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la couTre de baisers , et la presse sur soo cœur, c Ha foi , 1» dit Ménard «i liraot son mouchoir i car le bon précepteur n'aTait pu voir sans atteudrissement ce tableau; a ma foi...
> je conviens que la position était critique... » B'ailleurs la langue est fort nécessaire dans » tout le coursde la vie, et quiconque n'a point » de langue, ou ne peut pas s'en servir, est » comme un renard sans queue, un papillon 1 sans ailes, ou un poisson sans nageoires. »
G)nstance continuée donner tous ses soins à sœur Anne et à son fils ; Tenfant rit déjà dans ses bras; il est dans lage heureux où le chagrin passe devant un gâteau ou un jouet; Ckmstance ne peut se lasser de l'embrasser, c Tenez, dit- » elle à M. Ménard , regardez donc comme il » me sourit. . . — Je le crois bien; vous lui donm nez des bonbons. On f»rend les hommes avec )) des paroles sucrées, et les enfans avec du su-
> cre sans paroles. Les enfans montrent en cela » plus de sagesse que les hommes. — Les joHs )). traits, les beaux yeux... Je ne sais si c'est une
> illusion , mais il me semble qu'il a les yeux » de mon mari.— De mon élève?... Oh ! il me
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y> parait difficile que des yeux de deux ans res- » semblent à des yeux de vingt-trois. — Pauvre » petit, je sens que je Faime déjà... Que je » serais heureuse d'en avoir un comme cela !... )) — Cela viendra , Madame : Sara avait qua- » tf e-vingt<dix ans , lorsqu'elle donna le jour à > Isaac. Vous avez encore du temps devant » vous. ))
Sœur Anne éprouvait une bien douce jouissance en voyant Constance caresser son fils.
Madame de Montreville ne pouvait se lass^ de le considérer, car elle trouvait dans ses traits quelque rapport avec ceux de son époux.
M. Ménard regardait sœur Anne avec commisération ; il était bien loin de se douter que cette pauvre mendiante était cette jeune fille qu'il avait aperçue dans le bois de V iziile, assise auprès de Frédéric. Comment aurait-il pu la reconnaître?... il ne l'avait vue qu'un moment , et alors elle était rayonnante de plaisir et d'àmoiir , alors ses traits charmans n'étaient point flétris par les larmes et la douleur; la fatigue d'une route pénible , des souffrances sans cesse renaissantes , n'avaient point encore rendu sa
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démarche chancelante. Enfin, Ménard n'aTait jamais su que la jeune fille était muette ; il ne pouvait donc, en ce moment, soupçonner qu'elle était devant lui.
« Savez-Yous écrire , pauvre femme ? » dit Constance à sœur Anne. Celle-ci lui fait signe que non. ((Quel dommage!... J'aurais voulu » savoir le nom de ce joli enfant ! ... »
La jeune muette regarde vivement autour d'elle. On l'a conduite dans une salle basse qui donne sur le jardin. Elle en sort en fsdsant signe à Constance de la suivre. Elle casse une branche au premier buisson, puis se penchant vers la terre, elle trace sur le sable, qui couvre les allées du jardin, le nom de son enfant.
€ Frédéric ! » s'écrie Constance en lisant le nom que sœur Anne vient de tracer. « Quoi !
)) votre enfant se nomme Frédéric?. . . Ah ! je » sens qu'il m'en sera encore plus cher. . . Fré- » déric !... mais c'est justement le nom de )) mon mari... Qu'en dites-vous, M. Ménard, )) n'est-ce pas singulier?
» — Je n'y vois rien de fort extraordinaire , » dit le précepteur. Comme il y a une grande
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» quantité de Marlio , de Pierre et de Paul, il
> peut se trouver aussi beaucoup de Frédéric.
> Je ne connais que le nom de Thésaurochry" » sofiicochrysides , inventé par Plante , qui )) ne soit pas devenu commun. . . Aussi, si j'a- )) vais eu un fils, je ne l'aurais pas nommé
> autrement, quoique le nom ne soit pas très- )) coulant. »
Constance a pris de nouveau le petit garçon dans ses bras. Elle l'appelle Frédéric, et Fenfant, répondant à ce nom qu'on lui donnait à la ferme, balbutie le mot de maman , et semble chercher des yeux les bons villageois qui l'appelaient ainsi.
(( Je veux absolument que mon mari voie )y cet aimable enfant , » dit Constance ; puis après avoir réfléchi quelque temps, elle s'approche de sœur, Anne et lui prend la main, suivant attentivement ses moindres signes, afin de comprendre ses réponses.
* Où alliez-vous avec votre enfant?... Elle » n'en sait rien ! . . . Malheureuse fenmie ! vous )) n'avez donc plus ni pére'ni mère ?. . . Ils sont
> morts!... Et le père de cet enfant, votre
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)) mari^ pourquoi n'est-il pas avec vous?...
» £Ue pleure!... Pauvre petite! il Fa aban-
)v donnée !.. . Abandonner un â joli enfant.. .
)) une fenune si iatéressaote! si infortunée !
» Ah! c'est affireux !... Il faut avoir un cœur
» bien dur ! . . . Hais consolez-vous, séchez vos
» larmes, je ne vous abandonnerai pas, moi.. .
» Oui, j'y suis résolue, je veux prendre soin
» de vous, de votre enfant. Tous ne me quil-
» terez plus. Vous logerez près de md ; je voua
> occuperai à des ouvrages d'aiguille, je vous )) apprendrai à travailler; je ferai élever votre » fiissous vos yeux. Mon mari esl bon, sensible, » généreux; oh! je suis bien certaine qu'il
> ne me blâmera pas de ce que je &is. n vous
> aimera aussi, et vous finirez vos jours avec » nous. Entoidez-vous , pauvre mère ; ne » pleurez plus... ne trémie plus pour votre » en&nt. . . Désormais la misère ne vous attein- » dra pas !... £h bien!... voyez donc, M. Hé-* » nard , elle se jette à mes pieds, elle me baise » la main!... comme si j'étais un Dien!...
ïi A qiu)i donc servirait la richesse , si Ton ne i> savait pas faire un peu de bien?
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)> — Madame , fiûre la charité est un des » préceptes de rÉyangile; malheureusement » tout le monde ne le met pas en pratique )) comme vous !...
)) — Mais iL est temps de s'occuper de loger
> cette jeune femme , )) dit Constance , en ramenant sœur Anne vers la maison. (( Après toutes c les fatigues qu elle a endurées, elle doit » aroir besoin de repos. Où la ferons-nous )> coucher?... Ah ! ce petit corps de-logis qui » louche à la serre dans le jardin. Mon mari » Toulait en faire un cabinet d'étude, mais il )) travaillera dans son appartement. Oui , c'est » cela; M. Ménard, veuillez donner des or-
> dres... Qu'on y porte un lit, tout ce qu'il » faut pour ce soir ; demain je le ferai arranger )) entièrement. Là , elle sera tranquille , elle » aura son fils auprès d elle , et , dès le matin , )) elle pourra le promener dans le jardin. »
M. Ménard est allé dire aux domestiques de préparer un logement dans le pavillon du jardin. Pendant ce temps , Constance reste avec scBur Anne, qui ne sait comment lui témoigner toute sa reconnaissance , et dont les traits sem-
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blent déjà moins abattus. Constance , en l'examinant, la trouve à chaque instant plus intéressante; la jeune muette n a rien de ces mendiantes quisemblent Youloirarracher, à force de plaintes ou d'importunités, quelcpies secours qu'elles reçoivent avec insensibilité. Sœur Anne est douce, craintive ; elle est étonnée de l'intérêt qu elle inspire; on lit dans ses yeux la reconnaissance qu'elle en éprouve; et il règnedanssonair, dans toute sa personne , quelque chose qui , malgré sa misère, semble annoncer qu'elle n'est point née dans les dernières classes de la société.
(( Plus je la regarde , dit Constance , plus je » m'étonne que l'on ait pu l'abandonner. .. Ses B traits sont délicats , ses yeux doux et pleins )) de charmes... Comme elle sera bien sous » d'autres vêtemens... Et toi , cher petit, oh! » je veux avoir bien soin de toi. »
Ménard vient annoncer que tout est disposé dans le pavillon du jardin pour y recevoir la pauvre femme et son fils. Constance prend sœur Anne sous le bras ; elle la conduit au pavillon , regarde si rien ne lui manque pour la
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nuit , et la quitte en l'engageant à se livrer au repos et à ne plus se chagriner.
Sœur Anne presse sa main sur son cœur , et Constance s'éloigne tout émue, en disant à' Ménard : c Ah ! maintenant , je trouTerai )> moins longue l'absence de Frédéric ! Je sens » que le meilleur moyen de se distraire de ses » peines , est de soulager celles des autres. )>
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CHAPITBB VI.
Arrivée de Dubourg. — L'orage se forme.
Sœur Anne, en s éveillant le lendemain matin , craint un moment que tout ce qu'elle yoit ne «oit qu'une illusion. Âpres avoir souffert ce que la misère a de plus affreux ; après avoir erré si long-temps et souvent sans obtenir un asile pour reposer sa tête et celle de son fils ^ après avoir éprouvé tout ce que peut resjsentir une mère qui tremble à chaque instant pour les jours de son enfant , se trouver dans un séjour élégant, commode, couchée dans un bon lit, rassurée sur son sort à venir; au lieu du froid dédain de la pitié, recevoir les soins tou-
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chansdune femme généreuse, qui double le bien qu'elle fait parla grâce qu'elle y met; c est passer subitement dans une situation si différente , que le cœur ému craint de se lirrer au sentiment d'un bonheur auquel il ne peut croire encore.
Sœur Anne embrasse son fils, puis elle 3e lë^e et le c<mduit dans le jardin qui entoure le corps-de-logis où elle loge. Quel délicieux séjour ! . . . quel bonheur de l'habiter, d y soutenir les premiers pas de son enfant. Le petit Frédéric court déjà seul dans les. allées de lilas et de roses; lorsqu'il chancelle, un sable épais amortit sa chute, et l'enfant attend en souriant que sa mère Tienne l'aider à courir de non- Teau.
C!onstance est éveillée de bon matin : toute la nuit elle a pensé à la jeune muette et à son fils; le bien qu'elle yeut leur &ire ne lui permet pas de goûter de repos, car le plaisir a aussi son insomnie ; et les femmes mettent, dans tout ce qu'elles yeulent faire, plus de sentiment que^ les hommes. Si pour une parure, un objet fri- Tole, elles paiaissent quelquefois fort préoccu*-
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pées, que d'ame, que de sensibilité ne mettentelles point dans une bonne action !
Madame de MontreTilie se hâte de descendre au jardin ; elle veut aller voir sa protégée. Elle trouye sœur Anne et son fils sous un bosquet de chèvrefeuille. L enfant joue aux pieds de sa mère, qui , en Tojant Constance , yole au devant d'elle et s'em pare d'une de ses mains qu'elle tient long-temps sur son cœur.
a Déjà levée; b dit Constance en embrassant le petitFrédéric, € comment avez-vous passé la j» nuit?.... Bien... Tant mieux.... Après tant )) de ^tigues , vous avez besoin de beaucoup 9 de repos. Ce pauvre petit!... il me sourit.. » on dirait déjà qu'il me reconnait Mais je ne » veux pas que vous gardiez ces vètemens; ve- )) nez , venez avec moi, je vais vous donner une » de mes robes... Elle vous ira; nous sommes )) à peu près de la même taille. . . Oh ! je n'enji tends pas qu'on me refuse ; songez qu'il faut )) m'obéir ou je me fâcherai. »
Constance emmène sœur Anne et son fils dans son appartement. Là, elle cherche dans ses robes les plus simples, et force sa protégée à s'en