maux!

Ignorant le chemin qu'elle doit prendre , mais voulant absolument sortir de la ville , sœur Anne se décide à suivre un homme qui marche à côté d'une petite carriole recouverte en toile. En effet , cet homme ne tarde pas à prendre un faubourg, puis à sortir par une des barrières de la ville. En suivant toujours la carriole, qui ne va qu'au pas, la jeune mère se trouve enfin dans la campagne , elle respire plus librement, elle embrasse son fils, et, implorant j^our lui le secours du ciel, elle se dirige vers un village pour y demander l'hospitalité.

88 sonjB

iMaMwVMaMilMfMillMHiMr^MMainMMaMilM^vantrvaMaMMaww^^

Le hawrd let rapproche.

Frédéric aime toujours sa femme, peut-être avec moins d'emportement, de délire que dans le premier mois de leur union ; mais la &cilité qu'un mari a d'être ayec sa compagne , n'a point éteint son amour; car, chaque jour il découvre en Constance de nouvelles qualités , de nouvelles yertus. Les charmes de la %ure séduisent^ mais ne suffisent pas pour enchaîner; heureux l'époux qui trouve dans sa femme des attraits sur lesquels le temps ne peut rien !

Constance paraissait susceptible d'un seal défaut , bien cruel lorsqu'on ne sait pas s'en rendre maître , mais qu'elle renfermait avec

AlfRE.

soin dans son sein. Elle était jalouse ; l'excès de son amour pour Frédéric lui faisait quelquefois concevoir de secrètes alarmes. Lorsqu'il était rêveur , pensif, Constance devenait inquiète , et mille craintes s'élevaient dans son esprit. Qui pouvait occuper son époux, l'attrister, le faire soupirer... car il soupirait encore quelquefois. Avant leur mariage elle attribuait à son amour pour elle la mélancolie qui souvent obscurcissait le front de Frédéric... Mais maintenant qu'ils sont unis, maintenant qu ils peuvent se livrer à toute leur tendresse , que rien ne trouble leur bonheur, pourquoi Frédéric soupire-t-il encore ? pourquoi est-il quelquefois rêveur? Voilà ce que se dit Constance ; mais l'aimable femme se garde Imn de laisser voir ce qu'elle éprouve à son époux ; elle serait 4ésolée de faire paraître le moindre soupçon. Quoique jalouse, elle ne tourmentera pas son mari ; elle sera toujours aussi tendre , aussi doilce, aussi aimante, et, si elle souffre, elle le cachera avec soin, afin de ne pas affliger celui qu^elle aime plus que la vie.

La mort du général vient au bout d'un an

90 80EIIR

troubler leur bonheur. Monsieur de Valmont étail aimé de tous ceux qui Tentouraient, et tendrement chéri de sa nièce, à laquelle il avait tenu lieu de père. L'amour de son époux put seul adoucir le chagrin de Constance, vivement affligée de la perle de son oncle. M. de Montreville mêla ses regrets à ses larmes, il perdait un véritable ami; mais dans la vieillesse on montre souvent plus de courage qu'au printemps de la vie pour supporter la mort de ceux que l'on aimait. Est-ce l'âge qui rend égoïste? Est-ce que le cœur , devenu insensible aux feux de l'amour, se ferme aux transports de l'amitié? ou ne serail-ce pas plutôt l'idée que la séparation doit être 'moins longue et qu on rejoindra biiiitôt ceux que l'on a perdus ?

Constance étail unique héritière deson oncle; le général était fort riche et possédait plusieurs fermes et différentes terres que Frédéric voulait connaître. Il a?ait formé le projet de faire une tournée dans ses nouvelles propriétés, et Constance devait rester à Paris , afin de ne point laisser seul M. de Monlreville , attristé de la perte de son ami. Mais comment quitter sa-

femme avant que sa douleur soit moins vive?

Le Yoyage n'était point pressé, Frédéric le remettait de inois en mois , et Constance , qui n'avait pas encore quitté son mari un seul jour, ne pouvait se décider à le laisser partir. Quelque temps après la mort du général , Frédéric apprenant que M. Ménard, tourmenté souvent parla goutte, n a plus d'élèves et n'est point heureux , se rend chez son ancien précepteqr et lui propose de venir habiter avec lui. « J'ai besoin, lui dit-il, d'un homme sage, '

> habile, qui veuille bien prendre connais-

> sance de mes affaires, surveiller les comptes

> de mes régisseurs , se charger de correspon- » dre avec eux. Mon cher Ménard , soyez cet

> homme-là. Songez bien que ce n'est pas )) comme intendant, mais comme ami, que je

> vous demande chez moi ; et si le ciel me » donne des enfans, vous serez auprès d'eux ce » que vous étiez prés de leur père. »

Ménard accepte avec reconnaissance , et bientôt il est installé chez Frédéric où Constance lui témoigne beaucoup d'égards et d'amitié; elle aime l'ancien précepteur parce qu'il

92 SOtOR

chérit son mari; et Hénard, Tivement touché des attentions que la jeune femme a pour lui , s'écrie souvent en lui baisant la main avec respect : (( Âh ! Madame, faites donc des enfans ! . . . 1 je serai leur précepteor , et ih seront aussi » gentils que monsieur Totre époux, qui est

> mon élève et qui me fait honneur. »

 cela Constance sourit... elle ne demanderait sans doute pas mieux : mais on n'a pas toujours tout ce qu'on désire.

Dubourg n'a pas non plus id^andonné son ami. Frédéric lui a dit : a Viens chez m(A » quand tu voudras ; ton appartement sera

> toujours prêt. > Dubourg profite de cette permission , non pour aller loger chez Frédéric, à Paris, mais pour habiter quelquefois sa maison de campagne. C'est surtout vers la dernière moitié du trimestre que l'on voit plus souvent Dubourg , qui touche ses rentes par quartier , mais ne peut jamais parvenir à en faire durer un plus de six semaines ; alors il va manger chez Frédéric, s*il est à Paris, ou prendre l'air à sa campagne, en lui disant : «Grâce » à toi, mon ami, avec mes seize cents livres

Aifni. 03

> de rente je vis comme si j'en avais le double ? )) je dépense mon revenu en six mois, et c'est )) toi qui fais les frais de Fautre moitié de » Tannée. »

Le caractère gai de Dubourg plait aussi à Constance, et Frédéric voit toujours avec plaisir venir son ami ; car il sait bien que cet arai-là ne dira jamais à sa femme un mot qu'elle ne doit pas entendre, et que, malgré ses principes légers, il ne la regardera que comme une sœur. On peut passer quelques travers à celui qui respecte lamitié. D y a tant d'amis sincères , vertueux, délicats, qui se font un jeu débrouiller les ménages.

Lorsque Dubourg et Ménard se trouvent réunis chez Frédéric , ce qui arrive toujours' aux fins de trimestres, lancîen précepteur ne manque pas de faire Téloge du ménage qu'il a sous les yeux : « C'est Orphée et Eurydice , c'est » Deucalion et Pyrrha , c'est Philémon et » Baucis... Pyrame et Thysbé!... — Oui , » morbleu, dit Dubourg. Frédéric a une femme

> charmante, une femme qui a toutes les qua-

)) lités y un trésor enfin... Ce serait bien le

)) diable s'il n'était pas content !.... — Sans

> doute!.... mais si je n avais pas donné à » mon élèye d'excellens principes de sagesse » et de morale , peut-être , tout en aimaqt sa )) femme, ne serait-il pas aussi rangé. Le czar » Pierre-le-Grand adorait Catherine, ce qui )) ne l'empêchait pas d avoir des maîtresses;

> nombre de princes ont eu des concubines , )) et j*ai connu de très-bons maris qui cou-

> chaientavec leurs servantes, probablement

> par esprit de propriété. — Mon cher mon- » sieur Ménard, ne vantez pas si haut la sagesse )) de Frédéric !.... s'il n'avait eu que vous pour » se conduire... — VousTauriez mieux guidé, » peut-être , témoin quand vous avez voyagé

> avec nous en baron Poloski ! ... — Allons ,

> chut, monsieur Ménard, que ce voyage soit )) oublié, nous n'avons pas été plus sages Fun )) que l'autre. J'espère que devant madame de » Montreville vous n'avez jamais payl^ de la » petite aventure du bois... de cette passion » de Frédéric. . . — Oh ! pour qui mç prenez- » vous?. . . je sais très-bien que ce serait main-

ARIfK. 05

)) tenant maladroit... non est hic locus ^ et » cependant madame de MontreyiHe nepour- » rait s'en fâcher ; tout ce qui s'est fait avant » le mariage ne la regarde pas ; elle a trop » d'esprit pour ne pas rire des petilea folies » que son mari a pu faire étant garçon. — )) Malgré son esprit , il y a des choses qu'une % femme n'apprend jamais avec plaisir ; il faut » toujours éviter de dire ce qui peut lui faire )) croire qu'une autre a possédé comme elle )) le cœur de son mari. Quoiqu'on épousant

> un jeune homme, une femme sache fort bien » qu'il a déjà connu l'amour, elle se persuade

> qu'il n'a jamais aimé personne autant qu'elle ; » elle veut être celle ipii lui a fait connaître » le sentiment le plus vif, et ce serait l'affliger » que de lui ôter cette illusion. — Je com-

> prends très-bien : c'est comme un cuisinier » auquel on veut bien laisser croire qu'on n'a » jamais mangé un meilleur macaroni. — ))*C'^st cela même. Oh! vous êtes étonnant y> pour les comparaisons. D'ailleurs je crois la )) jeune femme susceptible de deyenir jalouse ; » elle aime son mari à un tel point ! . . . — Au

SOlUR

9 Eût, je crois ({ue tous ayez raison. J'ai re-

» marqué qu'un jour elle paraissait moins

» gaie qu'à l'ordinaire. . . je présume que c'est

» parce que sou mari s'amusait depuis un quart

» d'heureàcaresser on chat... — Que le diable

» TOUS emporte avec tos chats ! . . . soupçonner

y> Constance d'une telle sottise ! — Gomment

» sottise? mais il y à des hommes qui préfè-

» rent leur chieto à leur femme, comme il y â

» des femmes qui aiment mieux leur serin que

)) leur mari ... ce n'est pas pour mon élève que

y> je di^tcela, mais... — Mais madame de Mon-

)) treville vous a-t*elle demandé quelquefois ,

)) conune à moi , si Frédéric avait toujours eu

» des momens de tristesse. . . de mélancolie?. ..

» — Ah ! oui, oui, je me souviens que l'autre

> soir encore elle m'a dit tout bas : Frédéric » soupire, lui connaissez-TOUs quelque cha- » grin?... en dcTinez-vous le motif? -r- Eh

> bien ! que lui aTcz-vous répondu? — Par- » bleu I je lui ai répiondu : Madame , c*0Bt qu'il

> a sans doute une mauTaise digestion, et alors )) la respiration est gênée ; cela m'arriTe sou- » Tent. Depuis ce temps-là elle ne m'a plus

ahhb. 97

» questionné sur ce sujet. — J'en suis bien » persuadé. »

Quoique Frédéric soit heureux , il n'a pas oublié la jeune muette du l)oi3, et c'est son souvenir qui le jette quelquefois dans de profondes rêveries. U voudrait connaître le sort de sœur Anne , mais il n'ose en parler à son père. Le comte lui a dit qu'il veillait sur elle , et Frédéric sait qu'il peut se fier à sa parole ^ mais ne point savoir où elle est , ce qu'elle fait, ne point savoir si elle l'aime toujours... L'ingrat ose ai douter, car il a bien £ut tout ce qu'il fallait pour cela! Cependant, plus son amour pour Constance devient calme, paisible , plus le souvenir de sœur Anne se présente fréquemment à sa pensée ; un sourire , une caressejde sa femme lui fait aisément oublier la jeune muette... mais pliis tard son imcige revient i^encore... il semble que le cœur dé l'homme ait toujours besoin de souvenirs ou d'espérances.

Depuis près de deux ans Frédéric est l'époux de Constance ; leur seul chagrin estde n'avoir point d'enfant. Frédéric désirerait un fils, Cons-

98 sonm

tance voudrait ofirir à son époux un gage de sa tendresse , et M. Ménard souhaite ardemment qu'il lui arrive de petits élèves.

Le comte de Montreville n'habite point avec ses enfans, mais il vient souvent chez eux; il a toujours pour domestique celui qui l'accomgnaît lorsqu'il fut attaqué dans la forêt , et auquel il a défendu de parler de cette aventure. Mais un soir, en causant avec les gens de l'office , le valet oublie la défense de son maître, et , comme chacun conle une histdre de voleurs , il ne manque pas de parler des périla qu'il a courus ainsi que M. le comte, qui a été sauvé, comme par miracle, par une jeune femme muette. Le valet de Frédéric est présent lorsqu'on raconte cette histoire; le lende-> main, en haHllant son maître, il lui demande si ce qu'a dit Dumont est vrai , parce qu'il croit que Dumont est un menteur, et que jamais M. le comte n'a dit avoir été attaqué par des voleurs, et sauvé par une jeune femme muette.

Ces derniers mots attirent l'attention de Frédéric : un secret pressentiment lui dit qu'il s'a-^

anub. 99

gît de sœur Anne , il ne répond rien à son valet, et «e hâte de se rendre à l'hôtel de soù père. Le comte est absent , mais Dumont y estj Frédéric peut lui parler seul, c'est justement ce qu'il Toulait. Aux premières questions , Dumont rougit , il se rappelle la défense du comte, mais il n'y a plus moyen de se taire. D^ailleurs , en disant tout au fils de son maître , il ne croit pas commettre une bien grande faute , et ne conçoit pas pourquoi M. de MontroTille a youlu faire un mystère de cette aventure.

Frédéric se fait dépeindre la jeune fille que son père a conduite à la ferme; dés les premiers mots , il ne doute pas que ce ne soit sœur Anne. Il demande mille détails à Dumont ; celui-cidittoutcequ'il sait. « Crois-tu qu elle sera (( restée dans la ferme? » demande Frédéric.

— «Oh oui, Monsieur... elle était trop souf- » frante pour continuer son voyage. . . Et puis , )) j'oubliais de vous dire qu'elle était sur le » point de devenir mère... — Que dis-tu ?

» Dumont... cette jeune fille... — Fille ou )) femme , je n'en sais rien , mais je yous réy> ponds quelle était enceinte. »

100 80BDB

Sœur Anne aurait un enfant!... Frédéric comprend maintenant pourquoi son père agit avec tant de mystère. Il s'informe exactement du nom du village , delà position de la ferme dans laquelle on a laissé la jeune muette, puis, donnant une bourse à Dumont, il lui recommande , à son tour , le plus grand secret su^ cette aventure et sur leur entretien. Dumont promet de ne plus parler, et se perd en conjectures sur la conduite du père et du fils.

Depuis que Frédéric sait que sœur Anne Ta rendu père, il ne goûte plus un moment de repos. Cette idée le poursuit sans cesse , il brûle du désir de voir son enfant. Ses rêveries sont plus fréquentes, p^us souvent son front est chargé de nuages , et Constance Tentend soupirer. La jeune femme n'ose questionner son époux ; mais en secret^elle soufiBre et se tourmente; elle se flattait d'occuper seule Frédéric, de remplir son ame, d'être l'unique objet de toutes ses pensées; mais elle est près de lui, elle presse sa main dans la sienne... cen'estpas elle qui peut le faire soupirer.

Quand il lui échappe de demander à Frédé-

rie ce qu'il a , celui-ci s'eflforçant de se remetti e , la presse contre son cœur en lui disant : « Que veux-tu que je désire encore!... » Mais alors même Constance trouve dans son sourire quelque chose de triste, il ne lui semble pas entièrement heureux.

Frédéric annonce à sa ibmme qu'il va entreprendre ce voyage qu'il diffère depuis longtemps, mais qui devient indispensable ; C!onstance se flattait que Ménard le lerait à sa place; Frédéric mêaie en avait parlé, mais il a changé de résolution et parait décidé à partir. Constance n'ose le retenir encore, ni lui proposer de l'accompagner ; elle craint de lui être importune, elle craint de le contrarier dans la moindre chose : et d'ailleurs, si Frédéric avait eu envie qu'elle vint avec lui, il n'aurait eu qu'un mot à dire, elle aurait tout quitté pour le suivre; mais ce mot, il ne l'a pas dit !.. . Constance gémit en secret, mais elle ne montre à son époux qu'un front calme et des traits rians.

Frédéric l'a tendrement end)rassée; il lui a promis de hâter son retour et d'être auprès d'elle dans un mois. Constance tâche de prendre cou-

rage, et Frédéric est parti en la recommandant à Ménard et à Dubourg ; mais Constance n'a pas besoin de distraction; quoique éloigné, Frédéric sera toujours prés d'elle.

On est au mois d'août, dans cette belle saison de l'année , où l'on respire avec douceur Pair plus vif des campagnes; Constance veut passer dans sa maison , située près de Montmorency , tout le temps de l'absence de son mari. Là , plus tranquille qu'à Paris , il lui âemble qu'elle sera plus libre de pensera hi; de compter les instans qui doivent encore s'écouler avant son retour. M. de Montreville va voir sa bru à sa campagne. Mais à l'âge du comte on a des habitudes, les distractions deviennent mi besoin. Le comte aime Paris , où il a un grand nombre de connaissances, et dont la vie animée a toujours* flatté ses pencbans. Après une semaine de séjour à la campagne, il revient dans sa ville favorite se livrer à ses plaisirs accoutumés.

Constance reste seule avec M. Ménard et les domestiques. On est encore au commencement du trimestre, et Dubourg n'est pas à la cam-

ANNE» lOS

pagne ; mais Constance n'éprouve pas un mo^ < ment d'ennui; quand le cœur est bien occupé, la tête n'est jamais vide; le vieux précepteur lui tient fidèle compagnie; il lui parle de l'histoire grecque et romaine, cite ses auteurs latins^ s'enfonce quelquefois dans l'histoire ancienne; il n'est pas certain que tout cela amuse beaucoup Constance; mais lorsque M. Ménard a fini de parl^, elle, lui fait un sourire si aimable que le précepteur est toujours content.

Vers la fin de la journée, Constance se rendait au belvéder : c'était son endroit favorî; c'était là que Frédéric et elle avaient commencé à s'entendre, c'était là qu'elle avait éprouvé les premières impressions de l'amour. Depuis ce temps le belvéder était souvent visité, elle y venait attendre le retour de son époux. Constance, assise sur cette éminence, dominait dans la vallée , et voyait dans la campagne qui environnait les murs de son jardin.

Un beau soir, en promenant ses regards sur le chemin qui passe devantsa maison, Constance aperçoit une jeune femme assise au pied d'un arbre, et tenant un .enfant en bas âge dans ses

104 SOtVR

bras; celte infortunée, qui parait dans la plus affreuse misère, considère avec douleur son en&nt, et, tout en le couTrantde baisers, semble lÎYrée au plus yiolent désespoir. Constance se sent -vivement émue. Dans ce moment, M. Ménard monte au belvéder. c Tenez, lui » dit-elle, regardez donc cetle pauvre femme... )) comme elle embrasse son enfant... Mais elle » semble bien affligée... LaToyez-Tous?... — » Dans l'instant, Madame, dit Ménard, je cher- » che mes lunettes... où diable les ai-je four- » tées?»

Dans ce moment , la pauvre femme lève les yeux, et, apercevant Constance, son regard devient si expressif, si suppliant, qu'il est impossible de ne pas le comprendre. ((Ah!... elle » pleure! s'écrie Constance... Attendez... at- )) tendez, pautre femme... je descends... »

Qonstancequitteprécipitamment le belvéder, tandis que Ménard regarde de toiy cétés, en cherchant ses lunettes.

A quelques pas de là , une petite porte donne sur la campagne; Constance l'ouvre et se trouve bientôt près de riofortiinée qu'elle veut secou-

rir. En approcliant de la pauvre femme , elle se sent encore plos touchée , car tous les traits de la mendiante annoncent la sou£Ërance et le désespoir; mais c'est surtout pour son en&nt qu'elle implore la pitié de Constance. En la voyant, elle le lui présente, et de grpsses larmes coulent de ses yeux rougis par le malheur.

« Pauvre petit , dit Constance , qu'il est )) pâle... maigre... Mais les joli» traits!.. » Et elle prend l'enfsmt dans ses bras, en disant à la mère : (( Yenei, je vais vous donner de quoi » vous remettre... Suivez-moi* »

L'infortunée fait quelques pas, maàê elle retombe bientôt... Elle n'a plus la force de marcher. (( Grand Dieu! dit Constance, dans quel » état est cette malheureose mère ! ... Monsieur )) Ménard, venez donc m'aider à la conduire » jusqu'à la maison.^.

y> — Me voici... me voici, Madame... Elles » étaient dans la poche de mon gilet , » dit Ménard en arrivant. « Oh ! oh ! voilà une per- » sonne qui semble avoir besoin d'auxiliaire.. . » — Soutenez-la... aidons-la à marcher... Pau* » vre femme! qu'elle me îaài de peine! M^n

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