IV
lOQ SOEUR
» Dieu! est-il possible qu'il y ait des gens aussi » malheureux!... — Très-possible, certaioe- )) ment, madame; mais il faudrait savoir causa » causarum. »
Atcc l'aide de Ménard et de Constance, qui, tout en tenant l'enfant, soutient encore la mère, la pauvre femme parvient à arriver jusqu'à la maison. Là, Gonstances'empresse delui donner tout ce qu'elle croit pouvoir lui faire du bien, ainsi qu'à son enfant^ et pendant que la pauvre m^diante reprend des forces, elle la con-r sidère avec intérêt. « Voyez donc, dit-elle à )) M. Ménard, elle est toute jeune eacore... et )) déjà si à plaindre... Ses traits sont doux... )) touchans... Pauvre mère... d'où donc yenez-^ » vous?.. Que comptez-vous faire mainte- » nant? »
A cesquestions, l'infortunée nerépond rien... On en devine la cause : c'était soeur Anne et son fils que Constance venait de secourir.
Depuis dix jours cpie la jeune muette était sortie de Paris , elle errait au hasard dans la <»mpagne. Forcée de chercher sans cesse un asile et du pain, souvent rebutée, souvent se
privant de nourriture pour en conserrer à son fils , sœur Anne sentait chaque jour s'affaiblir ses forces et son courage; le désespoir s'emparait de son esprit. .. il minait toutes ses facultés^ et l'infortunée attendait la mort en embrassant son enfant, lorsque le hasard, qui l'avait conduite devant la demeure de madame de Montreville, permit que celle-ci l'aperçût et volât à son secours.
Constance, étonnée de ne point recevoir de réponse à ses questions , venait de les renouveler. . . lorsque sœur Anne , portant sa main sur ses lèvres, et secouant tristement la tête, fit comprendre sa cruelle situation.
« ciel!... elle ne peut pas parler... Pau- )) vre femme!... Et seule, avec son enf&nt, » sans argent... sans guide... sans pouvoir )) même demander sa route... Âh ! c'est trop !... » c'est trop de peine à la fois. »
Et Constance, se penchant vers sœur Anne, laisse couler des larmes que lui arrache la yue de son infortune , tandis que la jeune muette, touchée d'une pitié à laquelle elle n'est plus accoutumée, prend la main de sa bienfaitrice^